L'application Itsme ne fait pas l'unanimité, notamment en raison de sa présence écrasante sur le marché. Elle est tellement populaire qu'on parle même de monopole, comme l'écrivent Het Nieuwsblad, De Standaard et Het Belang van Limburg. Le bruit court aussi que l'entreprise à l'origine d'Itsme demande aujourd'hui une somme astronomique pour continuer à offrir ses services. "Il n'est pas normal que des autorités soient à ce point dépendantes d'une entreprise privée pour des services aussi cruciaux que ceux liés à l'identité numérique", déclare Mathieu Michel, secrétaire d'État.

L'objectif des autorités est que, dans le courant de l'année prochaine, chacun ait à portée de main dans son smartphone sa carte d'identité, son permis de conduire et son livret de famille. Itsme ne disparaîtra pas pour autant, mais ne sera plus utilisée par les autorités, alors même que celles-ci sont le principal actionnaire de cette application. Et ce n'est pas tout : Itsme a été un partenaire privilégié des autorités depuis sa création, avec des ministres tous plus dithyrambiques les uns que les autres au sujet de cet outil.

Accueil chaleureux en 2017, collaboration renouvelée en 2021

Itsme a été lancée en 2017. Jan Jambon (N-VA, alors ministre de l'Intérieur) et Alexander De Croo (Open VLD, alors en charge de l'Agenda numérique et des Télécoms) étaient présents à la conférence de presse pour le lancement de cette application et y ont même prononcé un discours. "Pour le gouvernement, il est malaisé de proposer une capacité d'innovation. Mais de cette manière, le secteur privé peut innover d'une façon qui est aussi réglementée par la loi", a-t-on entendu à cette occasion.

Itsme, qui est le fruit d'une collaboration entre Belfius, BNP Paribas Fortis, ING, KBC, Orange, Proximus et Telenet, a donc été accueillie à bras ouverts par les autorités. Début 2021, les autorités ont décidé de prolonger leur collaboration avec Itsme, tandis que vers la mi-2021, une augmentation de capital a été opérée par les six actionnaires existants, rejoints par les autorités (par l'intermédiaire de la Société Fédérale de Participations et d'Investissement). Résultat : les autorités détiennent désormais environ 20 % d'Itsme.

Revirement en 2022

Aujourd'hui, les autorités changent leur fusil d'épaule dans Het Nieuwsblad, par la voix du secrétaire d'État à la Digitalisation Mathieu Michel : "Nous estimons que ces services doivent être assurés par les autorités elles-mêmes", explique-t-il. "Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre totalement d'une entreprise privée. C'est vrai, imaginons qu'Itsme soit rachetée demain par une entreprise établie en dehors de l'Europe ou qu'elle tombe en panne pendant un mois... Que se passerait-il, alors ?"

Ces propos sont étonnants de la part du secrétaire d'État, sachant qu'Itsme est financée en grande partie par les autorités, qui en sont le plus grand client et actionnaire. Il semblerait que soudain, le fait que l'innovation provienne de l'extérieur ne soit plus un atout, mais un problème. Les rachats d'entreprises à enjeu stratégique peuvent par ailleurs être empêchés. Et pour ce qui concerne les pannes, un contrat en bonne et due forme avec un partenaire technologique comprend normalement toujours des service level agreements (ou SLA), qui établissent le niveau de service minimum à fournir par une entreprise. Alors, de deux choses l'une : soit les autorités ont signé un contrat très peu avantageux pour elles, soit le secrétaire d'État Michel ne sait pas de quoi il parle...

Trop cher, donc à jeter

Le noeud du problème, ce n'est pas la qualité ou la présence d'Itsme sur le marché, mais son coût. Le haut fonctionnaire Frank Robben souligne dans le journal que l'entreprise à l'origine d'Itsme ne respecte pas ses obligations et "essaie, en s'appuyant sur son monopole, d'imposer des coûts disproportionnés".

Concrètement, on estime qu'Itsme coûtait au départ aux alentours de 450 000 euros par an aux autorités, contre quelque 800 000 euros à l'heure actuelle. Cette hausse s'explique par le fait que les applications corona, comme la fameuse application CovidSafe, pour lesquelles Itsme était le moyen de connexion le plus facile, ont fait grimper en flèche le nombre d'utilisateurs d'Itsme. Les autorités ont donc tout simplement intensifié leur utilisation des services de cette entreprise, en toute connaissance de cause puisqu'elles ont même carrément impliqué Itsme dans le développement de ces applications corona.

Frank Robben ajoute qu'Itsme n'est toujours pas rentable aujourd'hui. Une remarque à nouveau quelque peu étonnante... Contrairement à Google, Apple ou Facebook, Itsme ne communique pas les données de ses utilisateurs à des publicitaires, ce qui fait de l'accès au système la principale source de revenus de l'entreprise.

Cette dernière n'a alors que deux solutions : soit devenir rentable en augmentant le prix de ses services, soit rester déficitaire et imposer aux autorités, en leur qualité de plus grand utilisateur et actionnaire, d'injecter régulièrement de l'argent dans Itsme. On dirait que les autorités réalisent seulement maintenant, avec 5 années de retard, que l'innovation dans le secteur privé n'est pas gratuite et qu'elle ne tombe pas du ciel.

Mise à jour à 14h :

Selon une source de la rédaction, la discussion entre les autorités et Itsme porterait plutôt sur l'interprétation du contrat qui les unit et sur le fait que l'application utilise entre-temps une technologie qui n'est pas couverte par le contrat, prétend Itsme.

Les autorités ont signé à l'époque un contrat plafonné à 450 000 euros par an pour l'utilisation d'Itsme. Mais la technologie évolue. Au départ, Itsme fonctionnait avec CSAM, le système d'accès du SPF Stratégie et Appui (BOSA), qui rassemble plusieurs moyens d'identification. Par la suite, le processus a été amélioré pour permettre une identification directe avec connexion facilitée. Les autorités partent du principe que le contrat qu'elles ont signé s'applique à leur utilisation globale d'Itsme, quelles que soient les améliorations qui sont apportées à cet outil. Itsme, de son côté, estime que la version actuelle de son outil n'entre plus dans le champ d'application du contrat signé avec les autorités.

L'application Itsme ne fait pas l'unanimité, notamment en raison de sa présence écrasante sur le marché. Elle est tellement populaire qu'on parle même de monopole, comme l'écrivent Het Nieuwsblad, De Standaard et Het Belang van Limburg. Le bruit court aussi que l'entreprise à l'origine d'Itsme demande aujourd'hui une somme astronomique pour continuer à offrir ses services. "Il n'est pas normal que des autorités soient à ce point dépendantes d'une entreprise privée pour des services aussi cruciaux que ceux liés à l'identité numérique", déclare Mathieu Michel, secrétaire d'État.L'objectif des autorités est que, dans le courant de l'année prochaine, chacun ait à portée de main dans son smartphone sa carte d'identité, son permis de conduire et son livret de famille. Itsme ne disparaîtra pas pour autant, mais ne sera plus utilisée par les autorités, alors même que celles-ci sont le principal actionnaire de cette application. Et ce n'est pas tout : Itsme a été un partenaire privilégié des autorités depuis sa création, avec des ministres tous plus dithyrambiques les uns que les autres au sujet de cet outil.Itsme a été lancée en 2017. Jan Jambon (N-VA, alors ministre de l'Intérieur) et Alexander De Croo (Open VLD, alors en charge de l'Agenda numérique et des Télécoms) étaient présents à la conférence de presse pour le lancement de cette application et y ont même prononcé un discours. "Pour le gouvernement, il est malaisé de proposer une capacité d'innovation. Mais de cette manière, le secteur privé peut innover d'une façon qui est aussi réglementée par la loi", a-t-on entendu à cette occasion.Itsme, qui est le fruit d'une collaboration entre Belfius, BNP Paribas Fortis, ING, KBC, Orange, Proximus et Telenet, a donc été accueillie à bras ouverts par les autorités. Début 2021, les autorités ont décidé de prolonger leur collaboration avec Itsme, tandis que vers la mi-2021, une augmentation de capital a été opérée par les six actionnaires existants, rejoints par les autorités (par l'intermédiaire de la Société Fédérale de Participations et d'Investissement). Résultat : les autorités détiennent désormais environ 20 % d'Itsme.Aujourd'hui, les autorités changent leur fusil d'épaule dans Het Nieuwsblad, par la voix du secrétaire d'État à la Digitalisation Mathieu Michel : "Nous estimons que ces services doivent être assurés par les autorités elles-mêmes", explique-t-il. "Nous ne pouvons pas nous permettre de dépendre totalement d'une entreprise privée. C'est vrai, imaginons qu'Itsme soit rachetée demain par une entreprise établie en dehors de l'Europe ou qu'elle tombe en panne pendant un mois... Que se passerait-il, alors ?"Ces propos sont étonnants de la part du secrétaire d'État, sachant qu'Itsme est financée en grande partie par les autorités, qui en sont le plus grand client et actionnaire. Il semblerait que soudain, le fait que l'innovation provienne de l'extérieur ne soit plus un atout, mais un problème. Les rachats d'entreprises à enjeu stratégique peuvent par ailleurs être empêchés. Et pour ce qui concerne les pannes, un contrat en bonne et due forme avec un partenaire technologique comprend normalement toujours des service level agreements (ou SLA), qui établissent le niveau de service minimum à fournir par une entreprise. Alors, de deux choses l'une : soit les autorités ont signé un contrat très peu avantageux pour elles, soit le secrétaire d'État Michel ne sait pas de quoi il parle...Le noeud du problème, ce n'est pas la qualité ou la présence d'Itsme sur le marché, mais son coût. Le haut fonctionnaire Frank Robben souligne dans le journal que l'entreprise à l'origine d'Itsme ne respecte pas ses obligations et "essaie, en s'appuyant sur son monopole, d'imposer des coûts disproportionnés".Concrètement, on estime qu'Itsme coûtait au départ aux alentours de 450 000 euros par an aux autorités, contre quelque 800 000 euros à l'heure actuelle. Cette hausse s'explique par le fait que les applications corona, comme la fameuse application CovidSafe, pour lesquelles Itsme était le moyen de connexion le plus facile, ont fait grimper en flèche le nombre d'utilisateurs d'Itsme. Les autorités ont donc tout simplement intensifié leur utilisation des services de cette entreprise, en toute connaissance de cause puisqu'elles ont même carrément impliqué Itsme dans le développement de ces applications corona.Frank Robben ajoute qu'Itsme n'est toujours pas rentable aujourd'hui. Une remarque à nouveau quelque peu étonnante... Contrairement à Google, Apple ou Facebook, Itsme ne communique pas les données de ses utilisateurs à des publicitaires, ce qui fait de l'accès au système la principale source de revenus de l'entreprise.Cette dernière n'a alors que deux solutions : soit devenir rentable en augmentant le prix de ses services, soit rester déficitaire et imposer aux autorités, en leur qualité de plus grand utilisateur et actionnaire, d'injecter régulièrement de l'argent dans Itsme. On dirait que les autorités réalisent seulement maintenant, avec 5 années de retard, que l'innovation dans le secteur privé n'est pas gratuite et qu'elle ne tombe pas du ciel.Mise à jour à 14h :Selon une source de la rédaction, la discussion entre les autorités et Itsme porterait plutôt sur l'interprétation du contrat qui les unit et sur le fait que l'application utilise entre-temps une technologie qui n'est pas couverte par le contrat, prétend Itsme.Les autorités ont signé à l'époque un contrat plafonné à 450 000 euros par an pour l'utilisation d'Itsme. Mais la technologie évolue. Au départ, Itsme fonctionnait avec CSAM, le système d'accès du SPF Stratégie et Appui (BOSA), qui rassemble plusieurs moyens d'identification. Par la suite, le processus a été amélioré pour permettre une identification directe avec connexion facilitée. Les autorités partent du principe que le contrat qu'elles ont signé s'applique à leur utilisation globale d'Itsme, quelles que soient les améliorations qui sont apportées à cet outil. Itsme, de son côté, estime que la version actuelle de son outil n'entre plus dans le champ d'application du contrat signé avec les autorités.