Le libra avait été présenté en juin. Il s'agit d'une monnaie numérique basée sur une chaîne de blocs que Facebook entend créer, conjointement avec un consortium d'une centaine d'entreprises (actuellement). Facebook proposerait entre autres aussi des services de porte-monnaie ('wallet') sous l'appellation Calibra.

Mais le concept a très vite fait l'objet de nombreuses critiques de la part de gouvernements et de banques centrales au niveau mondial. Ces critiques semblent à présent gagner Facebook elle-même. Dans son rapport trimestriel adressé au contrôleur boursier américain SEC, l'entreprise évoque en effet divers obstacles et une réglementation peu claire.

"Il n'existe aucune certitude que le libra ou que nos produits et services y associés soient disponibles un jour, voire durant une certaines période", peut-on lire dans le rapport adressé au SEC. L'entreprise fait ainsi allusion à l'absence de loi en matière de crypto-espèces et aux critiques émanant de divers gouvernements.

Facebook signale aussi que le libra en tant que tel implique certains risques. "Notre participation à la Libra Association nous soumet à une enquête réglementaire stricte, ainsi qu'à d'autres risques capables d'impacter négativement nos activités, notre réputation ou nos finances", peut-on lire dans le rapport envoyé par Facebook au SEC. Et d'ajouter que l'entreprise n'a "aucune expérience antérieure sérieuse ni avec les monnaies numériques ni avec la technologie de la chaîne de blocs", ce qui pourrait être un inconvénient pour le développement de produits et services.

Par souci de clarté, le communiqué ne signifie cependant pas que Facebook enterre dès à présent ses ambitions avec le libra. En tant qu'entreprise cotée à la bourse, elle est en effet tenue de mentionner tous les risques auxquels elle est exposée.

Le rapport signale cependant que Facebook observe qu'elle fait l'objet de davantage de critiques qu'elle n'imaginait au départ. Aux Etats-Unis, ces griefs provenaient notamment du ministre des finances et de la banque centrale américaine, mais aussi de sa pendante japonaise. Le ministre français des finances a également exprimé sa préoccupation. Jusqu'à présent, il faut bien reconnaître qu'à part Facebook elle-même et les entreprises ayant accepté de participer au libra, il n'y a encore que peu d'adeptes publics de cette monnaie virtuelle.

Il y a deux semaines, Facebook est venue se défendre devant le sénat américain. Mais là non plus, elle n'a guère pu trouver de soutien. Un sénateur a même qualifié Facebook "d'enfant jouant avec des allumettes." C'est surtout la longue et piètre réputation de Facebook en matière de non-respect de la vie privée et de transfert de données à des tiers qui fait froncer les sourcils à l'idée que l'entreprise veuille à présent déployer sa propre monnaie.