YouTube a annoncé sur un blog avoir actualisé ses règles en matière d'incitation à la haine. Ces nouvelles règles bannissent les vidéos, dans lesquelles on prétend qu'un groupe est supérieur à un autre, afin de justifier la discrimination, la ségrégation ou toute autre forme d'exclusion basée sur l'âge, le sexe, la race, la religion, la caste ou l'orientation sexuelle.

Elles prévoient aussi le bannissement explicite des vidéos qui font l'apologie de l'idéologie nazie. La négation d'événement historiques tels que l'Holocauste ne sera plus permise non plus, et les canaux, qui flirteront à plusieurs reprises avec les limites de ces règles, éprouveront bien des difficultés à encore gagner de l'argent avec leurs vidéos. YouTube renforce ainsi ses règles. Même si les propos racistes et, par exemple, la négation de l'Holocauste sont interdits par la loi dans des pays comme la Belgique, tel n'était pas le cas jusqu'il y a peu sur la plate-forme vidéo. En principe, les nouvelles règles doivent également entraîner le bannissement de vidéos prônant la suprématie blanche par exemple. L'on s'attend à ce que des milliers de vidéos soient à présent retirées de la plate-forme.

De l'intention à la réalité

Mais l'application stricte des nouvelles règles est une autre paire de manches. Leur imposition sur les grandes plates-formes sociales s'avère en effet particulièrement compliquée. Cela s'est d'ailleurs déjà vérifié dans une autre affaire qui s'est propagée de manière virale plus tôt cette semaine.

Dans le cadre d'un litige entre le journaliste Carlos Maza et le YouTuber Steven Crowder, la réaction de YouTube fut particulièrement confuse. Maza, ouvertement homosexuel, travaille pour le site d'actualité Vox et signala qu'il était depuis des années déjà la cible de sarcasmes et d'insultes de la part d'un certain Crowder, un YouTuber à l'initiative d'un talkshow ultraconservateur. Crowder s'en prenait surtout à la nature sexuelle et à l'ethnicité de Maza. Aux dires de ce dernier, les fans de Crowder le submergeaient de messages de haine après chaque vidéo de celui-ci.

YouTube a examiné l'affaire et indiqua dans un premier temps que tout était normal. "Bien que nous ayons trouvé des propos clairement 'blessants', les vidéos n'enfreignent pas nos règles", a affirmé l'entreprise dans un communiqué. Après que cette histoire se soit propagée de manière virale sur Twitter, YouTube décida finalement de ne plus prévoir de publicités sur les vidéos de Crowder, aussi longtemps qu'il ne modérait pas son langage. Il lui est aussi intimé de retirer les liens renvoyant vers une partie de ses produits, dont des t-shirts portant le slogan 'Socialism is for f*gs', une référence à une insulte en anglais vis-à-vis des homosexuels.

Cette histoire tombe à un moment particulièrement malheureux, puisque juin, c'est le 'Pride Month', une période de conscientisation de la communauté homosexuelle, et le mois, où des entreprises comme YouTube accompagnent leurs logos et produits de petits drapeaux arc-en-ciel, afin d'exprimer leur soutien aux clients LGBTQ.

Maintenir l'église au milieu du village

Qu'est-ce que tout cela signifie donc? Brièvement que les règles de YouTube ne sont guère plausibles, au même titre d'ailleurs que celles de Facebook et de Twitter. Et qu'il est quasiment impossible de les imposer. En général, les grandes plates-formes tentent d'appliquer leurs règles d'une manière pas trop rigoureuse, comme on l'a déjà observé avec par exemple des activistes d'extrême-droite tels Tommy Robinson. En partie parce que ce sont surtout des voix conservatrices de droite qui accusent souvent les plates-formes technologiques de discrimination (temporairement sans trop de preuves). Mais en partie aussi parce que le site vidéo essaie d'adopter une attitude apolitique, ce qui n'est guère possible avec des sujets comme celui susmentionné.

L'affaire Maza-Crowder est considérée par beaucoup comme une histoire de censure, par laquelle Maza va nettement trop loin dans ses tentatives d'imposer le silence à une voix critique indépendante. "C'est drôle", déclare Crowder dans une vidéo réactive. "C'est de la comédie. Etre gay, c'est banal, et je me plais à le dire."

Le lent changement de comportement de YouTube dans ce litige alimente en outre l'idée que les règles sont apparemment appliquées de manière arbitraire, souvent en fonction de la masse de publicité qu'un certain contenu génère, et indépendamment de la quantité de suiveurs des YouTubers en question. YouTube n'aide en outre pas les choses à se décanter en qualifiant les propos de Crowder de 'blessants' dans sa réaction adressée à Maza. Dans ses règles, il est en effet stipulé que les messages blessants en vue d'offenser des gens, ne sont pas permis.

Peut mieux faire

Les sites web tels Twitter, YouTube et Facebook se voient toujours plus installés dans le rôle du juge culturel, ce qui fait qu'ils sont toujours plus sous pression, afin d'endiguer la grande quantité de propagande, de désinformation, de contenus offensants, voire d'images de violence ou pédophiles sur leurs méga-plates-formes.

Il n'est pas aisé d'y trouver le bon chemin. Si Facebook bloque automatiquement tout le nu, les illustrations de toiles d'anciens maîtres de chez nous et des photos de mamans allaitant leur enfant au sein le sont aussi, avec toutes les protestations que cela implique.

Quelque chose de similaire menace de se passer avec les outrages, raisonne YouTube. Certaines insultes sont par exemple utilisées en tant que sobriquets dans des morceaux de rap et ne peuvent donc pas être bannies. Mais ces mêmes insultes prennent une toute autre signification lorsqu'elles sont utilisées par exemple par un membre du Ku Klux Clan dans un discours. YouTube veut éviter que des oeuvres ou des débats sur des thèmes aussi chauds que l'immigration, l'identité politique ou la race ne soient bloqués anticipativement.

Ce type de modération mérite à juste titre une approche plus nuancée. Mais YouTube reçoit aussi 300 heures de nouveau contenu vidéo par minute et utilise donc des algorithmes pour gérer toute cette masse. Or la nuance et le contexte ne sont précisément pas les points forts des algorithmes.