Le CEO de Belgacom menace de ne plus investir dans les réseaux

23/11/07 à 11:00 - Mise à jour à 10:59

Source: Datanews

Didier Bellens, CEO de Belgacom, a vertement critiqué l'IBPT lors d'un congrès des opérateurs télécoms à Bruxelles, à cause du fait que le régulateur voudrait ouvrir le nouveau réseau VDSL de Belgacom aux autres acteurs dans le domaine. "Si l'IBPT prend une décision en notre désavantage, je ne pense pas que nous injecterons encore de l'argent dans l'infrastructure."

Didier Bellens, CEO de Belgacom, a vertement critiqué l'IBPT lors d'un congrès des opérateurs télécoms à Bruxelles, à cause du fait que le régulateur voudrait ouvrir le nouveau réseau VDSL de Belgacom aux autres acteurs dans le domaine. "Si l'IBPT prend une décision en notre désavantage, je ne pense pas que nous injecterons encore de l'argent dans l'infrastructure."

Plus de 300 experts du secteur télécom et des institutions de l'UE ont débattu à l'hôtel Hilton de Bruxelles des plans de la Commission européenne en matière de réforme du secteur télécom. Le congrès était organisé par l'Etno, la 'European Telecommunications Network Operators' Association.

Le thème de la journée était sans aucun doute le désir de la Commissaire européenne Viviane Reding de faciliter la concurrence par une 'functional separation', à savoir la scission des grands opérateurs télécoms en des composantes d'infrastructures et de services et ce, en vue d'améliorer l'accès au marché pour les fournisseurs de services.

Le fait aussi que l'Europe entend donner plus de pouvoir aux régulateurs nationaux (l'IBPT en Belgique) a été abordé en long et en large. Tout spécialement par le CEO de Belgacom, Didier Bellens, qui vient d'adresser une volée de bois vert à l'encontre de l'organisation. Le souhait de l'institut d'ouvrir le réseau VDSL performant de Belgacom à des tiers n'y est évidemment pas étranger.

"Belgacom a décidé en 2003 de déployer un réseau VDSL à haut débit afin d'offrir des services supplémentaires à ses clients", a déclaré le CEO. "A l'époque, les analystes et les investisseurs nous ont ri au nez. 'Que va-t-on bien pouvoir faire d'un réseau à 25 mégabits', se demandait-on. Or aujourd'hui, nous atteignons déjà 60 pour cent des Belges avec notre réseau, et c'est le silence. A présent, tout le monde a conscience de la valeur de notre réseau à haut débit. Les autres acteurs font la file pour pouvoir l'utiliser et à un prix aussi avantageux que possible."

Bellens n'est donc pas du tout ravi de ce que veut faire l'IBPT: "Nous avons pris un risque énorme en 2003. Maintenant que le DVSL est un succès, tout le monde veut en profiter. Mais qu'en aurait-il été si la technologie avait échoué? Tous ces acteurs tiers auraient-ils supporté les frais de notre 'erreur'?"

Et le CEO de déclarer haut et fort que si les preneurs de risques ne sont pas récompensés pour leurs efforts, son entreprise ne sera plus encline à consentir encore de lourds investissements. "Si l'IBPT prend une décision qui va à notre encontre, je pense que nous ne continuerons plus à injecter des fonds dans l'infrastructure. Nous confierons alors aussi le déploiement ultérieur de notre réseau à d'autres. Si nous devons partager nos bénéfices, nous n'atteindrons pas notre retour sur investissement et nous devrons en tirer les conclusions qui s'imposent."

Si l'IBPT décide néanmoins que le réseau de Belgacom doit être ouvert, Bellens estime que le prix que ces acteurs tiers devront payer pour l'utiliser sera quand même au moins proportionnel au risque que l'opérateur télécom a pris dans le passé. Et Belgacom portera l'affaire en justice.

"Nous argumenterons que Belgacom, en tant qu'opérateur haut débit, est le seul acteur en Belgique qui doit assumer ses responsabilités et se soumettre aux règles strictes en vigueur, alors que les entreprises du câble peuvent, elles, faire ce qu'elles veulent. Au niveau européen, les câbleurs ne sont par ailleurs pas ennuyés, mais dans notre pays, ils sont des acteurs dominants. Le combat devrait être loyal, et il ne l'est pas."

Bellens a commenté aussi le fait que l'Europe entend créer un régulateur télécom paneuropéen: "L'Europe a besoin d'une vue d'hélicoptère, mais nous sommes 27, et il est au moins aussi important de considérer les situations pays par pays."

"Une fois encore, mon principal concurrent (Telenet) est une câblo-opérateur. Le câble atteint 97 pour cent des Belges. Alors qu'il ne représente rien au niveau européen. En Flandre, Telenet détient 50 pour cent du marché du haut débit, et Belgacom est deuxième avec pratiquement 50 pour cent aussi. Mes collègues européens me demandent souvent comment il se fait que Belgacom est le deuxième plus grand acteur en Belgique, si le premier n'existe pas! On ne connaît pas le marché du câble en Europe, et il n'est pas non plus régulé. Si l'on crée donc un régulateur télécom central, ne serait-il pas temps de penser également à un régulateur du câble européen?"

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