La percée en question est due à une étude de l'université de Californie à San Francisco, qui a été parrainée par le géant technologique. Des neuro-chercheurs y tentent, avec l'aide de l'apprentissage machine, de concevoir un algorithme qui convertit l'activité cérébrale en voix ou texte. Facebook espère ainsi mettre finalement au point un appareil portable capable de traiter jusqu'à cents mots à la minute.
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La percée en question est due à une étude de l'université de Californie à San Francisco, qui a été parrainée par le géant technologique. Des neuro-chercheurs y tentent, avec l'aide de l'apprentissage machine, de concevoir un algorithme qui convertit l'activité cérébrale en voix ou texte. Facebook espère ainsi mettre finalement au point un appareil portable capable de traiter jusqu'à cents mots à la minute.Pensées en voixDans l'étude, dont les résultats ont été publiés dans Nature Communications, des patients sont invités à répondre à des questions à choix multiple, classées de manière arbitraire. Ce qui rend cette recherche si unique, c'est que l'algorithme analyse non seulement les ondes de pensées pour déterminer ce que le patient dit, mais aussi le contexte. Un participant se voit ainsi poser la question suivante: "Quels instruments aimez-vous écouter", avec plusieurs options possibles. Le système devinait alors d'abord si une question avait été posée sur base de l'activité cérébrale et si le patient avait formulé une réponse. Ensuite, le système devinait le contenu de la question et de la réponse. Si l'algorithme savait déjà quelle question avait été posée, le nombre de réponses était nettement moindre. En utilisant le contexte, l'algorithme pouvait dans 75 pour cent des cas deviner quelle question avait été posée, et identifiait ensuite dans 61 pour cent des cas la réponse choisie.Le professeur Edward Chang écrit cependant dans un communiqué que l'algorithme n'identifie actuellement qu'un très petit nombre de mots. De plus, les conditions dans lesquelles la recherche s'est effectuée, étaient très drastiques. Les patients participèrent à l'étude juste avant d'avoir subi une intervention chirurgicale et ce, afin de les aider en cas d'attaques d'épilepsie, et ils étaient pour cette opération équipés d'électrodes et d'implants particulièrement invasifs.L'un des objectifs de la recherche universitaire est d'offrir aux patients paralysés une nouvelle manière de communiquer. Pour l'instant, ils utilisent généralement des mouvements oculaires ou de légères contractions musculaires pour épeler des paroles, lettre après lettre, dans une interface informatique spéciale. "Mais dans de nombreux cas, l'information nécessaire pour parler de manière fluide est encore bien présente dans leur cerveau", précise Chang. "Nous n'avons besoin de la technologie que pour leur permettre de l'exprimer."Entre-temps chez FacebookDe son côté, Facebook espère utiliser la recherche pour développer un appareil qui permette de taper du texte sans les mains. L'équipe envisage une sorte de lunettes de réalité augmentée, faisant en sorte que seul l'utilisateur qui les porte, soit capable de les commander par la pensée. Dans ce sens, ce projet fait un peu penser à celui de Neuralink d'Elon Musk, une autre entreprise qui planche sur une interface cerveau-ordinateur.Le système de Neuralink fonctionne au moyen de fins fils implantés dans le cerveau. L'étude qui vient de se terminer, utilise pour sa part toute une série d'électrodes, pas vraiment le genre de 'wearable' qu'on peut vendre aisément à un large public. Le géant technologique ajoute encore qu'il a encore pas mal de pain sur la planche avant de pouvoir exploiter cette technologie de façon non-invasive. L'une des solutions sur laquelle il travaille, est par conséquent un casque qui tente de lire la quantité d'oxygène dans le cerveau au moyen de capteurs quasi-infrarouges, pour en déduire l'activité des neurones.Mais le veut-on vraiment?Entre-temps, des voix se font entendre pour réclamer l'arrêt d'une telle recherche pour faire place à une réflexion sur le côté éthique du projet et ce, avant de créer des lecteurs de pensées. "Pour moi, le cerveau est le seul endroit sûr, où on est libre de penser, de fantasmer et de changer d'avis", déclare la professeure de neuro-éthique Nita Farahany à MIT Review à propos de la technologie.Et elle marque ainsi un point. L'idée que Facebook, qui consent déjà pas mal d'efforts pour réaliser de vous un profil publicitaire psychologique, et qui n'a dans le passé pas vraiment accordé d'attention au respect de la vie privée et à l'éthique, puisse dorénavant aussi lire vos pensées, est à tout le moins dystopique. Vu l'historique des scandales véhiculé par l'entreprise, cela va encore effrayer davantage de gens que quand Elon Musk tente de faire de même. Car ce denier a quand même moins souvent dû se présenter devant des parlementaires pour se défendre face à la énième bourde de son entreprise.Facebook semble également prendre conscience des connotations possibles. Sur son blog consacré au développement, l'équipe note entre autres sa volonté de constituer entre autres un comité-conseil éthique destiné à exercer des contrôles approfondis. Ce qui est étonnant, c'est que Facebook n'exclut pas, même dans le chapitre 'Responsible innovation' sur ce même blog, d'utiliser un jour cette technologie en matière publicitaire. Ce qu'on obtient finalement, c'est la énième histoire d'interconnexion des gens, celle-là même que Facebook nous sert depuis le début de son histoire et avec laquelle elle se défend contre tous les scandales et problèmes de propagande.