Selon le professeur Marc Noppen, CEO de l'UZ Brussel, les soins de santé évoluent toujours plus vers du logiciel. " L'e-santé s'impose peu à peu. Le nombre d'outils numériques est pratiquement infini, estimait Marc Noppen lors d'une présentation au SAS Curiosity Forum. Mais sur les plus de 350 applis de santé existantes, moins d'une centaine sont validées. Il s'agit donc encore largement de gadgets. " Dans le même temps, il est confiant dans le potentiel des soins de santé numériques. " Les systèmes médicaux intelligents ouvrent la voie à une approche plus personnalisée ainsi qu'à un rôle participatif du patient. "

Le professeur Noppen table notamment sur les applications prédictives et de prévention. " Quel que soit l'impact des campagnes menées par les pouvoirs publics, celles-ci ciblent la masse et non pas l'individu. Lorsqu'une appli informe le patient de son état de santé personnel, un effet de revirement peut se produire. Ainsi, une analyse basée sur vos données personnelles, votre mode de vie ac- tuel et votre profil de patient qui affirme tout de go que vous vivrez encore deux ans et cent jours est nettement plus choc qu'un message d'intérêt général. Je suppose que dans un tel cas, pratiquement chacun abandonnera la cigarette ou adaptera son alimentation. " Le fait qu'il ne s'agisse plus de science-fiction est d'ores et déjà démontré par un logiciel chinois. Sur base de données provenant de moteurs de recherche et des médias sociaux, ce logiciel a pu détecter les personnes atteintes d'un cancer des poumons. " Face à de telles méthodes, l'Europe manque d'un cadre légal. Pour des raisons de vie privée, cette approche me semble provisoirement irréalisable. "

Les Bengalis soumettent leurs questions médicales à l'appli de santé Tonic.

Rupture au Bangladesh

Grâce à l'intelligence artificielle, il est possible d'interpréter des images médicales toujours plus rapidement et avec davantage de précision. " Pourtant, l'IA ne remplacera pas le radiologue, estime le pneumologue Noppen. Elle pourra aider à filtrer les images sans déviance. Ce faisant, le médecin disposera de davantage de temps pour analyser les images présentant des modèles déviants. " Le professeur illustre les possibilités de rupture dans les soins de santé à l'aide d'un exemple pris au Bangladesh, un pays où l'accès aux soins est limité. En 9 mois, 11 millions de Bengalis ont introduit leur profil médical via l'appli Tonic qui offre notamment un environnement de 'chat' pour répondre aux questions médicales.

Un écran entre le médecin et son patient

Aux Etats-Unis, les hôpitaux virtuels sans lit sont déjà une réalité. " Une numérisation poussée n'est pas toujours salutaire. Elle peut en effet limiter la satisfaction du patient, précisément par manque de contact humain. Dans plusieurs cliniques américaines, les médecins passent la moitié de leur temps à introduire des données. D'où une pression accrue sur le travail, une augmenta- tion des départs et un risque de burn-out. Certains médecins vont même jusqu'à engager un greffier pour traiter les données afin de pouvoir se consacrer à nouveau à leur patient plutôt que d'être devant un écran. Le Graal ? Trouver un équilibre entre l'humain et l'artificiel, ce qui n'est pas toujours évident. "