Mohit Aron fut en son temps l'un des développeurs du système de fichiers de Google. Quelques années après son départ en 2007, il fonde Nutanix en 2009. Une fois encore une société spécialisée en gestion de données, mais sur un segment totalement différent : le stockage secondaire, les données non critiques stockées selon Aron de manière trop coûteuse et inefficace.
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Mohit Aron fut en son temps l'un des développeurs du système de fichiers de Google. Quelques années après son départ en 2007, il fonde Nutanix en 2009. Une fois encore une société spécialisée en gestion de données, mais sur un segment totalement différent : le stockage secondaire, les données non critiques stockées selon Aron de manière trop coûteuse et inefficace. " Nous nous focalisons sur ce que l'on appelle les 'second-tier data'. A ce niveau, la fragmentation est très importante. Les entreprises achètent du stockage objet d'un fournisseur, de l'analytique d'un autre, tandis que le cloud est confié à un autre acteur encore. Notre objectif est de proposer une seule plate-forme capable de consolider l'ensemble en offrant une expérience utilisateur inégalée. " Mais vous ne commercialisez pas du matériel ? MOHIT ARON : Nous ne vendons aucun matériel, mais tout tourne évidemment sur du matériel et nous proposons différents fournisseurs certifiés comme Cisco, Dell, HPE ou un produit blanc d'Intel, mais nous ne fabriquons aucun équipement ou puce. Par ailleurs, nous pouvons supporter des grappes hétérogènes associant notamment Cisco et HPE ou Dell, de même que des anciens et des nouveaux matériels. Quels sont vos clients ? ARON : Tout est possible, depuis la PME jusqu'à la grande entreprise. Quatre des 10 plus grandes banques sont clientes, de même que des opérateurs de cartes de crédit, les plus grandes entreprises de télécoms, des administrations publiques américaines, la chaîne hôtelière Hyatt, mais nous sommes aussi actifs dans la santé, la distribution, les médias et les loisirs. Notre produit est très générique en ce sens que nous desservons toute entreprise ayant beaucoup de données, et sans doute aussi beaucoup de problèmes. Comptez-vous également des clients en Belgique ? ARON : Nous comptons chez vous comme client un grand acteur du monde financier, qui utilise d'ailleurs aussi Nutanix et qui a réalisé au cours du trimestre écoulé un investissement conséquent dans l'implémentation de notre technologie. Mais nous espérons évidemment que d'autres suivront. Nous avons aussi d'autres clients et disposons entre-temps d'une équipe de vente en Belgique. Nous estimons que ce pays recèle un potentiel énorme pour nous. Dans l'ensemble de l'EMEA, nous employons désormais une centaine de collaborateurs, tandis que notre base installée à quadruplé durant l'année écoulée. Bref, nos ventes progressent rapidement. Pourquoi n'a-t-il pas été possible de faire chez Google ou Nutanix ce que vous réalisez maintenant avec Cohesity ? ARON : Chaque entreprise fixe ses propres priorités. Nutanix était spécialisée dans le stockage primaire, Cohesity dans le stockage complémentaire, mais il n'existe encore aucune société qui ait réussi dans les 2 segments dans la mesure où les équipes de ventes doivent véhiculer un tout autre message. D'un côté, on se trouve avec de la haute performance et un nombre d'IOPS [input/output per second, NDLR], de l'autre il s'agit d'un environnement qui doit supporter de grandes capacités avec un prix par Go bas et un accent mis sur la gestion du cycle de vie de l'information. Il s'agit là de deux messages très différents. Seules de grands acteurs comme EMC [désormais entité de Dell Technologies, NDLR] peuvent le proposer et même eux scindent ces deux mondes. J'apprécie les entreprises qui ont une cible très précise et adressent un certain nombre de problématiques clés. La première est la simplification de la sauvegarde. C'est une question complexe car malgré l'explosion du volume de données, les sauvegardes n'étaient pas évolutives. Nous proposons une gérabilité de type Apple et une évolutivité de type Google. Notre stratégie est comparable à celle du smartphone : il s'agit d'un téléphone, mais aussi d'un lecteur de musique, d'un appareil photo, d'une lampe torche, d'un GPS, etc. Le concept prôné par Cohesity est fondamentalement similaire. Vous venez de déclarer que vous réalisez ave Cohesity ce que vous n'avez pas pu faire chez Nutanix. Cela signifie-t-il que Cohesity se limitera au stockage secondaire ? Ou vous ambitions sont-elles d'aborder à terme d'autres aspects, comme l'infrastructure cloud ? ARON : En fait, il reste aujourd'hui encore pas mal de choses à faire dans le stockage secondaire. Nous utilisons volontiers l'image de l'iceberg : la partie émergée est petite, et c'est le stockage primaire, alors que la partie immergée, bien plus imposante, est représentée par le stockage secondaire. Ce qui nous attire dans cette dernière partie, c'est qu'aucune innovation n'y a vu le jour ces 10 dernières années. Tout est en silos et les entreprises n'ont aucune vision d'ensemble. Pour comprendre ce qui se passe, l'entreprise doit isoler un silo et y appliquer de l'analytique en utilisant différentes copies, ce qui est très inefficace. Nous estimons que de nombreuses innovations doivent encore voir le jour, ce à quoi nous nous employons. Nous avons commencé par simplifier les sauvegardes, et récemment nous avons annoncé une place de marché pour télécharger des applis maison et d'autres acteurs, comme Splunk. Aujourd'hui, il est possible de créer un silo et d'y faire tourner Splunk. Nous voulons permettre aux entreprises de télécharger différentes applis sur notre plate-forme pour les y faire tourner. L'appli que nous proposons permet de faciliter l'analyse des données, ce qui permet notamment d'être conforme au RGPD ou de récupérer des données. Quel est le défi majeur en termes d'innovation dans le stockage secondaire ? Quelles sont les fonctions que vous voudriez finaliser dans les deux à trois prochaines années ? ARON : L'iPhone est apparu en 2007, mais je ne l'ai acheté personnellement que deux ans plus tard, ce qui signifie qu'il m'a fallu deux ans pour être convaincu. Pour nous également, l'essentiel du défi consiste à éduquer le marché. Convaincre qu'il est possible de faire les choses autrement exige une certaine force de persuasion, mais une fois que le marché est séduit, il ne revient plus en arrière. Cela dit, il est également important pour nous d'avoir un seul point d'entrée. Nous voulons être maîtres dans notre segment, pas un généraliste. Pour l'instant, nous nous concentrons sur la simplification de la sauvegarde. Vous considérez Cohesity comme LA solution en matière de bonne gestion des données, mais est-ce toujours la solution au problème ? Une entreprise qui a un problème avec ses données risque aussi de 'mal' les gérer avec votre produit. ARON : La gestion de données est une question de toute façon complexe. Tout d'abord, on se trouve confronté à des silos qui ne permettent de faire qu'une seule chose. Pour ce faire, il faut acheter du matériel et de la puissance de calcul, puis bâtir une application et disposer à chaque fois d'une copie des données, sachant que plus il y a de copies, plus les coûts augmentent. A ce niveau, nous entendons être à la fois une interface utilisateur et une administration dans la gestion des données. Notre philosophie est de ne pas continuer à bâtir des silos, mais de proposer une plate-forme évolutive comme l'a fait Google. S'ils avaient opté pour une approche en silos, ils seraient devenus fous après 5 ans. Notre concept est similaire : toutes les données sur une seule plate-forme, puis des applis pour attaquer ces données et non l'inverse. Alors que vous considérez qu'il y a trop peu d'innovation dans votre segment de marché, comment considérez-vous la mode actuelle autour de l'IA et de la chaîne de blocs. Celles-ci peuvent-elles être appliquées à une architecture convergée ? ARON : Nous utilisons l'IA pour l'analytique prédictif, comme prévoir quand une certaine capacité sera atteinte, ainsi que pour soutenir l'automatisation. Nous essayons d'ajouter autant que faire se peut de l'intelligence à nos solutions. Pour ce qui est de la chaîne de blocs, je ne dirais pas que cette technologie n'est pas pertinente, mais nous ne nous y intéressons pas encore. Mais peut-être demain, si des cas concrets se présentent. Cohesity a vécu plusieurs phases d'investissement importantes, sachant que la dernière 'series D' porte le compteur à 410 millions $ au total. La prochaine étape sera-t-elle une 'series E' ou une entrée en Bourse ? ARON : Je n'aime pas spéculer sur l'avenir. Notre activité est en plein boom et nous verrons quelles décisions prendre en fonction des conditions du marché. Tout est sur la table. Avez-vous des ambitions de rachat ? ARON : Je préfère aussi ne pas spéculer dans ce dossier. C'est possible, mais tout dépendra des circonstances. Un rachat peut permettre d'enrichir notre gamme de produits et si cette opportunité se présente, nous l'envisagerons, mais il n'y a pour l'instant aucun projet concret à ce niveau. Et inversement ? Vous comptez Cisco, HPE, Battery Ventures et Google Ventures parmi vos investisseurs. Vendriez-vous à l'un de ces actionnaires ? ARON : Sans commentaire. Comment vous positionnez-vous, avec votre bagage, en tant que CEO de l'entreprise ? ARON : La mission de CEO est celle d'un inspecteur. Il ne faut pas trop approfondir les dossiers, mais les surveiller. Et n'intervenir que si l'on remarque quelque chose. Vous avez un bagage très technique et vous gérez désormais l'aspect commercial. La transition a-t-elle été difficile ? ARON : Oui, l'aspect commercial a été particulièrement complexe, mais aussi très intéressant. C'est notamment le cas lors de l'engagement de personnel. Si je veux recruter un ingénieur, je lui pose certaines questions et, s'il répond correctement, cela signifie qu'il est sans doute bon pour remplir cette fonction. Mais pour un poste commercial, il m'est difficile de poser les bonnes questions. Un commercial qui vend un produit peut toujours trouver des arguments particuliers. C'est là un aspect que j'ai dû apprendre à maîtriser. Vous n'allez quand même pas continuer à écrire du code malgré votre bagage ? ARON : Eh bien, je suis convaincu qu'il faut continuer à faire quelque chose en tant que chef d'entreprise. Donc à côté de mon rôle de CEO, je continue à produire du code. Je ne peux certes pas y consacrer autant de temps que par le passé, mais lorsque tout va bien, je participe à la conception du produit ou au codage.