L'Huawei Mate 30 Pro aurait dû être l'étage supérieur du P30 Pro et de son prédécesseur direct, le Mate 20 Pro de 2018. Du point de vue technique, c'est l'évidence même: le smartphone appartient - même cinq mois après son introduction - encore et toujours à la catégorie des appareils les plus puissants et perfectionnés disponibles sur le marché, et son optique (avec quatre appareils photo à l'arrière, plus un autre pour les selfies à l'avant) est même inégalée à ce jour.

Il est probable que le tout nouveau Samsung Galaxy S20 vienne le titiller sur le plan de la qualité des appareils photo, mais nous n'avons pas encore pu le tester en long et en large par manque d'exemplaires disponibles.

Qu'en est-il de l'efficacité?

A propos des spécifications, nous n'allons pas trop nous attarder dans cet article, au contraire de l'efficacité de l'appareil. Car avouons-le: un smartphone Android sans applis Google, c'est un peu un café sans bières. Soyons clairs: Android est également un produit Google, mais la version open source du système d'exploitation qui tourne sur le Mate 30 Pro, ne tombe sous le coup de l'embargo commercial américain et peut par conséquent être encore utilisée par Huawei.

A première vue, il n'y a que peu de différences avec la 'véritable' version Android 10. Visuellement même aucune, parce qu'Huawei a conféré à l'interface de l'appareil nappée d'une sauce maison EMUI 10k le même 'look & feel' qu'à ses autres appareils haut de gamme. Dans la pratique, il est possible que la version open source d'Android reçoive moins rapidement les mises à jour que la version officielle utilisée par la plupart des autres fabricants de smartphones, mais ces écarts de temps ne sont pas très grands et ont même tendance à se réduire.

Huawei Mate 30 Pro © Huawei

Le manque d'applis Google typiques (Maps, YouTube, Photos, Documents, Gmail, Drive,...) ne devrait pas non plus dans l'immédiat poser des problèmes insurmontables. Pour commencer, Huawei propose elle-même déjà quelques échappatoires, comme une appli Photos maison, alors que les vidéos YouTube peuvent évidemment être visionnées aussi via le navigateur. Pas via Chrome certes (Google oblige), mais via le... navigateur Huawei.

Suffisamment d'alternatives, mais...

Pour toutes les autres applications Google, il existe à première vue aussi suffisamment d'alternatives. Pensons à l'appli de navigation Waze, à Microsoft Office, à Dropbox ou à BlueMail. Malheureusement pour Huawei, il existe une composante Google qui ne peut être remplacée par une alternative, et cela crée pas mal de problèmes: Google Play.

Sans le magasin de téléchargements, toutes ces alternatives ne peuvent en effet pas être installées. Du moins pas de la manière conviviale et sûre que l'on connaît avec le smartphone Android 'traditionnel'. Les utilisateurs expérimentés peuvent éventuellement chercher leur salut sur des sites tels APKMirror (où quasiment chaque appli Android peut être rapatriée sous forme d'un package), mais cette méthode est controversée, n'est pas à cent pour cent sûre (il y a toujours un petit risque de malware) et ne prévoit pas non plus les mises à jour automatiques des applis. Bref, pour le grand public ciblé par Huawei, cette méthode n'est pas une solution.

Une autre importante carence caractérisant la version open source d'Android 10, c'est que ce système d'exploitation est fourni sans les Google Play Services. Or ceux-ci sont non seulement essentiels pour actualiser aisément les applis installées, mais par exemple aussi pour synchroniser les contacts et faire communiquer les autres applis avec les services Google. Sans les Google Play Services, certaines applications ne fonctionneront par conséquent pas ou pas bien. Citons par exemple ici WhatsApp: elle peut s'installer d'une autre façon, mais vous ne pourrez pas effectuer une sauvegarde de toutes vos données. Ce genre de copie de réserve ne peut en effet être faite que sur Google Drive - eh oui!

Qui dit magasin maison, dit services maison

Huawei est tout à fait consciente de cette problématique et prépare entre-temps activement la solution la plus évidente, à savoir étoffer au maximum sa propre offre AppGallery (qu'on retrouve depuis belle lurette sur chaque téléphone Huawei) et stimuler en même temps les Huawei Mobile Services, le pendant des 'services' de Google. Ce dernier point n'a pas échappé non plus à de nombreux utilisateurs d'Huawei, car sur les autres smartphones de l'entreprise (comprenez: ceux avec une version Android officielle), les Huawei Mobile Services ont été mis agressivement en avant ces dernière semaines.

L'extension de l'AppGallery est évidemment une oeuvre de longue haleine. C'est un vrai travail de bénédictin auquel est confrontée Huawei en vue de s'accorder avec des milliers de développeurs d'applis et de les convaincre de développer dorénavant des applications pour l'Huawei AppGallery - en plus des versions pour Android et iOS pour l'App Store d'Apple. Parfois, cela se fera facilement, mais dans d'autres cas, il faudra discuter du prix. Il s'agira aussi de réécrire (partiellement) certaines applis pour qu'elles soient compatibles avec les Huawei Mobile Services. Ou pour qu'elles puissent fonctionner tout aussi parfaitement sans les services de Google, si vous voulez. Et cette... plaisanterie aura un sacré prix: Huawei vient justement de mettre un milliard de dollars de côté pour attirer les développeurs d'applis vers sa nouvelle plate-forme.

Il sera certes possible d'installer pas mal d'applis via l'AppGallery d'Huawei : du contenu international du calibre de Booking.com et d'Amazon Shopping jusqu'aux applications locales comme My bpost, itsme et l'appli d'Immoweb. Une alternative valable à Google Translate a pour nom Microsoft Translate qui, grâce à une collaboration avec Huawei, exploite l'intelligence artificielle dans le processeur principal de ce smartphone. Et suite à un accord récent passé avec TomTom, le fabricant chinois pourra probablement disposer rapidement d'une appli de navigation à la Google Maps, mais pilotée par le spécialiste néerlandais de la navigation.

En même temps, on ne peut faire abstraction du fait que pas mal d'importantes applis (et encore bien davantage de plus modestes) manquent dans l'AppGallery. Pensons à WhatsApp, Facebook, Instagram, Spotify, l'appli pour commander les haut-parleurs Sonos, etc., etc. Les propriétaires d'un Google Chromecast, un gadget permettant de diffuser l'image et le son du smartphone vers la TV, seront aussi lésés par l'Huawei Mate 30 Pro, tout comme tous ceux qui sont habitués à piloter à la voix leur smartphone et d'autres gadgets intelligents au moyen de... Google Assistent.

Conclusion

L'Huawei Mate 30 Pro est ultrarapide, super-racé et fournit, selon nous, avec son impressionnant bloc optique (dont deux appareils photo de 40 méga-pixels) les meilleures photos de tous les smartphones existants. Pour le grand public, cet appareil ne conviendra cependant pas, car nous sommes tous aujourd'hui devenus trop dépendants des applis de Google, mais peut-être encore plus du Google Play Store et des Google Play Services. En coulisses, Huawei prépare d'arrache-pied deux alternatives à ces composants essentiels. De plus, un système d'exploitation maison est aussi prévu chez le géant technologique chinois, Harmony OS, pour être à l'avenir complètement indépendant tant de Google que des autorités américaines (et d'éventuelles nouvelles sanctions commerciales).

Nous pensons qu'Huawei en est assurément capable et nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette évolution. Le monde des applis et des systèmes d'exploitation mobiles est depuis beaucoup trop longtemps déjà dominé par Apple et Google, deux firmes américaines qui, ensemble, semblèrent trop puissantes pour le troisième géant technologique, américain lui aussi, Microsoft. Huawei peut assurément réussir ce que Microsoft n'a pas fait en son temps suite au flop de la plate-forme Windows Phone: créer une énorme base installée de 600 millions d'utilisateurs au niveau mondial et atteindre une part de marché qui était en 2019 supérieure à celle d'Apple (17,6 contre 13,9 pour cent, selon l'analyste IDC), donnerait aux Chinois une avance à ne pas sous-estimer.

Huawei doit cependant s'assurer que son mouvement de rattrapage ainsi amorcé ne dure pas trop longtemps. Nombre de consommateurs n'osent à présent déjà plus acheter un nouvel appareil Huawei, même s'il dispose encore de toutes les applis Google. Cette crainte, l'entreprise devra vite la dissiper en proposant rapidement un magasin d'applis bien fourni.

Reste à savoir si la confiance pourra ainsi être entièrement rétablie. Télécharger des applis chez un géant internet américain qui sait tout sur nous, c'est une chose, mais être totalement dépendant d'un magasin de téléchargements d'une entreprise chinoise, c'est un peu comme devoir choisir entre la peste et le cholera. A Huawei de prouver le contraire à l'avenir!

Voici les principales spécifications de l'Huawei Mate 30 Pro

L'Huawei Mate 30 Pro est équipé d'un écran OLED de 6,53 pouces d'une résolution FHD+ de 2.400 x 1.176 pixels. Il est protégé de la poussière et étanche (IP68), piloté par un processeur octa-coeur Kirin 990 (2 x Cortex-A76 cadencé à 2,86 GHz + 2 x Cortex-A76 cadencé à 2,09 GHz + 4 x Cortex-A55 cadencé à 1,86 GHz) et dispose de 8 Go de RAM et 256 Go de mémoire de travail. Les appareils photo: un modèle SuperSensing Cine de 40 MP (diaphragme f/1.8), un modèle SuperSensing de 40 MP (diaphragme f/1.6, OIS), un zoom de 8 MP (diaphragme f/2.4, OIS) et un modèle sensible à la profondeur de champ 3D. En façade un appareil à selfies de 32 MP à diaphragme f/2.0.

null © Huawei

L'Huawei Mate 30 Pro aurait dû être l'étage supérieur du P30 Pro et de son prédécesseur direct, le Mate 20 Pro de 2018. Du point de vue technique, c'est l'évidence même: le smartphone appartient - même cinq mois après son introduction - encore et toujours à la catégorie des appareils les plus puissants et perfectionnés disponibles sur le marché, et son optique (avec quatre appareils photo à l'arrière, plus un autre pour les selfies à l'avant) est même inégalée à ce jour.Il est probable que le tout nouveau Samsung Galaxy S20 vienne le titiller sur le plan de la qualité des appareils photo, mais nous n'avons pas encore pu le tester en long et en large par manque d'exemplaires disponibles.A propos des spécifications, nous n'allons pas trop nous attarder dans cet article, au contraire de l'efficacité de l'appareil. Car avouons-le: un smartphone Android sans applis Google, c'est un peu un café sans bières. Soyons clairs: Android est également un produit Google, mais la version open source du système d'exploitation qui tourne sur le Mate 30 Pro, ne tombe sous le coup de l'embargo commercial américain et peut par conséquent être encore utilisée par Huawei.A première vue, il n'y a que peu de différences avec la 'véritable' version Android 10. Visuellement même aucune, parce qu'Huawei a conféré à l'interface de l'appareil nappée d'une sauce maison EMUI 10k le même 'look & feel' qu'à ses autres appareils haut de gamme. Dans la pratique, il est possible que la version open source d'Android reçoive moins rapidement les mises à jour que la version officielle utilisée par la plupart des autres fabricants de smartphones, mais ces écarts de temps ne sont pas très grands et ont même tendance à se réduire.Le manque d'applis Google typiques (Maps, YouTube, Photos, Documents, Gmail, Drive,...) ne devrait pas non plus dans l'immédiat poser des problèmes insurmontables. Pour commencer, Huawei propose elle-même déjà quelques échappatoires, comme une appli Photos maison, alors que les vidéos YouTube peuvent évidemment être visionnées aussi via le navigateur. Pas via Chrome certes (Google oblige), mais via le... navigateur Huawei.Pour toutes les autres applications Google, il existe à première vue aussi suffisamment d'alternatives. Pensons à l'appli de navigation Waze, à Microsoft Office, à Dropbox ou à BlueMail. Malheureusement pour Huawei, il existe une composante Google qui ne peut être remplacée par une alternative, et cela crée pas mal de problèmes: Google Play.Sans le magasin de téléchargements, toutes ces alternatives ne peuvent en effet pas être installées. Du moins pas de la manière conviviale et sûre que l'on connaît avec le smartphone Android 'traditionnel'. Les utilisateurs expérimentés peuvent éventuellement chercher leur salut sur des sites tels APKMirror (où quasiment chaque appli Android peut être rapatriée sous forme d'un package), mais cette méthode est controversée, n'est pas à cent pour cent sûre (il y a toujours un petit risque de malware) et ne prévoit pas non plus les mises à jour automatiques des applis. Bref, pour le grand public ciblé par Huawei, cette méthode n'est pas une solution.Une autre importante carence caractérisant la version open source d'Android 10, c'est que ce système d'exploitation est fourni sans les Google Play Services. Or ceux-ci sont non seulement essentiels pour actualiser aisément les applis installées, mais par exemple aussi pour synchroniser les contacts et faire communiquer les autres applis avec les services Google. Sans les Google Play Services, certaines applications ne fonctionneront par conséquent pas ou pas bien. Citons par exemple ici WhatsApp: elle peut s'installer d'une autre façon, mais vous ne pourrez pas effectuer une sauvegarde de toutes vos données. Ce genre de copie de réserve ne peut en effet être faite que sur Google Drive - eh oui!Huawei est tout à fait consciente de cette problématique et prépare entre-temps activement la solution la plus évidente, à savoir étoffer au maximum sa propre offre AppGallery (qu'on retrouve depuis belle lurette sur chaque téléphone Huawei) et stimuler en même temps les Huawei Mobile Services, le pendant des 'services' de Google. Ce dernier point n'a pas échappé non plus à de nombreux utilisateurs d'Huawei, car sur les autres smartphones de l'entreprise (comprenez: ceux avec une version Android officielle), les Huawei Mobile Services ont été mis agressivement en avant ces dernière semaines.L'extension de l'AppGallery est évidemment une oeuvre de longue haleine. C'est un vrai travail de bénédictin auquel est confrontée Huawei en vue de s'accorder avec des milliers de développeurs d'applis et de les convaincre de développer dorénavant des applications pour l'Huawei AppGallery - en plus des versions pour Android et iOS pour l'App Store d'Apple. Parfois, cela se fera facilement, mais dans d'autres cas, il faudra discuter du prix. Il s'agira aussi de réécrire (partiellement) certaines applis pour qu'elles soient compatibles avec les Huawei Mobile Services. Ou pour qu'elles puissent fonctionner tout aussi parfaitement sans les services de Google, si vous voulez. Et cette... plaisanterie aura un sacré prix: Huawei vient justement de mettre un milliard de dollars de côté pour attirer les développeurs d'applis vers sa nouvelle plate-forme.Il sera certes possible d'installer pas mal d'applis via l'AppGallery d'Huawei : du contenu international du calibre de Booking.com et d'Amazon Shopping jusqu'aux applications locales comme My bpost, itsme et l'appli d'Immoweb. Une alternative valable à Google Translate a pour nom Microsoft Translate qui, grâce à une collaboration avec Huawei, exploite l'intelligence artificielle dans le processeur principal de ce smartphone. Et suite à un accord récent passé avec TomTom, le fabricant chinois pourra probablement disposer rapidement d'une appli de navigation à la Google Maps, mais pilotée par le spécialiste néerlandais de la navigation.En même temps, on ne peut faire abstraction du fait que pas mal d'importantes applis (et encore bien davantage de plus modestes) manquent dans l'AppGallery. Pensons à WhatsApp, Facebook, Instagram, Spotify, l'appli pour commander les haut-parleurs Sonos, etc., etc. Les propriétaires d'un Google Chromecast, un gadget permettant de diffuser l'image et le son du smartphone vers la TV, seront aussi lésés par l'Huawei Mate 30 Pro, tout comme tous ceux qui sont habitués à piloter à la voix leur smartphone et d'autres gadgets intelligents au moyen de... Google Assistent.L'Huawei Mate 30 Pro est ultrarapide, super-racé et fournit, selon nous, avec son impressionnant bloc optique (dont deux appareils photo de 40 méga-pixels) les meilleures photos de tous les smartphones existants. Pour le grand public, cet appareil ne conviendra cependant pas, car nous sommes tous aujourd'hui devenus trop dépendants des applis de Google, mais peut-être encore plus du Google Play Store et des Google Play Services. En coulisses, Huawei prépare d'arrache-pied deux alternatives à ces composants essentiels. De plus, un système d'exploitation maison est aussi prévu chez le géant technologique chinois, Harmony OS, pour être à l'avenir complètement indépendant tant de Google que des autorités américaines (et d'éventuelles nouvelles sanctions commerciales).Nous pensons qu'Huawei en est assurément capable et nous ne pouvons donc que nous réjouir de cette évolution. Le monde des applis et des systèmes d'exploitation mobiles est depuis beaucoup trop longtemps déjà dominé par Apple et Google, deux firmes américaines qui, ensemble, semblèrent trop puissantes pour le troisième géant technologique, américain lui aussi, Microsoft. Huawei peut assurément réussir ce que Microsoft n'a pas fait en son temps suite au flop de la plate-forme Windows Phone: créer une énorme base installée de 600 millions d'utilisateurs au niveau mondial et atteindre une part de marché qui était en 2019 supérieure à celle d'Apple (17,6 contre 13,9 pour cent, selon l'analyste IDC), donnerait aux Chinois une avance à ne pas sous-estimer.Huawei doit cependant s'assurer que son mouvement de rattrapage ainsi amorcé ne dure pas trop longtemps. Nombre de consommateurs n'osent à présent déjà plus acheter un nouvel appareil Huawei, même s'il dispose encore de toutes les applis Google. Cette crainte, l'entreprise devra vite la dissiper en proposant rapidement un magasin d'applis bien fourni.Reste à savoir si la confiance pourra ainsi être entièrement rétablie. Télécharger des applis chez un géant internet américain qui sait tout sur nous, c'est une chose, mais être totalement dépendant d'un magasin de téléchargements d'une entreprise chinoise, c'est un peu comme devoir choisir entre la peste et le cholera. A Huawei de prouver le contraire à l'avenir!