Le mois dernier, Facebook annonçait que les publicités politiques ne seront pas contrôlées. A l'approche des élections présidentielles américaines, cette décision a fait l'objet de nombreuses critiques de la part des candidats démocrates à la présidence, mais aussi de mouvements de défense des droits des citoyens. Dans une longue allocation à propos de l'importance de la liberté d'expression, Mark Zuckerberg a défendu son choix de laisser dans certains cas passer des mensonges sur la plate-forme. "Les gens doivent pouvoir se rendre compte par eux-mêmes de ce que les hommes/femmes politiques affirment. S'il y a un intérêt médiatique, nous ne supprimerons pas ce qui est publié. Je sais que de nombreuses personnes ne seront pas d'accord, mais je pense que dans une démocratie, il n'est pas juste qu'une entreprise privée censure des politiciens ou des infos d'actualité", a déclaré le CEO de Facebook.

La semaine passée lors d'une audition, il a été (notamment) pris pour cible par la parlementaire démocrate Alexandria Ocasio-Cortez à ce sujet. A la demande de savoir si elle pouvait, par voie d'annonces, cibler les électeurs républicains et y diffuser le mensonge, selon lequel leurs candidats avaient voté en faveur de mesures écologiques, Zuckerberg a bien dû répondre 'oui' à contrecoeur.

Aujourd'hui, on apprend qu'une partie du personnel de Facebook s'insurge également contre cette politique de leur entreprise qui, selon elle, "représente une menace pour l'image même de Facebook". Voilà du moins ce qui ressort d'un courrier placé, il y a deux semaines, sur le système de communication interne Facebook Workplace. Lundi, la lettre, qui a été signée par 250 employés de Facebook, a aussi été publiée dans The New York Times.

"Comme les politiciens ciblent des personnes qui croient tout ce qu'ils disent, notre plate-forme devient une arme", peut-on lire. Les employés estiment que leur entreprise ne peut accepter de l'argent pour des annonces à caractère politique, aussi longtemps qu'on n'y applique pas les mêmes règles que sur les autres publicités Facebook. Ils signalent qu'après une affaire de discrimination, il a déjà été rendu impossible de cibler certains groupes de gens avec des annonces traitant de logement, d'enseignement ou d'octroi de crédit. "Nous devons imposer des limites similaires aux publicités politiques", indique le courrier.

Des entreprises technologiques telles Google et Microsoft ont cette année déjà fait l'objet de critiques à propos de décisions sensibles qu'elles avaient prises, mais chez Facebook, ce genre de dissidence est plutôt exceptionnel. La parlementaire Ocasio-Cortez a en tout cas loué les auteurs de la lettre pour leur courage.