L'activité 'cloud' d'Huawei est relativement récente, puisqu'elle ne date que de dix-huit mois. Mais avec son énorme expérience en matière de réseaux et d'équipements télécoms, l'entreprise espère y réussir. "Nous disposons actuellement de 128 services 'cloud', de 1.500 applications SaaS qui tournent, de six mille partenaires et nonante mille développeurs qui utilisent notre offre 'cloud'", déclare Edward Deng, vice-président Cloud Business Unit de l'entreprise.

Ces services sont proposés sous pavillon propre en Chine, en Russie et dans quelques pays asiatiques comme la Thaïlande. De plus, l'entreprise collabore avec des partenaires comme KPN, Deutsche Telekom ou Orange Business Services pour une gamme 'cloud' conjointe.

L'ambition est grande, mais Huawei n'entend pas se fixer une cible spécifique. Deng: "Nous voulons devenir l'un des leaders dans le secteur et, si c'est possible, l'un des cinq grands fournisseurs." Aujourd'hui, ce marché est principalement dirigé par AWS, Azure, Google et, dans une moindre mesure, IBM, Oracle et Alibaba (selon le plus récent Gartner Magic Quadrant pour IaaS). S'installer avec l'AI autour de la table des leaders n'est pas un but en soi. "Nous n'avons pas à tout prix comme objectif de faire partie du top trois, voire du top cinq", insiste Bruno Zhang, CTO Cloud Business Unit, auprès de Data News. "Notre but premier est d'être orienté client et ainsi de proposer davantage de services."

Le fait qu'Huawei n'ait lancé que début 2017 sa gamme de nuages, en fait encore un nouveau venu dans le secteur. Mais l'entreprise voit les choses autrement. "Nous sommes arrivés tardivement, mais nous envisageons des opportunités, maintenant que s'ouvre une ère 'cloud 2.0'", prétend Zhang. "Les entreprises se tournent à présent seulement vers le nuage avec leurs applications 'mission critical'. Même sur des marchés comme les Etats-Unis, où l'adoption du nuage a débuté précocement, il n'y pas encore de ralentissement ou de statu quo. Il en résulte qu'il y a toujours au niveau mondial beaucoup d'espace à exploiter. Notre expérience des services nous donne un avantage sur ce plan. En outre, on distingue à présent de nouvelles tendances dans le nuage, telles l'intelligence artificielle (AI). Cela va modifier le mode de travail et les processus des entreprises."

Huawei souligne le fait qu'avec cloud 2.0, les fournisseurs devront approfondir leurs gammes et se distinguer au niveau du hardware, des jeux de puces et des 'application layers'. Ce n'est pas un hasard si c'est le genre de choses que l'entreprise présente lors de sa conférence AI. En même temps, elle espère que la position en vue d'Huawei sur le marché des appareils et dans le secteur télécom lui offrira un avantage.

Partenaires Cette offre tournera en partie sous sa propre marque dans ses propres centres de données, et en partie également chez des partenaires sous leur propre pavillon. Ici, les nouvelles puces (Ascend 310, mais dans ce cas surtout la puce pour serveur Ascend 910) conçues pour l'AI se retrouveront l'année prochaine aussi dans les centres de données de ces partenaires.

"Nous recherchons des partenaires appliquant une stratégie 'cloud' propre, de préférence même ceux accordant la priorité au nuage, possédant un centre de données physique et la bande passante correspondante, et pouvant proposer des services professionnels. Mais dans les zones où nous n'en trouverons pas, nous examinerons l'opportunité de créer un centre de données propre", précise Zhang et ce, sans (encore) citer de région précise pour l'instant. Huawei entend cependant proposer d'ici la fin de l'année et pour la première fois des services pour centres de données à partir de l'Afrique du Sud.

Les Etats-Unis sont passés sous silence. Huawei dispose certes de bureaux dans ce pays, mais en tant qu'acteur chinois, l'entreprise est visée depuis des années déjà par la gent politique et les autorités américaines. Pour ce qui est des activités en général, il apparaît que les relations sino-américaines, indépendamment de l'entreprise, sont difficiles depuis quelque temps, ce qui fait qu'Huawei n'a aucun projet visant à proposer ses services 'cloud' sur ce marché. Par ailleurs, les géants 'cloud' américains ne sont aujourd'hui pas ou peu actifs en Afrique, en Russie ou en Chine. La chance pour Huawei d'y croître, est donc évidente.

Deutsche Telekom

Zheng Yelai, président Cloud Business Unit, évoque pour sa part le partenariat conclu avec Deutsche Telekom en vue de rassurer les clients européens. "Nous leur fournissons du hardware et du software, mais Deutsche Telekom est propriétaire du centre de données et assume la responsabilité des opérations. Nous pouvons ainsi mieux réagir à la législation locale telle le GDPR et proposer conjointement nos services aux entreprises et aux pouvoirs publics", explique Yelai à Data News.

Cette approche n'est pas un truc chinois, mais... américain. Il y a deux ans, Microsoft a conclu une collaboration très similaire avec Deutsche Telekom. C'est ainsi qu'à la suite du scandale d'espionnage Prism, l'entreprise a pu proposer sa technologie et sa plate-forme en Europe, tout en garantissant aux clients que leurs données n'étaient pas épiées par les services de sécurité américains.

Bon, mais pas bon marché

Huawei espère que le besoin de nouveaux services (liés à l'AI) combiné à son expérience acquise dans le secteur télécom notamment favorisera sa gamme 'cloud'.

Dans le choix d'un partenaire 'cloud', le prix joue aussi un rôle. Pensons à Oracle qui, il y a un an, annonçait à tue-tête que ses services seraient meilleur marché que ceux de son concurrent AWS, ce qui fut à son tout réfuté par Amazon.

Huawei n'a pas envie de jouer à un tel jeu. "Si des clients optent pour Huawei, ils le font sur base des valeurs et des services que nous proposons et pas parce que le prix est inférieur. Notre offre repose sur une base technologique qui est meilleure que celle de la concurrence", explique Zhang à Data News. Autrement dit, Huawei n'entend pas conquérir des parts de marché en proposant aux clients des services meilleur marché, mais bien en se focalisant sur de nouveaux services et sur le fait que le chemin vers le nuage est encore loin d'être accompli par beaucoup d'entreprises.