Les fractions écolo et libérale au Parlement européen sont fâchées sur Facebook. Non pas en raison d'une énième infraction au respect de la vie privée, mais bien à cause de ses règles en matière de publicité. Celles-ci stipulent qu'aucune publicité à caractère politique ne peut être insérée à l'étranger et ce, afin d'empêcher que quelqu'un en Russie, aux Etats-Unis, au Portugal ou en Hongrie puisse cibler les Belges, les Français ou les Italiens avec des annonces.

Parfait? Non. Utile? Absolument. Maladroit? Oui pour les fractions politiques européennes ayant leur siège à Bruxelles. "Cela pourrait tuer la démocratie paneuropéenne", annonce notre ex-premier ministre sur Twitter. Une véritable exagération dramatique, si vous voulez mon avis, que ne renierait pas le plus populiste des orateurs.

Nous avons le droit de savoir qui nous bombarde de publicités, y compris en ligne.

La solution est pourtant simple. Les listes électorales européennes s'inspirent de toute façon des listes nationales. Si la fraction libérale veut mener campagne, elle peut simplement le demander à ses candidats libéraux locaux. Tout parti, qui ne peut trouver dans chaque pays européen un volontaire pour scanner rapidement sa carte d'identité, a peut-être un plus gros problème à affronter que ne pas pouvoir faire de la publicité sur Facebook.

Responsabilité

Mais la mesure prise par Facebook peut encore être nettement améliorée. Chaque affiche ou dépliant dans ce pays, en ce compris la version papier de Data News, a un 'éditeur responsable'. Un nom que l'on peut associer à tout ce qui (bon ou mauvais) nous tombe entre les mains. Pourquoi ne serait-ce pas possible aussi pour les publicités en ligne? Surtout s'il est question de politique et d'idéologie.

Aujourd'hui, un annonceur politique doit confirmer son identité à Facebook. Dans un monde idéal, tel devrait être le cas pour tous les annonceurs. Un individu associé à un compte publicitaire, et pas un vague nom d'entreprise, quelqu'un dont Facebook (et Google) contrôlent annuellement l'identité et les données de contact. Une fois le contrôle effectué, l'individu pourrait faire toute la publicité voulue.

Qui plus est, nous avons, en tant que citoyens, le droit de savoir qui est l'annonceur. Comme les publicités (politiques) seraient plus transparentes, si nous pouvions simplement savoir quel individu les insère ou demande de le faire! Quelqu'un que l'on pourrait joindre sur Google et avec qui on pourrait débattre d'une publicité incongrue, trompeuse, voire illégale? Facebook et Google savent tout sur leurs utilisateurs. Ces utilisateurs ne pourraient-ils en contrepartie pas savoir qui leur propose des annonces?

Facebook et Google savent tout sur les utilisateurs. Ces utilisateurs ne pourraient-ils en contrepartie pas savoir qui leur propose des annonces?

Est-ce facile? Non. Cela demande des efforts supplémentaires de la part de ce genre de plates-formes publicitaires. Mais ces géants qui ciblent la moitié du monde (et qui engrangent ainsi des milliards de revenus), ont aussi une responsabilité. Une responsabilité qu'assument du reste les médias traditionnels plus modestes. En tant que journaliste de l'un de ces supports traditionnels, je prêche ici certes pour ma chapelle, mais pour une firme de médias belge, il ne suffit pas de quelques clics pour mener campagne. Des contrats doivent être signés. Cela passe souvent par un contact personnel. Tout cela, je ne l'attends pas de Google ou de Facebook, mais un simple contrôle de qui fait de la publicité, est pour moi un minimum absolu.

J'espère de tout coeur que Guy Verhofstadt pourra trouver dans chaque pays européen un volontaire libéral qui fera de la publicité locale sur Facebook. J'espère aussi qu'au-delà de son cri déchirant sur Twitter, il trouvera durant la prochaine législature le temps et le courage de rendre plus rigoureuses les règles en matière de publicité en ligne, afin que les citoyens que nous sommes, voient avec davantage de transparence qui essaie de nous appâter ou de nous influencer.