Judith Ketelslegers, cofondatrice et CEO de Foresightee, esquisse le problème que son entreprise tente de pallier en citant un chiffre à peine croyable : "Rien qu'en Europe, le gaspillage alimentaire représente un poste de dépense d'environ 143 milliards d'euros", déplore-t-elle. "Lorsque nous nous sommes penchés sur les causes d'un tel chiffre, nous avons constaté que 2,6 milliards d'euros de ces pertes provenaient des supermarchés qui jettent des produits frais. Tout simplement à cause d'une mauvaise estimation du nombre de produits qui seront vendus."

Limiter les excédents

À l'aide du machine learning, Judith et son équipe internationale de cofondateurs ont pu créer un algorithme. Celui-ci se base sur les données de ventes pour estimer à l'avance quelles seront les quantités de produits vendues, afin d'éviter de se retrouver avec un excédent trop important.

"Nous introduisons les données de ventes anonymisées de nos clients (NDLR : il s'agit généralement de grandes chaînes de détaillants), ainsi que toute une série de facteurs environnementaux tels que la météo, et l'algorithme apprend à tirer ses propres conclusions", explique Judith Ketelslegers. "Dans l'idéal, nous disposons de données couvrant trois années, ce qui nous permet d'estimer les différentes circonstances possibles pour la même journée."

Rien qu'en Europe, le gaspillage alimentaire représente un poste de dépense d'environ 143 milliards d'euros

Plutôt que de créer une nouvelle plateforme web, Judith et son équipe ont conçu un outil qui peut être "branché" sous forme de plug-in dans l'inventaire existant ou le système de caisse d'un client. "Nous utilisons pour ce faire un modèle SaaS, pour lequel nous payons des frais de licence", explique la CEO. "Le système s'alimente ensuite par lui-même et effectue des prévisions à quatorze jours. Sur une telle durée, on peut déjà évaluer un certain nombre d'éléments, ce qui est un facteur important pour certains produits."

Une réussite due au bootstrapping

Foresightee a rapidement appris que ce genre de décisions technologiques n'étaient pas prises au niveau du supermarché local. "Nous devons nous adresser aux sièges sociaux des grands détaillants, ce qui fait que notre cycle de vente est plutôt long." Entre-temps, la start-up a pu valider son algorithme avec des données de Rossman, la deuxième plus grande chaîne de détail d'Allemagne, et des entretiens ont eu lieu en vue de lancer les premiers contrats payants avec la marque à partir d'avril. La CEO poursuit : "La crise du coronavirus a compliqué les choses, mais nous continuons à vendre nos services aux détaillants. Nous explorons même d'autres secteurs tels que le food service, les producteurs et les fournisseurs. Nous effectuons essentiellement des ventes directes, mais à terme, nous comptons nouer des partenariats avec des sociétés d'ERP, qui pourraient proposer notre outil en tant que revendeurs."

En y consacrant le temps nécessaire et en mettant à profit ses connaissances, l'équipe de Foresightee a pu s'élever jusqu'à présent par bootstrapping. "Nous avons tout de même pu bénéficier d'un espace Start It@KBC, sur le Corda Campus, et nous avons été admis au sein du programme "istart" d'imec. Nous avons également reçu une subvention de l'OVAM pour pouvoir calculer précisément notre ROI de manière externe et indépendante. Enfin, en tant que seul membre belge du consortium LOWINFOOD, nous bénéficions du soutien de l'Europe dans le cadre du programme Horizon 2020", précise-t-elle.

"Nous nous trouvons à un tournant", conclut Judith Ketelslegers. "L'an prochain, nous devrons décider si nous avons besoin ou non de capitaux externes, car nous sommes ambitieux. Nous recevons déjà des demandes d'Australie et de Thaïlande. Mais nous prenons le temps de faire nos premiers pas en Europe avant de décider à quelle vitesse nous pouvons aller."

Foresightee

Siège social : Kortessem

Nombre d'associés : 6

Ne recherche pas de nouveaux capitaux (pour l'instant)

Site Web : foresightee.com

Judith Ketelslegers, cofondatrice et CEO de Foresightee, esquisse le problème que son entreprise tente de pallier en citant un chiffre à peine croyable : "Rien qu'en Europe, le gaspillage alimentaire représente un poste de dépense d'environ 143 milliards d'euros", déplore-t-elle. "Lorsque nous nous sommes penchés sur les causes d'un tel chiffre, nous avons constaté que 2,6 milliards d'euros de ces pertes provenaient des supermarchés qui jettent des produits frais. Tout simplement à cause d'une mauvaise estimation du nombre de produits qui seront vendus."À l'aide du machine learning, Judith et son équipe internationale de cofondateurs ont pu créer un algorithme. Celui-ci se base sur les données de ventes pour estimer à l'avance quelles seront les quantités de produits vendues, afin d'éviter de se retrouver avec un excédent trop important."Nous introduisons les données de ventes anonymisées de nos clients (NDLR : il s'agit généralement de grandes chaînes de détaillants), ainsi que toute une série de facteurs environnementaux tels que la météo, et l'algorithme apprend à tirer ses propres conclusions", explique Judith Ketelslegers. "Dans l'idéal, nous disposons de données couvrant trois années, ce qui nous permet d'estimer les différentes circonstances possibles pour la même journée."Plutôt que de créer une nouvelle plateforme web, Judith et son équipe ont conçu un outil qui peut être "branché" sous forme de plug-in dans l'inventaire existant ou le système de caisse d'un client. "Nous utilisons pour ce faire un modèle SaaS, pour lequel nous payons des frais de licence", explique la CEO. "Le système s'alimente ensuite par lui-même et effectue des prévisions à quatorze jours. Sur une telle durée, on peut déjà évaluer un certain nombre d'éléments, ce qui est un facteur important pour certains produits."Foresightee a rapidement appris que ce genre de décisions technologiques n'étaient pas prises au niveau du supermarché local. "Nous devons nous adresser aux sièges sociaux des grands détaillants, ce qui fait que notre cycle de vente est plutôt long." Entre-temps, la start-up a pu valider son algorithme avec des données de Rossman, la deuxième plus grande chaîne de détail d'Allemagne, et des entretiens ont eu lieu en vue de lancer les premiers contrats payants avec la marque à partir d'avril. La CEO poursuit : "La crise du coronavirus a compliqué les choses, mais nous continuons à vendre nos services aux détaillants. Nous explorons même d'autres secteurs tels que le food service, les producteurs et les fournisseurs. Nous effectuons essentiellement des ventes directes, mais à terme, nous comptons nouer des partenariats avec des sociétés d'ERP, qui pourraient proposer notre outil en tant que revendeurs."En y consacrant le temps nécessaire et en mettant à profit ses connaissances, l'équipe de Foresightee a pu s'élever jusqu'à présent par bootstrapping. "Nous avons tout de même pu bénéficier d'un espace Start It@KBC, sur le Corda Campus, et nous avons été admis au sein du programme "istart" d'imec. Nous avons également reçu une subvention de l'OVAM pour pouvoir calculer précisément notre ROI de manière externe et indépendante. Enfin, en tant que seul membre belge du consortium LOWINFOOD, nous bénéficions du soutien de l'Europe dans le cadre du programme Horizon 2020", précise-t-elle."Nous nous trouvons à un tournant", conclut Judith Ketelslegers. "L'an prochain, nous devrons décider si nous avons besoin ou non de capitaux externes, car nous sommes ambitieux. Nous recevons déjà des demandes d'Australie et de Thaïlande. Mais nous prenons le temps de faire nos premiers pas en Europe avant de décider à quelle vitesse nous pouvons aller."