Bart Steukers

La numérisation, une partie importante de la solution destinée à vaincre l’actuelle crise énergétique

Bart Steukers CEO de la fédération technologique Agoria

La transformation numérique génère de nouvelles opportunités pour les entreprises. Il est possible de s’opposer au changement climatique et de réaliser la transition écologique. Quasiment tout le monde est d’accord là-dessus. L’Europe elle aussi joue pleinement la carte de la numérisation et des plans de relance de nos pouvoirs publics. Plus d’un quart d’entre eux font l’objet d’investissements numériques.

Mais la numérisation n’est évidemment pas gratuite, car elle nécessite pas mal de matériel (dans le nuage ou non) et, surtout, beaucoup de logiciels et de connaissance. La technologie numérique est heureusement l’un des rares produits qui, malgré les nombreuses hausses de prix, en offre toujours plus pour le même montant. Les cerveaux, dont on a grand besoin en Belgique pour réaliser des projets numériques à haute valeur ajoutée, par contre, deviennent impayables, à tel point qu’on ne pourra à coup sûr plus les garder ici.

Comme toutes les autres entreprises, les firmes numériques sont touchées par les hausses des coûts. Les prix de l’énergie s’affolent, et les salaires des collaborateurs souvent bien formés devront être indexés de plus dix pour cent en janvier prochain. Le prix de revient des projets de numérisation va donc augmenter, mais s’il y a quelque chose où on ne peut pas économiser aveuglément, c’est bien la numérisation qui permet une gestion plus efficiente de l’entreprise, davantage d’innovations indispensables et plus d'(e-)business. La numérisation est aussi une partie importante de la solution destinée à vaincre l’actuelle crise énergétique. Pensez aux systèmes de gestion énergétique intelligents ou à l’intelligence artificielle à des fins de commande prédictive des systèmes HVAC.

Une inflation galopante ne pourra pas freiner la transformation numérique.

Le secteur numérique se trouve devant un grand défi. Le coût salarial croissant pèse lourdement sur une activité aux nombreux profils de formation supérieure, confrontée en outre à l’éternelle problématique de garder ceux-ci à bord sur un marché où la recherche de personnes aux compétences ad hoc bat son plein. Le secteur numérique sa caractérise aujourd’hui par quelque 11.000 places vacantes. En plus de l’inflation galopante, cela met une pression supplémentaire sur la fixation des salaires. Des compétences dans lesquelles il convient aussi d’investir par des formations dans les toutes nouvelles technologies, plates-formes et infrastructures (numériques). Ce sont en effet ces personnes qui aideront les entreprises à mener à bien leurs projets numériques. Ce sont les partenaires dont vous et moi aurons besoin pour faire sortir nos entreprises (ensemble) plus fortes de la crise actuelle.

L’effet de tout cela, c’est que l’apport humain dans la création de valeur sera énorme. Dans les entreprises numériques de l’industrie technologique, les coûts salariaux représentent 80 pour cent de la création de la valeur ajoutée. En guise de comparaison, dans les entreprises de production, c’est environ dix pour cent de moins. Il en résulte que pour les entreprises numériques, il est nettement plus malaisé de tirer une création de valeur suffisante de leurs activités, afin d’enregistrer du bénéfice, de payer les impôts, de réaliser des investissements dans la recherche et le développement,…

Et c’est ici que le bât commence à blesser douloureusement.

1°) Dans la plupart des secteurs de l’économie belge, des clauses de révision des prix sont utilisées pour adapter automatiquement le prix à facturer des contrats à long terme aux coûts salariaux en croissance. Dans le domaine numérique, il y a des secteurs clients et des entreprises clientes qui n’acceptent pas ces clauses de révision des prix et où la valeur contractuelle doit donc être négociée année après année et parfois même au cas par cas. Si ces secteurs clients ou entreprises clientes gelaient leur budgets numériques, cela pourrait en janvier 2023, lorsqu’il s’agira d’accorder aux employés du secteur numérique une indexation de plus de dix pour cent, générer des discussions extrêmement âpres de part et d’autre de la table de négociation.

2°) Dans les secteurs, où les clauses de révision des prix sont courantes, les entreprises numériques peuvent sur le plan légal adapter uniquement quatre-vingts pour cent de la valeur d’un contrat aux coûts salariaux croissants. Dans le secteur numérique, la situation est plus pénible que dans les autres secteurs, étant donné l’importante proportion du coût salarial dans la valeur ajoutée. En d’autres mots, les coûts salariaux érodent les marges dans le secteur numérique plus que dans d’autres secteurs. Il y a alors toujours le danger inhérent que cela génère une livraison de moindre qualité ou des économies forcées du côté des entreprises numériques.

3°) Jusqu’à aujourd’hui, il n’existait pas de paramètre qui suivait de près les coûts salariaux dans le secteur numérique. Les entreprises se débrouillaient souvent avec des paramètres de coûts salariaux provenant d’autres secteurs ou d’autres comités paritaires. Cela provoquait souvent une différence entre les coûts salariaux réellement enregistrés dans le secteur numérique et les prix qui pouvaient être facturés aux clients. Agoria y a présent réagi.

Agoria publie actuellement un indice de référence des coûts salariaux spécifique pour les entreprises numériques actives au sein du comité paritaire 200. Agoria procède ainsi pour mettre à disposition un indice qui suit mieux l’évolution des coûts salariaux réels dans le secteur numérique. L’objectif est en outre de rendre la façon de calculer l’index de manière plus transparente et simple, afin que tout le monde puisse comprendre et vérifier facilement les calculs.

Chaque entreprise doit évidemment déterminer pour elle-même si l’index numérique s’applique à son activité. Dans l’affirmative, l’implémentation du nouvel index pourra générer une situation ‘gagnant-gagnant’ entre le secteur numérique et ses clients, où les indispensables investissements resteront possibles, afin de continuer d’aider ensemble les entreprises et les pouvoirs publics dans les années à venir.

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