Selon les chiffres du moniteur des pratiques du travail des pouvoirs publics flamands, 9,6 % des Flamands actifs subiraient un niveau de stress qui atteindrait un seuil qualifié d''extrêmement problématique'. De même, Securex estime que 1 travailleur sur 10 serait menacé par un réel burn-out, tandis que 25 % des travailleurs émettraient des plaintes en matière de tension au travail, notamment des émotions négatives ainsi que des problèmes de santé physique et psychique. Le stress et le burn-out apparaissent donc comme des phénomènes en croissance, sachant que l'homme ne se facilite pas la tâche en déployant de nouvelles technologies qui, si elles ne sont pas correctement utilisées, peuvent également provoquer leur propre forme de stress. C'est notamment le cas du 'technostress', l'idée qu'il faut être connecté et accessible en permanence. Florence Pérès s'est spécialisée depuis 5 ans environ dans ce phénomène et la lutte contre celui-ci. Après avoir travaillé durant quelques années, notamment pour l'agence de communication Internet The Reference, elle se tourne vers Better Minds at Work, une société de consultants, formateurs et coaches. " Nous sommes spécialisés dans la résilience des personnes au travail ", résume-t-elle d'emblée.
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Selon les chiffres du moniteur des pratiques du travail des pouvoirs publics flamands, 9,6 % des Flamands actifs subiraient un niveau de stress qui atteindrait un seuil qualifié d''extrêmement problématique'. De même, Securex estime que 1 travailleur sur 10 serait menacé par un réel burn-out, tandis que 25 % des travailleurs émettraient des plaintes en matière de tension au travail, notamment des émotions négatives ainsi que des problèmes de santé physique et psychique. Le stress et le burn-out apparaissent donc comme des phénomènes en croissance, sachant que l'homme ne se facilite pas la tâche en déployant de nouvelles technologies qui, si elles ne sont pas correctement utilisées, peuvent également provoquer leur propre forme de stress. C'est notamment le cas du 'technostress', l'idée qu'il faut être connecté et accessible en permanence. Florence Pérès s'est spécialisée depuis 5 ans environ dans ce phénomène et la lutte contre celui-ci. Après avoir travaillé durant quelques années, notamment pour l'agence de communication Internet The Reference, elle se tourne vers Better Minds at Work, une société de consultants, formateurs et coaches. " Nous sommes spécialisés dans la résilience des personnes au travail ", résume-t-elle d'emblée. Le technostress est-il une cause de burn-out ? PÉRÈS: Il s'agit certainement d'un élément qui favorise le burn-out. Si nous utilisons beaucoup les médias sociaux, le mail et d'autres technologies, nous avons en effet tendance à devenir multi-tâche. L'une des conséquences est que votre cerveau de stress prend le pas sur votre néocortex, la partie du cerveau qui régule le comportement. Si nous sommes continuellement perturbés par des alertes, comme des mails entrants ou des likes sur Facebook, ce néocortex va se fatiguer et devenir un peu plus stupide. Nous allons donc de plus en plus réagir comme un primate. Une telle évolution est-elle surtout liée au smartphone ? PÉRÈS: L'addiction à l'on-line n'est pas uniquement imputable au smartphone, mais elle a progressé de manière exponentielle avec ce type d'appareil. Certes, on peut également être addict à son ordinateur portable ou de bureau. Mais le fait d'avoir un accès mobile à tout fait que l'on peut y consacrer nettement plus de temps. Cela dit, dans le contexte de l'entreprise, le technostress est également induit par les différentes manières dont nous interagissons avec nos collègues. Souvent, nous sommes à ce point habitués à être servi directement que nous attendons par exemple de recevoir dans l'heure une réponse à un mail. Du coup, nous utilisons le courriel comme un SMS, ce qui suppose que chacun soit constamment sur sa boîte de messagerie. Cela met beaucoup de pression sur chacun. Nous devons dès lors être mieux éduqués, ce que j'appelle la 'connectiquette', l'étiquette de la connectique, ou encore l'art d'utiliser la bonne plate-forme. Et notamment les plates-formes collaboratives au lieu de tout envoyer par courriel à dix destinataires différents. Les employeurs doivent-ils réagir ? PÉRÈS: Les entreprises ont désormais l'obligation de prendre en compte le stress et la prévention du burn-out. Cette obligation implique donc une concertation. Et notamment des accords en termes d'accessibilité et de disponibilité du personnel. Car si cet aspect n'a pas encore été scientifiquement prouvé, les chiffres ne mentent pas : le nombre de burn-outs a augmenté ces 10 dernières années. Le fait que nombre d'entre nous soient connectés en permanence avec leur travail et que l'équilibre travail/vie privée ait disparu, joue certainement un rôle à cet égard. Il faut donc définir des limites, peut-être pas au niveau de l'entreprise, mais sans doute par équipe et en fonction du type d'emploi, du contenu de la tâche et aussi des choix individuels. La France a récemment voté une loi qui interdit aux grandes entreprises d'encore envoyer des courriels à leurs collaborateurs en dehors des heures de travail. Est-ce là une solution ? PÉRÈS: J'aime la technologie car elle nous donne un surplus de flexibilité. Mais il faut l'utiliser comme il se doit. Nous ne devons pas en être l'esclave, mais nous devons apprendre à la gérer et à l'utiliser à bon escient. Mais cela n'implique pas que nous devions l'abandonner et renoncer à cette flexibilité. Pour certaines personnes, il est peut-être nécessaire de prévoir certaines mesures drastiques. On pourrait alors parler du 'droit à être déconnecté'. Reste à voir ce que devient ce droit si la culture d'entreprise est d'être toujours relié à son mail. Tout n'est donc pas noir ou blanc, loin s'en faut. Je suis certes en faveur d'un droit à la déconnexion, par exemple lorsque l'on est en vacances ou que l'on travaille à 4/5 temps. Mais cela doit se faire dans le cadre d'accords et pas en débranchant le serveur de messagerie. Il ne faudrait donc pas éteindre le mail dès que l'on rentre chez soi ? PÉRÈS: Je pense qu'aujourd'hui, une scission stricte entre travail et vie privée n'est plus réaliste. Tout est de plus en plus imbriqué et nous utilisons les mêmes outils au travail et à la maison. Cela permet davantage de flexibilité dans la mesure où il ne faut pas forcément être au bureau, mais cela implique également qu'il faut pouvoir se fixer soi-même des limites. C'est ainsi que j'emmène par exemple mon fils au football le samedi et tandis qu'il s'entraîne, et même si c'est le week-end, je mets à profit mon temps à la cafétéria pour lire mes mails. Et une fois qu'il a terminé, je referme mon ordinateur. Ce mélange entre vie privée et travail est une possibilité que nous devons encadrer de manière pratique. J'appelle cela du 'boxing' : vous choisissez la 'box' dans laquelle vous voulez vous situer. Si vous voulez travailler le week-end, c'est possible dans la 'box' travail. Mais n'essayez pas de combiner ce choix avec le biberon ou les devoirs des enfants. Et inversement, si vous êtes avec vos enfants, essayez de ne pas travailler. Il ne faut pas chercher à lire ses mails alors que l'on prépare le repas. Le multi-tâche ne fonctionne pas. Le travail à domicile permet-il donc de lutter contre le stress ou pas ? PÉRÈS: Tout dépend. Certaines personnes ont besoin de contact social et n'aiment pas travailler à la maison. Ceux qui préfèrent le travail à domicile et qui le ressentent de manière positive doivent bien gérer leurs limites. Ils doivent prendre suffisamment de pauses. Le problème est souvent que l'on travaille de chez soi pour éviter les embouteillages, mais aussi pour être davantage concentré. Si vous êtes dans un bureau paysager, vous risquez d'être fréquemment interrompu. Dès lors, il est parfois plus facile d'être à la maison sur un coin de table afin de ne pas être dérangé. Mais lorsque l'on travaille à la maison, on a tendance à laisser tout allumé : Slack, Messenger, Whatsapp, etc., et à vouloir répondre directement pour montrer que même si l'on est à la maison, on travaille vraiment. Or une telle attitude n'atteint pas l'objectif visé puisque l'on est tout aussi dérangé qu'au bureau. Dès lors, il faut se fixer des règles et pouvoir oser ne mettre en 'indisponible'.