Vous entrez chez Bidfood comme directeur IT voici deux ans précisément. Quels étaient les projets en cours?
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Vous entrez chez Bidfood comme directeur IT voici deux ans précisément. Quels étaient les projets en cours? Girolamo La Mendola: Nous étions un peu avant le Covid et le confinement. Je précise que Bidfood s'adresse à trois grands marchés: l'institutionnel, à savoir les grandes cuisines des hôpitaux, écoles, maisons de repos, etc. ; et l'Horeca, entendez les snacks, cafés, hôtels, restaurants, etc. ; et les clients grands comptes/caterers pour lesquels nous sommes une plateforme logistique, comme Quick-PH-Delitraiteur. Bidfood avait fait l'acquisition depuis plusieurs années de quatre filiales plus spécifiquement orientées vers l'Horeca. La société avait développé son propre ERP dont un premier déploiement avait été réalisé dans l'une de ces filiales avant mon arrivée. Le planning prévoyait la mise en oeuvre sur une deuxième filiale, puis une troisième en septembre 2020, suivi d'une fusion entre deux filiales, tandis que le dernier projet est prévu pour le début 2022. En parallèle, ma mission a consisté à standardiser l'informatique des différentes filiales du groupe, tant au niveau de l'institutionnel que de l'Horeca. En effet, celles-ci disposaient de solutions différentes en infrastructure, systèmes d'exploitation, logiciels de gestion ou de messagerie, etc. Par ailleurs, nous avons lancé un vaste projet de transformation numérique avec refonte des solutions, de l'organisation et de ses modes de fonctionnement. Mon expérience acquise chez Nestlé m'a aidé à réaliser ce projet. Evidemment, il ne s'agit pas de reproduire chez Bidfood les pratiques mises en place chez Nestlé, mais bien de profiter du meilleur des deux approches et de les adapter avec le plus d'efficacité possible en fonction des réalités de l'organisation. Enfin, le dernier chantier majeur concerne la sécurité, et plus précisément la mise en oeuvre du standard ISO 27001 (ou ISMS Information Security Management system) [ISO 27001 est une norme internationale de sécurité des systèmes d'information de l'ISO et la CEI. Elle fait partie de la suite ISO/CEI 27000 et permet de certifier des organisations., NDLR]. En effet, cet outil nous permettra de disposer d'un tableau de bord pour vérifier la sécurisation de nos processus, de nos données, de notre infrastructure ainsi que le niveau de connaissance de nos collaborateurs. Avec mon équipe, nous avons par ailleurs développé une vision à 3 ans, 5 ans et 10 ans pour Bidfood Belgium. Avec comme objectif à terme de devenir une société 'full mobility' qui permettra à tout utilisateur d'accéder de n'importe où, avec n'importe quel outil et avec n'importe quelle solution à l'ensemble des données et applications. En l'occurrence, il sera évidemment question principalement de solution cloud (messagerie, gestion des commandes, solution financière, etc.). Pour en revenir d'abord à l'ERP. Vous avez fait le choix d'un développement interne plutôt que d'un outil du marché. Pourquoi? Girolamo La Mendola: Nous avions en effet d'abord testé un ERP assez réputé. Mais au terme d'un premier projet pilote, il s'est avéré que la solution était loin de répondre à nos besoins. Il faut dire que le monde du 'wholesale' est différent de celui du 'retail'. J'ajoute que Bidfood a comme priorité de répondre à la demande du client avec le meilleur service et que l'ERP exigeait beaucoup d'adaptations. Comme nous avions en interne les connaissances nécessaires, nous avons décidé de développer notre propre ERP qui permettrait d'avoir une approche plus rapide et plus concrète des demandes clients. Le développement s'est fait avec l'aide temporaire d'un partenaire externe pour nos ERP qui tournent en WinDev sur des serveurs Windows et en RPG sur AS/400. La mobilité et la sécurité sont des axes majeurs de votre stratégie IT. Pourquoi? Girolamo La Mendola: Avec le Covid et le confinement, l'importance de la mobilité a pris une nouvelle dimension, notamment avec le travail à distance. En matière de mobilité, nous privilégions la simplification et la standardisation, en nous entourant des bons partenaires. Mais nous nous efforçons d'être pragmatiques et de répondre aux besoins concrets. Dans ce contexte de mobilité, le cloud joue évidemment un rôle majeur. Par ailleurs, le confinement a vu augmenter le piratage informatique ainsi que le 'phishing' et le 'hacking'. Certes, nous ne sommes pas une banque ou une compagnie d'assurances, mais nous nous devons de protéger les données de nos partenaires. Nous avons une mission de sécuriser les informations que nous échangeons avec nos partenaires et de mettre en place un niveau de sécurité optimal. C'est d'ailleurs dans ce contexte que s'inscrit la certification ISO 27001. Quelles sont les technologies que vous déployez? Girolamo La Mendola: Nous standardisons autour de technologies comme Windows, IBM, HP et Cisco. De même, nous utilisons une solution de 'voice picking' dans nos entrepôts afin d'offrir un guidage par la voix pour les collaborateurs qui préparent les commandes. Nous nous intéressons également à des technologies de pointe comme l'intelligence artificielle, l'apprentissage machine, la réalité augmentée ou la 'blockchain'. Mais en regardant toujours le retour sur investissement. Pour Bidfood, une technologie doit avoir du sens pour être implémentée. Bref, pas d'IT pour l'IT. Girolamo La Mendola: Effec-tivement. Chez Bidfood, l'informatique est à l'écoute du métier et des clients afin de leur proposer des solutions susceptibles d'améliorer le travail des utilisateurs ou les processus. L'IT est un peu comme l'électricité: on ne se rend compte de son importance que lorsqu'elle est en panne. Et avec le Covid, l'importance de l'IT n'a fait que croître. Quelles sont les relations de la filiale belge avec le groupe international au niveau technologique? Girolamo La Mendola: Bidfood Belgium dispose d'une assez grande liberté dans ses choix technologiques, même s'il faut évidemment que les budgets IT soient approuvés localement et par le groupe. Au niveau informatique, nous privilégions la collaboration entre pays et entre entités nationales. Par ailleurs, nous pouvons profiter de certains marchés négociés au niveau du groupe, sans qu'il n'y ait de véritable obligation formelle, mais plutôt si nous y voyons un intérêt. A propos de budgets précisément, comment évoluent-ils? Girolamo La Mendola: Nos budgets IT sont en ligne avec nos objectifs pour nous permettre de supporter nos priorités que sont la simplification, la standardisation et la sécurité, sans oublier la digitalisation puisque le 'paperless' et la mobilité sont des axes prioritaires. Qu'en est-il de vos équipes IT? Girolamo La Mendola: Bidfood travaille essentiellement en interne au niveau informatique, même si nous avons entre 10 et 15 partenaires externes pour certaines solu- tions comme la paie, la comptabilité et le 'voice picking' par exemple. Si nous y voyons un intérêt, nous conservons en interne la maîtrise d'une technologie. De même, les postes clés en IT sont occupés par des internes. Notre équipe comprend désormais de 20 à 25% d'externes, contre 33% à mon arrivée voici 2 ans, essentiellement pour faire face à des pics d'activités, pour certaines solutions comme je viens de l'évoquer, ou pour nous apporter la connaissance dans des domaines que nous maîtrisons moins. J'ajoute que comme beau-coup de sociétés, nous éprouvons des difficultés à recruter des informaticiens. Des difficultés d'autant plus grandes que nos positions en IT sont à géométrie variable et qu'il n'est pas toujours évident d'engager de jeunes diplômés qui risquent ensuite de partir après quelques années. Comment le CIO est-il perçu dans l'entreprise? Girolamo La Mendola: En tant que directeur IT, je siège au comité de direction. Je considère mon rôle selon deux axes. D'une part en tant qu'expert technique pour proposer les solutions technologiques les mieux adaptées aux besoins du métier. Et, d'autre part, comme force de proposition sur les processus fonctionnels, par exemple au niveau de la chaîne d'approvisionnement afin de proposer des améliorations et/ou des simplifications des processus grâce à la technologie, certes sans pour autant imposer des choix, mais en étant à l'écoute des besoins internes et externes. De même, je joue un rôle de veille technologique afin de faire des propositions aux utilisateurs. Enfin, il ne faut pas oublier la partie support et résolution des problèmes techniques. J'ajoute que par rapport à mes responsabilités chez Nestlé, la différence concerne non seulement la taille de la société et l'approche top-down. Le travail chez Bidfood se fait davantage en interne dans un cadre plus familial, même s'il n'y a pas la structuration rigide qu'impose un grand groupe. Cela étant, le rôle de CIO est à mes yeux pratiquement identique dans toute entreprise. Il faut, bien sûr, tenir compte du contexte et s'y adapter.