Kristof Van der Stadt

ChatGPT: entre constat et prédiction

Kristof Van der Stadt Rédacteur en chef chez Data News

Parfois, il semble que l’IA générative ait fait couler plus d’encre que l’IA elle-même. Et pourtant, permettez-nous à nouveau d’évoquer ChatGPT et consorts. En commençant cependant par un avertissement clair: pas question pour moi d’évoquer ici les pertes d’emplois ou le risque de rupture pour de nombreux secteurs économiques. Et loin de moi l’idée d’une IA fabuleuse, de biais inhérents à la technologie ou encore de questions éthiques.

En revanche, je vais évoquer à la fois un constat et une prédiction. Et le point commun entre ces deux notions? Que l’histoire est un éternel recommencement. Je l’ai déjà écrit à maintes reprises, mais mes cheveux grisonnants donnent toujours plus de crédibilité à mes observations.

Le constat: l’innovation majeure de 2023 devrait être le champ de texte. Un encadré où vous encodez du texte. Un encadré qui ressemble aux cadres des premiers traitements de texte. Qui l’aurait imaginé: des encadrés de texte comme passerelle d’accès à la connaissance et aux réponses à toutes vos questions (sur la vie)? Un éternel recommencement. Vous souvenez-vous encore d’Ask Jeeves? Ce majordome virtuel vous permettait de poser vos questions en langage naturel – dans une case de texte. Certes, Ask Jeeves n’a jamais réussi à conquérir que quelques parts de marché et a été abandonné dès 2006. Mais le majordome virtuel Ask.com en version 2023 pourrait peut-être insuffler un nouveau dynamisme à l’IA?

La plus grande innovation de 2023 s’avère être une zone de texte

Un bloc de texte comme outil d’interaction avec l’intelligence artificielle? Comme nous devions tous le faire autrefois pour obtenir une information stockée sur notre PC? Vous vous souvenez encore de l’écran blanc et du curseur clignotant? En attente de vos commandes. Éternel recommencement. Et si tel est le cas, il appartient désormais aux développeurs de travailler sur des interfaces graphiques et autres ‘pelures’ autour des moteurs d’IA. Il ne s’agit même pas ici d’une prédiction puisqu’alors que j’écris ces lignes, des dizaines de nouveaux services sont certainement en cours de développement qui tourneront en arrière-plan des grands moteurs d’IA. Et le bloc de texte devra finalement céder la place à de nouvelles interfaces intégrant son et vidéo – comme ce fut le cas à l’époque de la messagerie. Éternel recommencement donc puisque la nouvelle appli Bing articulée autour de l’IA associe déjà la technologie vocale à l’IA. Plus besoin d’encoder des lignes de commande, mais de les enregistrer vocalement.

L’IA générative inaugure-t-elle une nouvelle ère? Incontestablement. Je suis intimement persuadé qu’il s’agit là des prémices d’écosystèmes révolutionnaires, à l’instar de la naissance du cloud. Pas question pour moi de cautionner les propos populistes selon lesquels l’Europe aurait perdu la guerre de l’IA: pas besoin d’inventer le moteur, il est possible de gagner la bataille des développements autour du moteur. Et permettez-moi encore cette prédiction: la prochaine grande guerre portera sur ce que j’appellerais ‘le moteur de réponse par excellence pour les entreprises’. Songez à une interface simple – oui, un cadre de texte – où chaque collaborateur trouverait finalement les réponses aux questions auxquelles il est confronté quotidiennement dans son travail: qui est encore l’account manager de mon client que j’ai perdu de vue depuis un an? quelles sont les grandes tendances de mes chiffres de vente? ou encore dans les dossiers que je traite? la situation s’améliore-t-elle par rapport au mois dernier? mon département atteint-il ses KPI? Mais tout aussi bien: montrez-moi tous les documents, courriels et conservations sur ce projet IT du client X et faites-moi un topo de la situation. Je pense qu’il faut s’attendre à une lutte à couteaux tirés entre les grands fournisseurs de logiciels professionnels et de cloud.

Et si je peux me permettre cette dernière prédiction: peut-être une société va-t-elle lancer prochainement la première application de type ChatGPT tournant entièrement en local. Car il s’agit là encore d’une constante dans l’histoire de l’IT: le balancier entre modèle distribué et centralisé. Le GPT-on-a-chip? Qui sait. Si quelqu’un pouvait ou osait le faire, ce serait sans doute Apple. Éternel recommencement: même les prédictions qui ne se réaliseront peut-être jamais…

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