Près d'un quart de siècle après l'apparition du terme 'cloud computing', 20 ans après les premiers services Software-as-a-Service et 14 ans après le lancement d'Amazon Web Services (AWS), le cloud s'impose dans l'informatique. Du moins en apparence. Mais est-ce le cas dans notre pays ? Pour apporter une réponse claire à cette question, Data News a lancé en avril une grande enquête. Premier constat : le cloud connaît une croissance soutenue. Ainsi, 3 entreprises sur 4 ayant participé à l'enquête affirment utiliser des services cloud. Dans le segment des grandes entreprises (+ de 500 personnes), ce taux est même de 85%. Interrogés sur la situation par rapport à l'année dernière, 63% précisent utiliser désormais davantage de services cloud qu'en 2019, tandis que 35% évoquent un statu quo. Plus l'entreprise est grande, plus elle fait appel à des services cloud.
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Près d'un quart de siècle après l'apparition du terme 'cloud computing', 20 ans après les premiers services Software-as-a-Service et 14 ans après le lancement d'Amazon Web Services (AWS), le cloud s'impose dans l'informatique. Du moins en apparence. Mais est-ce le cas dans notre pays ? Pour apporter une réponse claire à cette question, Data News a lancé en avril une grande enquête. Premier constat : le cloud connaît une croissance soutenue. Ainsi, 3 entreprises sur 4 ayant participé à l'enquête affirment utiliser des services cloud. Dans le segment des grandes entreprises (+ de 500 personnes), ce taux est même de 85%. Interrogés sur la situation par rapport à l'année dernière, 63% précisent utiliser désormais davantage de services cloud qu'en 2019, tandis que 35% évoquent un statu quo. Plus l'entreprise est grande, plus elle fait appel à des services cloud. Certes, il ne faudrait pas en conclure que toutes les charges de travail sont migrées dans le cloud. En fait, il s'agit en grande partie de logiciels de bureautique du style Google Docs ou Office 365 - rebaptisé depuis peu Microsoft 365. 59% indiquent utiliser des applications de bureautique dans le cloud et 49% exploitent une ou plusieurs solutions de stockage dans le cloud, et notamment le populaire Dropbox ou le moins connu Stack de TransIP. Sans grande surprise, le n° 3 - surtout sachant que cette enquête a été menée en pleine crise du coronavirus alors que le télétravail était la norme -, les outils collaboratifs au sens large du terme. Songeons à des outils comme Slack ou Microsoft Teams, voire les 'récentes' applications de vidéo à la Hangouts, Google Meet et Zoom. De même, les logiciels d'entreprise internes, qu'il s'agisse de système de gestion de la paie, de CRM, d'ERP ou d'applications HCM, s'imposent progressivement dans le cloud (38%). Tels sont les grandes tendances, sachant que toutes les autres applications sont (partiellement ou non) hébergées à raison de 20 à 38% dans le cloud - selon le type d'entreprise évidemment. Il s'agit globalement de 'testing & staging', d'environnements de développement, d'applications de marketing, ventes et e-commerce, de helpdesk, de décisionnel, de monitoring (réseau) et de sécurité/conformité. 55% des répondants qui utilisent des services cloud font appel à du Software-as-a-Service (SaaS). Environ 1 sur 3 indique également utiliser du Platform-as-a-Service (PaaS), de l'Infrastructure-as-a-Service (IaaS) et du Storage-as-a-Service (STaaS). 40% utilisent un cloud privé ou un cloud interne, 46% un cloud public et 26% un cloud hybride. Il va de soi que plusieurs réponses étaient possibles. Le modèle de cloud hybride peut sans doute apparaître comme peu populaire, mais l'explication réside peut-être dans le fait qu'il recouvre différentes définitions. Ainsi, si l'on regarde qui coche à la fois 'cloud public' et 'cloud hybride', on constate qu'il s'agit de 59% d'entreprises. Voici peu, Colt a publié les résultats d'une étude européenne sur le cloud qui met en lumière la grande diversité et surtout le mélange de modèles de cloud utilisés dans les entreprises. Ainsi, comme dans notre enquête, le SaaS semble être le service cloud le plus populaire. Mais élément plus important, 42% combinent les modèles SaaS, PaaS et IaaS. Du coup, de très nombreuses entreprises s'adressent à différents fournisseurs simultanément pour acheter leurs services cloud. Ainsi, environ la moitié des répondants de l'enquête Colt parlent d'une stratégie de cloud hybride. Sans surprise, le top 3 des fournisseurs de services et d'applications cloud les plus utilisés dans notre pays se présente comme suit : Microsoft - avec notamment Azure, mais aussi Office 365 - est citée par pas moins de 77% des répondants. Google suit à une solide 2e place, mais à distance respectable, avec 35%. Amazon Web Services (AWS) est plébiscité par 28% des entreprises. La plupart des organisations choisissent plusieurs fournisseurs cloud, chacun ayant ses raisons. Ainsi, une multinationale active dans de très nombreux pays estimera assez vite qu'un seul fournisseur de cloud public pour tous ses services représentera un défi majeur et que, dès lors, une approche multi-cloud sera sans doute préférable. Une récente étude de Gartner conclut que 81% des répondants travaillent avec deux fournisseurs ou plus. " C'est clairement la domination de méga-vendeurs de cloud public qui incite les entreprises à choisir plusieurs fournisseurs, estime Michael Warrilow, analyste chez Gartner. De même, la plupart des organisations optent pour une stratégie multi-cloud pour essayer ainsi d'éviter d'être captif d'un fournisseur ou de pouvoir choisir la meilleure solution chez chacun des fournisseurs. " Cette crainte du verrouillage (la difficulté, voire l'impossibilité, de changer ensuite de fournisseur) est réel. Ainsi, 35% des participants à l'enquête de Data News ayant déjà de l'expérience des services cloud précisent que le risque de 'lock-in' est l'un des freins majeurs à la migration d'un service ou d'une application dans le cloud. De même, 35% indiquent que la sécurité constitue un autre frein important, un élément qui est présent depuis les débuts du cloud. La méfiance est manifestement toujours présente. Lors de l'enquête européenne de Colt sur le cloud, la sécurité représentait d'ailleurs l'un des points d'attention principaux. " Pour nous, il est rapidement apparu qu'un basculement massif vers le cloud était en vue, relève Keri Gilder, 'chief commercial officer' de Colt. Notre enquête conclut que le cloud répond aux attentes des entreprises, voire les dépasse. Cela signifie que les entreprises ont confiance dans leur prochain projet de migration vers le cloud. La plupart des répondants finalisent un tel projet en moins de 9 mois. Je ne suis pas surpris de constater que les entreprises qui migrent vers le cloud considèrent toujours la connectivité et la sécurité comme des facteurs importants. Cela dit, 96% des décideurs IT estiment désormais avoir suffisamment confiance dans le cloud pour y basculer des données et applications critiques. " A cet égard, le Belge se montre manifestement bien plus prudent, même si 42% précisent avoir migré des applications critiques d'entreprise dans le cloud. Il s'agit en l'occurrence surtout de logiciels de bureautique, d'outils collaboratifs et de logiciels internes d'entreprise (CRM, ERP, etc.). Outre les trois grands fournisseurs de cloud public, on retrouve d'autres prestataires de services et d'applications cloud tels que Salesforce, VMware, SAP, ServiceNow, Oracle, Workday et IBM. Récemment, Oracle a conclu un important accord international avec Zoom, l'un des récents 'vainqueurs' de la crise du Covid-19 avec son outil de visioconférence très sollicité. Mais le 'country manager' d'Oracle pour la Belgique Jan Ronsse avance une explication claire au retard d'Oracle dans le classement. " Oracle peut faire valoir une base installée importante. Ainsi, 98% des entreprises du Fortune 500 font tourner des applications critiques dans des bases de données Oracle. Et en Belgique également, les données d'applications métier critiques sont hébergées dans Oracle. Il s'agit là typiquement d'applications que l'on ne migre pas souvent, et certainement pas trop vite, dans le cloud. Donc oui, il existe encore beaucoup d'applications sur-site dans ce segment, mais nous constatons bel et bien une croissance, certainement au niveau des applications nouvelles. Nous constatons une très forte demande du 'cloud at customer', une offre où nous proposons les avantages du cloud public dans le centre de données interne au client. " " Pour nous, il existe en tout cas un énorme potentiel qui doit encore être basculé vers le cloud. C'est pourquoi nous sommes en train de construire des centres de données de 2e génération. Nous en construisons 1 tous les 23 jours. D'ici la fin de l'année donc, Oracle comptera 36 centres de données de type 'gen2' ", explique encore Ronsse. Notre enquête fait encore apparaître que 30% des entreprises belges font appel à des services de centres de données spécialisés. Si l'on fait la ventilation par taille, on constate que le pourcentage est plus élevé dans les entreprises de 100 à 200 personnes ainsi que de 201 à 500 personnes (chaque fois 38%), et surtout dans les très grandes entreprises de plus de 500 personnes : 42% pour être précis. Le confinement décidé dans notre pays impose à de très nombreuses entreprises de prendre dans l'urgence des mesures pour étendre le télétravail à un maximum de collaborateurs. Pour 21% des répondants, cette décision implique la nécessité d'acheter dans l'urgence davantage de capacité cloud ou de services cloud. Plus l'organisation est grande, plus le pourcentage de services cloud achetés est élevé : 43% dans les entreprises de 200 à 500 personnes. Mais dans les très grandes entreprises (+ de 500 personnes), ce pourcentage se réduit à 33%. Sans doute parce que leur infrastructure cloud est déjà bien dimensionnée. Et donc, l'impact est bel et bien perceptible, mais la migration vers le cloud avait déjà été entamée l'an dernier avant qu'il ne soit question du Covid-19. Un peu plus de la moitié n'a par ailleurs subi aucun impact de la pandémie sur les projets cloud en cours, tandis qu'un petit pourcentage a connu une accélération de la migration (12%) et un peu plus un ralentissement ou un report (17%). A peine 3% évoquent une suppression du projet en raison par exemple de restrictions budgétaires. Jan Ronsse estime qu'il est prématuré d'évaluer l'impact réel de la crise. " Il est souvent question de projets à longue échéance. Et dans certains secteurs, l'impact est plutôt positif comme dans le public, la santé ou l'enseignement. Sans parler évidemment de la visioconférence. Dans le secteur bancaire en revanche, la situation est plutôt délicate. Dans l'ensemble, on constate que les projets non essentiels sont certes reportés, mais que ceux qui génèrent des réductions de coûts bénéficient eux d'investissements supplémentaires. " Pour les entreprises belges, les économies de coûts ne constituent pas la motivation principale du choix des services cloud. Ainsi, 37% les choisissent pour les économies en matériels et 23% en logiciels. Mais la raison principale réside dans la possibilité d'augmenter ou de réduire la capacité IT 'à la demande'. Cette élasticité est certes l'un des principes de base du cloud, mais n'était que rarement évoquée dans nos enquêtes précédentes. En n° 2, les entreprises citent la possibilité de commercialiser plus rapidement des produits et/ou services (45%), tandis qu'une meilleure collaboration entre équipes vient en 3e position (41%). Sans doute faut-il y voir l'impact du Covid-19 : l'adoption de nouveaux outils collaboratifs. " L'adoption de l'infrastructure s'est accélérée avec la crise, surtout au niveau de la vidéo, estime David Older, 'head of equities and fund manager' chez Carmignac. Microsoft sera l'un des grands vainqueurs avec son environnement professionnel Teams. Mais Zoom deviendra certainement la plateforme dominante après le coronavirus : stabilité, convivialité et interface 'léchée'. Reste que la rapidité d'adoption est exceptionnelle et d'autres acteurs à la WebEx n'y sont jamais parvenus. Un nombre croissant d'utilisateurs gratuits passeront à la version payante. " Mais lorsqu'il analyse la situation en prenant plus de hauteur, Older propose une autre version. " Lorsque vous parlez à des CIO, force est de constater qu'ils vont suspendre bon nombre de leurs projets IT. La question est de savoir quand ils les relanceront et quelle sera le rythme de reprise. Ce rythme est déterminant dans la manière dont on sortira de la crise. Les entreprises financièrement saines devraient selon moi continuer à bien se comporter. Mais je m'attends à voir la majorité se redresser 'lentement mais sûrement' ", conclut Older.