Comment réagiriez-vous si vous découvriez que le système d'alarme ou l'installation de sécurité que vous avez utilisé depuis des années est doté d'un micro ? Que votre fournisseur ne vous l'a jamais signalé ? Pour ma part, je serais choqué, même si le fabricant avouait par la suite qu'il s'agit d'un simple oubli. A mes yeux, une telle excuse ne suffirait pas à restaurer la confiance. Confiance dans le respect de la vie privée et de mes données personnelles ainsi que dans sa capacité à fournir une architecture sécurisée. Car au final, il s'agit bien d'un système de sécurité.

Non, ceci n'est pas de la fiction, mais exactement ce qui s'est passé le mois dernier. Et il ne s'agit même pas d'un obscur fournisseur. Ce récit n'a guère eu d'écho chez nous, parce que Nest Secure n'est officiellement pas (encore) en vente dans notre pays. Pour rappel, Nest Secure a été présenté en septembre 2017 comme un nouveau système de sécurité modulaire permettant notamment de sécuriser les portes et fenêtres à l'aide de contacts magnétiques. Au coeur de la solution, on retrouve Nest Guard, un petit dispositif doté d'un pavé numérique à installer près de la porte d'entrée et sur lequel on introduit un code de verrouillage ou devant lequel on fait passer un porte-clé pour activer et désactiver l'alarme. Or il semble désormais que Nest Guard incorpore un micro. Voilà qui a dû surprendre plus d'un utilisateur, d'autant que Google n'a jamais évoqué la question depuis le lancement de Nest Secure, après le rachat de Nest en 2014. L'existence de ce micro a été rendue publique lors d'une mise à niveau logicielle de Google elle-même qui ajoutait subitement la commande vocale à l'appareil grâce à Google Assistant. " Oups, nous avons simplement oublié depuis 2 ans d'indiquer dans nos spécifications qu'un micro pouvait être activé ultérieurement. Mais pas de souci, ce micro n'avait jusqu'alors jamais été activé ", explique en somme Google.

Il semble désormais que Nest intègre un micro.

Désormais, la situation peut être vue selon 2 angles. Le fana de techno se réjouira sans doute qu'une nouvelle fonctionnalité s'ajoute subitement et gratuitement un an après l'achat. C'est bien sûr vrai, mais on lui rétorquera qu'il a acquis un appareil dont il ne savait pas vraiment quelles en étaient les possibilités. Ou ce qu'il pourrait faire à terme, sachant le type d'appareil acheté ?

Rappelons qu'il s'agit bien d'un équipement de sécurité connecté qui intégrait une fonction permettant potentiellement d'écouter l'utilisateur et d'être géré par commande vocale. Certes, je pars du principe que tel n'a pas été le cas. De même, je n'ose pas croire que Google avait vraiment l'intention d'espionner massivement les utilisateurs Nest. Mais cet 'incident' survient à un moment parti- culièrement malvenu où des géants de la technologie sont plus que jamais sous pression. Après la vague presque ininterrompue de scandales chez Facebook, c'est à présent Google qui est toujours plus dans le viseur des organes de surveillance de la vie privée. Songez à l'amende record de 50 millions ? infligée à Google par la France en janvier pour non-respect de la loi sur la protection des données, le fameux RGPD. Google a donc tout intérêt à se comporter en bon élève et à ne pas imiter Facebook. Pour que Nest ne signifie pas 'Nous Espionnons Sans Tabou'.

Rédacteur en chef de Data News