Quel est le périmètre d'activités du département informatique de Colruyt?
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Quel est le périmètre d'activités du département informatique de Colruyt? PETER VANBELLINGEN: Notre organisation informatique compte environ 2.000 personnes, dont un millier sont salariés en Belgique sur 3 à 4 entités. Nous assurons la grande majorité des activités informatiques pour toutes les entreprises du Groupe, qu'il s'agisse de développements, de gestion de projet, de déploiement, de support pour les départements de support interne (HR, finances, logistique, etc.). Depuis 2007, nous avons notre propre captif à Hyderabad (Inde) où travaillent aujourd'hui environ 540 professionnels de l'informatique. En outre, nous collaborons également avec diverses parties externes, soit pour disposer de capacités supplémentaires, soit pour apporter une expertise spécifique. Depuis une dizaine d'années, le volume des projets gérés par le département IT est en augmentation constante, soit de l'ordre des centaines de projets par an, compte tenu du nombre toujours croissant de marques que nous servons. Et ces 7 à 8 dernières années, nous avons lancé de très grands programmes de transformation numériques, que ce soit la chaîne d'approvisionnement, le système de prix ou le programme de planning, autant de logiciels que nous avons écrits en interne en Java. Nous avons estimé que ces solutions étaient à ce point spécifiques que nous ne pourrions trouver un produit sur le marché. Et même en période de Covid, nous avons entamé de grands projets, comme la migration de notre système de finances vers SAP et, plus récemment, l'ensemble de notre application IT pour le non-food a été migrée d'ObjectStar de Tibco vers SAP Retail. Dans ce cadre, nous coopérons avec des partenaires métier, sans jamais aller jusqu'à une externalisation à 100%. En résumé, nous construisons, nous exploitons en 24/7/365 et nous supportons, car la distribution ne s'arrête pas à la fermeture des magasins puisque nous avons une importante activité en ligne. Nous disposons de nos propres centres de données, même si nous faisons également appel au cloud pour une centaine d'applications par exemple en fonction de la valeur ajoutée potentielle. Il en va de même pour les applications: si une solution standard existe, nous l'intégrons, sinon nous la développons nous-mêmes. Quelle est l'importance de l'innovation? VANBELLINGEN: Nous avons établi des feuilles de route pour diverses technologies, comme l'IA, la business intelligence, la chaîne de blocs, le RPA (robotic process automation), etc. Si, après analyse, nous constatons qu'une technologie peut apporter une valeur ajoutée à l'entreprise, nous lançons un projet pilote modeste et examinons les résultats avec l'entreprise. C'est ainsi qu'à Courtrai, nous mettons en place un projet de reconnaissance des fruits et légumes à l'aide de caméras, après l'avoir testé dans notre laboratoire. Il s'agit maintenant de voir si le déploiement en magasin est possible et si de nouvelles fonctions doivent être ajoutées. Un autre exemple: le remplacement des étiquettes en papier par des étiquettes électroniques. Nous aurions pu le faire plus tôt, mais nous avons attendu que l'analyse de rentabilité soit positive, d'autant plus que nous devions reproduire la couleur rouge qui est si familière à Colruyt. De même, nos 12.000 employés en magasin sont équipés de smartphones pour communiquer entre eux, mais aussi pour travailler plus efficacement et fournir des informations à nos clients. Le nombre de projets que nous réalisons est vraiment très important. Notre Groupe est une entreprise familiale qui veut continuellement entreprendre. Quel a été l'impact du Covid et du confinement? VANBELLINGEN: Tout d'abord, au niveau de nos ventes, nous avons pu compenser la fermeture de magasins et la baisse des ventes de carburant DATS24 grâce au e-commerce. Et grâce à une grande flexibilité en matière de télétravail et de réorganisation, nous avons pu faire la différence. Au total, les 32.945 employés du Groupe Colruyt ont été impactés. Environ 5.000 collaborateurs ont pu télétravailler. J'avoue avoir été agréablement surpris de la rapidité d'adaptation de notre personnel, dans des conditions parfois pas évidentes. De même, je suis fier de ce que l'IT a pu mettre en place pour que les projets puissent continuer à avancer. En même temps, le Covid-19 s'est traduit par une accélération de la digitalisation. De plus, dans certains cas, il n'y aura pas de retour possible. Le télétravail devrait donc être généralisé de 2 à 3 jours par semaine. Je voudrais ajouter que des négociations sont actuellement en cours à ce sujet. Comment la digitalisation est-elle envisagée? VANBELLINGEN: La digitalisation est évidemment un objectif majeur pour Colruyt. Nous l'envisageons sous deux aspects. D'une part, la migration des activités et des services vers le numérique pour améliorer la convivialité, augmenter l'efficacité, réduire les coûts ou promouvoir l'innovation. D'autre part, de nouveaux services ou formules sont directement imaginés en numérique. C'est le cas pour la carte de carburant DATS24 dont l'application permet par exemple de faire le plein sans devoir insérer sa carte. De même, au niveau de Collect & Go, les réductions sont directement déduites sans devoir présenter sa carte. En l'occurrence, les nouvelles idées peuvent venir soit du business, soit de l'IT, car nous misons sur le 'cerveau collectif' où chacun peut lancer son idée. Par ailleurs, nous expérimentons dans beaucoup de domaines. Par exemple, des drones pour le déplacement de produits: la technologie est mature, mais la législation reste trop floue. Ou encore l'Internet des objets (IoT): notre plateforme est prête à collecter toutes sortes de données qui pourront être exploitées ultérieurement en fonction de nouveaux projets. De même, sur un parking plus petit, nous pourrions indiquer au client les emplacements libres, ce qui éviterait le stress et la frustration. Bref, l'IoT, l'intelligence artificielle, l'apprentissage machine ou encore la robotisation et l'informatique quantique offrent des potentiels incroyables. Avec les données comme socle de base et, bien sûr, la sécurité, que nécessitera des investissements en compétences techniques et en personnel. Je voudrais ajouter que nous devons nous pencher sur l'aspect éthique de la numérisation. Nous devrons être prudents, car la technologie permet beaucoup de choses. Comment évoluent vos équipes IT et quels sont les besoins de recrutement? VANBELLINGEN: L'IT gère un nombre toujours plus important de projets pour toutes les entités et activités du Groupe, que ce soit en B2B, B2C, marketing, etc. Des projets que nous prenons en charge de A à Z dans une grande variété de technologies. Avec une identité et une culture qui nous différencient. Cela signifie qu'il n'y a jamais de porte fermée et que nous donnons beaucoup d'autonomie à nos employés. Nous investissons également 4 à 5% de notre budget en formation. Pourtant, la bataille pour les talents fait rage, tant en Belgique qu'en Inde où la demande a fortement augmenté ces derniers mois. Cette tension sur le marché de l'emploi m'inquiète et pourrait devenir un goulet d'étranglement à long terme, car la valeur ajoutée provient de la technologie. Car nous recherchons une variété de profils. Heureusement, nous offrons à nos informaticiens de très nombreuses perspectives de carrière au sein du Groupe et leur permettons de travailler avec les technologies les plus modernes. En outre, nous favorisons le développement humain et les talents de chaque informaticien. Comment considérez-vous votre rôle de CIO? VANBELLINGEN: En tant que CIO, je suis membre du comité de direction. Il appartient à l'équipe de direction de diriger l'entreprise ensemble, afin qu'il n'y ait pas de scission entre l'IT et l'entreprise. Chaque fois qu'un choix doit être fait, nous examinons le marché pour sélectionner la 'meilleure solution' et décidons soit de construire nous-mêmes, soit d'acheter. J'ajoute que je ne dispose pas d'un budget IT en tant que tel: nous regardons les projets et programmes à développer avec le business et mettons en oeuvre les moyens pour y arriver. En fait, il n'y a donc pas de limite. Si je regarde d'année en année, les budgets restent relativement stables, avec des investissements très importants dans la formation.