L'idée d'innover dans le secteur artistique, connu pour son manque de transparence, en y ajoutant par exemple une dimension technologique, existe déjà depuis longtemps. Ces deux dernières années, cela s'est principalement manifesté par le concept de NFT, à savoir l'échange de droits de propriété numériques sur toute une série d'oeuvres d'art, dont un nombre impressionnant a toutefois été volé. Si l'on ajoute à cela un nombre incalculable d'arnaques et de fraudes qui touchent le secteur des cryptomonnaies au sens large, on assiste à un réel problème. Mais cela ne signifie pas pour autant que la technologie n'a pas d'avenir en dehors du "Far West" actuel des métavers et des cryptomonnaies.

C'est du moins la philosophie qui anime un projet de la start-up blockchain Rubey et du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA) autour des "Art Security Tokens" (AST). Le projet a réuni des fonds pour acheter une peinture, le "Carnaval de Binche", réalisée par James Ensor, et a divisé l'oeuvre en petites parts (virtuelles) ou jetons. Le grand public peut alors acheter ces jetons et investir dans le chef d'oeuvre en question. Ce projet fonctionne également selon la technologie de la blockchain, ce qui nous semble familier. Il se présente néanmoins avant tout comme une alternative réglementée et sécurisée aux NFT, devenus tristement célèbres.

"Les Security Tokens ne sont ni des NFT, ni des cryptomonnaies", assure Marcell de Vries, cofondateur de 2140 Consulting et l'un des inspirateurs du projet. "Ils fonctionnent selon la technologie de la blockchain, mais la comparaison s'arrête là. Nous voulons prendre les bons côtés de la blockchain et y ajouter une couche de sécurité supplémentaire. Contrairement aux cryptomonnaies, par exemple, les Art Security Tokens sont soumis à la législation financière. L'émetteur et les investisseurs bénéficient des mêmes droits et ont les mêmes obligations que les investisseurs en obligations traditionnelles."

"Ils fonctionnent selon la technologie de la blockchain, mais la comparaison s'arrête là"

La plateforme Rubey, qui contrôle l'ensemble des échanges, est un projet d'Untitled Workers Club, 2140 Consulting et Peter Hinssen. Ces dernières années, ils ont cherché toute une série d'autres partenaires, parmi lesquels une ribambelle de cabinets d'avocats et de banques qui sont responsables de la gestion juridique et financière de tout ce qui se passe en Belgique et à l'étranger.

Crowdsourcing

Cela s'apparente donc à une action, mais pour une oeuvre d'art et qui est accessible au grand public. En principe, vous pourriez investir à partir de 150 euros. Les détenteurs de jetons bénéficient également d'un retour financier annuel sur leur investissement. Mais en attendant, cet investissement reste au musée d'Anvers. L'oeuvre d'Ensor achetée sera exposée durant les dix prochaines années au KMSKA, dès sa réouverture. En effet, le musée va rouvrir ses portes dans quelques mois, après une longue période de rénovation. "L'un des objectifs du projet est de récupérer des oeuvres d'art qui font partie de collections privées et de les rendre accessibles au public", explique Marcell de Vries.

En ce sens, le système d'AST n'est pas très différent, par exemple, du crowdsourcing, où l'on part de nombreux petits apports pour essayer de financer un grand projet. "Il faut savoir que nous ne disposons pas de notre propre budget d'achat en tant que KMSKA", explique Carmen Willems, directrice générale du musée. "Nous ne pouvons pas simplement acheter des oeuvres d'art et nous avons donc des lacunes dans notre collection. Les possibilités d'acheter un chef-d'oeuvre pour enrichir notre collection sont relativement limitées. De cette manière, nous pouvons ajouter une oeuvre d'art à notre collection, sur laquelle nous pouvons également mener des recherches scientifiques. Nous pouvons aussi éventuellement la prêter temporairement pour des expositions, tout comme nous le faisons avec d'autres oeuvres de notre collection."

"Les possibilités d'acheter un chef-d'oeuvre pour enrichir notre collection sont relativement limitées"

"Les échanges sont également bénéfiques pour la valeur de l'oeuvre", ajoute Marcell de Vries. "Et c'est positif pour les détenteurs de jetons." Car l'idée est bien que la peinture va prendre de la valeur en dix ans. "Après ces dix années, la toile peut être vendue, au musée ou à quelqu'un d'autre, mais le risque est alors qu'elle finisse à nouveau dans une collection privée. Nous voulons donc voir s'il est possible de la tokeniser à nouveau après dix ans", explique Marcell de Vries.

"N'est-ce pas dommage qu'il y ait une date d'échéance ?" demandons-nous à la directrice générale du musée. "Même dans ce cas, nous avons eu un objet unique en prêt pendant dix ans", répond Carmen Willems. "Nous prendrons ça en compte s'il quitte ensuite le musée. Mais il y a de grandes chances qu'il reste là après les dix ans."

Techniquement, comment ça marche ?

Rubey, la plateforme sur laquelle vous pouvez acheter ces AST, fonctionne sur le système Polygon, une solution qui ajoute un peu d'évolutivité à la blockchain Ethereum. "L'avantage, c'est qu'Ethereum est l'une des blockchains les plus grandes et les plus connues. Elle continuera donc d'exister pendant un certain temps. Polygon offre également des frais de transaction moins chers que sur Ethereum", précise Marcell de Vries.

Concrètement, lors de votre inscription, Rubey crée pour vous un "portefeuille numérique" avec lequel vous pouvez acheter des jetons et les échanger à l'avenir. "Ce 'marché secondaire' où vous pouvez revendre des jetons n'existe pas encore, mais nous souhaitons l'ouvrir l'année prochaine", explique Marcell de Vries. Les personnes possédant déjà un portefeuille de cryptomonnaies peuvent également l'utiliser sur la plateforme pour acheter des jetons.

Mais pourquoi absolument la blockchain ? "Nous sommes fermement convaincus que la blockchain a de l'avenir et offre de nombreux avantages. Pensez, par exemple, au fait qu'il est impossible de manipuler les données. De nombreuses transactions peuvent aussi être traitées : il existe un registre central indiquant le nombre de jetons que chacun possède. Nous sommes partis d'un instrument traditionnel que nous avons utilisé sur une plateforme innovante."

La blockchain Ethereum consomme d'énormes quantités d'énergie. Il est donc difficile de la qualifier de respectueuse de l'environnement, bien que Marcell de Vries mette en avant le fait qu'elle passera rapidement à un système de "proof-of-stake" (preuve d'enjeu), qui consomme moins d'énergie. "Les premières voitures étaient aussi complètement inefficaces. Je pense que c'est inhérent aux nouvelles technologies et nous partons du principe que cela s'améliorera considérablement à l'avenir."

En Belgique et ailleurs

Actuellement, Rubey est une plateforme belge, mais les fondateurs visent plus loin. "Nous sommes également en discussion avec plusieurs parties aux Pays-Bas et l'objectif est de s'étendre à l'ensemble de l'Europe", raconte Marcell de Vries. L'organisation voit plus grand et souhaite tokeniser non seulement des oeuvres d'art, mais également d'autres "objets de collection", comme des voitures ancêtres ou des forêts vierges.

Ce premier projet est-il un succès ? "Nous sommes les premiers utilisateurs de la plateforme, mais nous sommes enthousiastes du résultat", annonce la directrice du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers. "Nous sommes également déjà à la recherche d'un prochain objet à acheter. J'espère donc que le projet sera couronné de succès et que le modèle pourra être étendu au reste du secteur."

L'idée d'innover dans le secteur artistique, connu pour son manque de transparence, en y ajoutant par exemple une dimension technologique, existe déjà depuis longtemps. Ces deux dernières années, cela s'est principalement manifesté par le concept de NFT, à savoir l'échange de droits de propriété numériques sur toute une série d'oeuvres d'art, dont un nombre impressionnant a toutefois été volé. Si l'on ajoute à cela un nombre incalculable d'arnaques et de fraudes qui touchent le secteur des cryptomonnaies au sens large, on assiste à un réel problème. Mais cela ne signifie pas pour autant que la technologie n'a pas d'avenir en dehors du "Far West" actuel des métavers et des cryptomonnaies. C'est du moins la philosophie qui anime un projet de la start-up blockchain Rubey et du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers (KMSKA) autour des "Art Security Tokens" (AST). Le projet a réuni des fonds pour acheter une peinture, le "Carnaval de Binche", réalisée par James Ensor, et a divisé l'oeuvre en petites parts (virtuelles) ou jetons. Le grand public peut alors acheter ces jetons et investir dans le chef d'oeuvre en question. Ce projet fonctionne également selon la technologie de la blockchain, ce qui nous semble familier. Il se présente néanmoins avant tout comme une alternative réglementée et sécurisée aux NFT, devenus tristement célèbres. "Les Security Tokens ne sont ni des NFT, ni des cryptomonnaies", assure Marcell de Vries, cofondateur de 2140 Consulting et l'un des inspirateurs du projet. "Ils fonctionnent selon la technologie de la blockchain, mais la comparaison s'arrête là. Nous voulons prendre les bons côtés de la blockchain et y ajouter une couche de sécurité supplémentaire. Contrairement aux cryptomonnaies, par exemple, les Art Security Tokens sont soumis à la législation financière. L'émetteur et les investisseurs bénéficient des mêmes droits et ont les mêmes obligations que les investisseurs en obligations traditionnelles." La plateforme Rubey, qui contrôle l'ensemble des échanges, est un projet d'Untitled Workers Club, 2140 Consulting et Peter Hinssen. Ces dernières années, ils ont cherché toute une série d'autres partenaires, parmi lesquels une ribambelle de cabinets d'avocats et de banques qui sont responsables de la gestion juridique et financière de tout ce qui se passe en Belgique et à l'étranger.Cela s'apparente donc à une action, mais pour une oeuvre d'art et qui est accessible au grand public. En principe, vous pourriez investir à partir de 150 euros. Les détenteurs de jetons bénéficient également d'un retour financier annuel sur leur investissement. Mais en attendant, cet investissement reste au musée d'Anvers. L'oeuvre d'Ensor achetée sera exposée durant les dix prochaines années au KMSKA, dès sa réouverture. En effet, le musée va rouvrir ses portes dans quelques mois, après une longue période de rénovation. "L'un des objectifs du projet est de récupérer des oeuvres d'art qui font partie de collections privées et de les rendre accessibles au public", explique Marcell de Vries. En ce sens, le système d'AST n'est pas très différent, par exemple, du crowdsourcing, où l'on part de nombreux petits apports pour essayer de financer un grand projet. "Il faut savoir que nous ne disposons pas de notre propre budget d'achat en tant que KMSKA", explique Carmen Willems, directrice générale du musée. "Nous ne pouvons pas simplement acheter des oeuvres d'art et nous avons donc des lacunes dans notre collection. Les possibilités d'acheter un chef-d'oeuvre pour enrichir notre collection sont relativement limitées. De cette manière, nous pouvons ajouter une oeuvre d'art à notre collection, sur laquelle nous pouvons également mener des recherches scientifiques. Nous pouvons aussi éventuellement la prêter temporairement pour des expositions, tout comme nous le faisons avec d'autres oeuvres de notre collection.""Les échanges sont également bénéfiques pour la valeur de l'oeuvre", ajoute Marcell de Vries. "Et c'est positif pour les détenteurs de jetons." Car l'idée est bien que la peinture va prendre de la valeur en dix ans. "Après ces dix années, la toile peut être vendue, au musée ou à quelqu'un d'autre, mais le risque est alors qu'elle finisse à nouveau dans une collection privée. Nous voulons donc voir s'il est possible de la tokeniser à nouveau après dix ans", explique Marcell de Vries. "N'est-ce pas dommage qu'il y ait une date d'échéance ?" demandons-nous à la directrice générale du musée. "Même dans ce cas, nous avons eu un objet unique en prêt pendant dix ans", répond Carmen Willems. "Nous prendrons ça en compte s'il quitte ensuite le musée. Mais il y a de grandes chances qu'il reste là après les dix ans."Rubey, la plateforme sur laquelle vous pouvez acheter ces AST, fonctionne sur le système Polygon, une solution qui ajoute un peu d'évolutivité à la blockchain Ethereum. "L'avantage, c'est qu'Ethereum est l'une des blockchains les plus grandes et les plus connues. Elle continuera donc d'exister pendant un certain temps. Polygon offre également des frais de transaction moins chers que sur Ethereum", précise Marcell de Vries. Concrètement, lors de votre inscription, Rubey crée pour vous un "portefeuille numérique" avec lequel vous pouvez acheter des jetons et les échanger à l'avenir. "Ce 'marché secondaire' où vous pouvez revendre des jetons n'existe pas encore, mais nous souhaitons l'ouvrir l'année prochaine", explique Marcell de Vries. Les personnes possédant déjà un portefeuille de cryptomonnaies peuvent également l'utiliser sur la plateforme pour acheter des jetons. Mais pourquoi absolument la blockchain ? "Nous sommes fermement convaincus que la blockchain a de l'avenir et offre de nombreux avantages. Pensez, par exemple, au fait qu'il est impossible de manipuler les données. De nombreuses transactions peuvent aussi être traitées : il existe un registre central indiquant le nombre de jetons que chacun possède. Nous sommes partis d'un instrument traditionnel que nous avons utilisé sur une plateforme innovante."La blockchain Ethereum consomme d'énormes quantités d'énergie. Il est donc difficile de la qualifier de respectueuse de l'environnement, bien que Marcell de Vries mette en avant le fait qu'elle passera rapidement à un système de "proof-of-stake" (preuve d'enjeu), qui consomme moins d'énergie. "Les premières voitures étaient aussi complètement inefficaces. Je pense que c'est inhérent aux nouvelles technologies et nous partons du principe que cela s'améliorera considérablement à l'avenir."Actuellement, Rubey est une plateforme belge, mais les fondateurs visent plus loin. "Nous sommes également en discussion avec plusieurs parties aux Pays-Bas et l'objectif est de s'étendre à l'ensemble de l'Europe", raconte Marcell de Vries. L'organisation voit plus grand et souhaite tokeniser non seulement des oeuvres d'art, mais également d'autres "objets de collection", comme des voitures ancêtres ou des forêts vierges. Ce premier projet est-il un succès ? "Nous sommes les premiers utilisateurs de la plateforme, mais nous sommes enthousiastes du résultat", annonce la directrice du Musée royal des Beaux-Arts d'Anvers. "Nous sommes également déjà à la recherche d'un prochain objet à acheter. J'espère donc que le projet sera couronné de succès et que le modèle pourra être étendu au reste du secteur."