Data News propose à des experts 40 'postulats controversés' sur l' avenir de la technologie. Aujourd'hui: 'Les drones vont se généraliser, même pour le transport de personnes'.
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" Nous devons reporter l'interview d'une demi-heure, Alex est bloqué dans le trafic ", nous signale la responsable RP de Volocopter. Voilà qui illustre parfaitement la cible visée par cette start-up allemande. " Nous proposons des taxis volants pour permettre à des personnes de se déplacer avec un drone sans équipage, même si je préfère parler d'avion, précise Alex Zosel 30 minutes plus tard. Au cours de la décennie à venir, nos taxis volants seront omniprésents. Le marché est gigantesque, surtout dans les grandes agglomérations où les embouteillages posent problème. Nous visons par priorité les déplacements de moins de 20 km. " Cela dit, il admet volontiers que sa société n'a pas choisi un parcours évident. " La construction de l'avion, le déploiement de l'infrastructure au sol sous-jacente, le logiciel, la gestion, le service à la clientèle, la recherche de partenaires : voilà autant de défis, concède-t-il. Sans parler évidemment des aspects régulatoires. " Mais Zosel estime que l'heure de Volocopter a sonné. " De très nombreuses villes considèrent la mobilité comme une priorité. " A Singapore par exemple, où son entreprise construit un VoloPort, un site permettant à des drones Volocopter sans équipage de décoller et d'atterrir et aux futurs clients d'expérimenter le concept. D'où cette question : les consommateurs - les passagers donc - sont-ils prêts à se laisser conduire sans pilote ? " Plusieurs études montrent que la moitié des prospects est effectivement prête pour ce nouveau mode de transport. Mais je pense que la demande sera bien supérieure à l'offre dès que les gens verront l'efficacité du système ", conclut Zosel. Droneport, le centre de test et d'entreprises Unmanned Aerial Vehicle (UAV) de Saint-Trond, travaille sur toutes sortes de types de drones. Nous avons rencontré Mark Vanlook, son CEO. " Un colis d'Amazon par exemple est tout autre chose qu'une personne qu'il faut transporter avec une sorte d'auto volante. Le profil de risque est totalement différent, de même que la technologie. L'envoi d'un paquet par une boutique Web ou le transport de sang vers un hôpital peut se faire assez facilement et à faible coût. Mais une voiture volante implique des dimensions totalement différentes. De même que techniquement : il s'agit d'un engin sans pilote. " Vanlook a entendu parler du projet innovant de l'allemande Volocopter, mais aussi d'initiatives à succès aux Etats-Unis et aux Pays-Bas. " De nouvelles étapes sont franchies. Mais soyons honnêtes : en dehors de Dubaï et de quelques pays africains, il n'y a pas vraiment de marché. Singapore a en effet mis cette technologie à son programme, mais il n'y a encore rien de concret aujourd'hui. " La technologie va-t-elle véritablement... décoller ? " Certainement. Tout le monde s'intéresse à l'espace, ne serait-ce que pour résoudre le problème des files. Le secteur envisage des drones de conteneurs comme alternative aux camions ainsi que des voitures volantes. Tant des géants de la technologie que des PME y travaillent, tandis que l'Europe investit pour l'instant dans de telles initiatives. Les gens souhaitent voler, de préférence rapidement, plus confortablement et à moindres frais. " Mais une solution comme Volocopter n'est aujourd'hui pas bon marché. " C'est le syndrome de la poule et de l'oeuf. Cela deviendra réalité, mais à terme. La base sociale n'existe pas encore ", conclut Vanlook. Chris Tampère travaille au département Gestion industrielle/Trafic et Infrastructure à la KU Leuven. " Mon avis ? Je ne m'attends pas à voir des drones se généraliser pour le transport de personnes. Mais il existe certes un marché de niche. " Plusieurs des raisons qui justifient le fait que l'hélicoptère ne deviendra jamais un moyen de transport de masse valent également selon lui pour les drones. La première est d'ordre énergétique. " Les lois de la physique sont d'application : pour un déplacement avec un drone, il faut plus d'énergie qu'avec une voiture, qu'il s'agisse de faire s'élever une masse dans les airs et pour ensuite le maintenir en altitude. Pouvons-nous et voulons-nous transposer ceci dans un monde où l'utilisation rationnelle de l'énergie s'impose ? ", s'interroge encore Tampère. Mais il évoque également des arguments physiques : le bruit et le déplacement d'air. " En outre, les nuisances les plus fortes sont créées aux endroits de décollage et d'atterrissage d'un tel drone. On crée ainsi des sites qui peuvent devenir encombrés et engendre donc de nouvelles nuisances. En outre, il n'est selon moi pas certain que cela va réduire automatiquement les embouteillages. Peut-être ces sites généreront-ils même de nouvelles files. " Enfin, Tampère insiste encore sur la réglementation de l'espace aérien et sur le coût total de ce type de transport. " Certes, l'infrastructure nécessaire au sol est assez limitée. Il ne faut pas de routes, de ponts ou de tunnels, sachant que leur construction et leur entretien coûtent également en énergie. Donc si l'on procèdent à l'analyse du cycle de vie complet, on peut certes en arriver à une balance plus positive. D'un autre côté, cet argument ne tient pas aussi longtemps que l'on ne peut pas se passer complètement des routes. " En résumé donc, notre professeur estime qu'il s'agit certes d'un marché de niche, tout comme les hélicoptères aujourd'hui. " Songez à un scénario où un CEO est embarqué par un drone sans pilote et déposé sur le toit de l'immeuble où se tient une réunion urgente. Pour des distances pas trop importantes, le drone présente certainement des avantages par rapport à l'hélicoptère sans pilote qui sera souvent plus cher. Compte tenu des applications actuelles de l'hélicoptère, j'estime donc qu'il y a un marché pour le transport de personnes par drone. Mais à mes yeux, ce type de transport ne se généralisera jamais ", conclut Tampère.