" La Belgique adopte typiquement une position attentiste en matière d'innovation à long terme ", résume Paul Olieman, responsable du CIO Advisory au sein de KPMG Technology Advisory Belgique, expliquant du même coup pourquoi le CIO belge est manifestement moins impliqué dans la mise au point de services et/ou produits innovants que ses confrères étrangers. Tel est l'un des constats de la CIO Survey annuelle de KMPG et Harvey Nash qui se penche désormais aussi sur la situation en Belgique. Une autre justification possible évoquée par Olieman pour expliquer la moindre grande implication dans le développement innovant concerne la réglementation stricte imposée en matière de sécurité des données, sachant qu'un CIO belge sur 4 considère que ces dispositions freinent sensiblement les possibilités d'innover.

Le rôle de l'IT évolue

Quoi qu'il en soit, le rôle de l'IT au sein des organisations belges est clairement en train d'évoluer selon l'étude. Ainsi, l'informatique abandonne son rôle de support pur pour apporter de la valeur ajoutée au métier. Une transition qui est en cours depuis plusieurs années déjà, mais où la Belgique doit encore rattraper un certain retard. C'est ainsi qu'à l'échelle mondiale, 64% des projets IT se traduisent par une hausse du chiffre d'affaires de l'entreprise, alors qu'ils ne sont que 52% dans notre pays. " Une reprioritisation des projets IT en se focalisant sur la création de valeur et la collaboration avec le business se révèle donc essentielle pour rester en phase avec l'évolution rapide du marché mondial ", estime Anthony Van de Ven, partenaire du Technology Advisory chez KPMG Advisory Belgium.

L'objectif prioritaire ? Une IT stable

Lorsque, voici quelques années encore, le CIO demandait les objectifs essentiels à atteindre avec les projets IT, la réponse classique était : économiser sur les coûts, en d'autres termes améliorer l'efficacité opérationnelle. Certes, cette réponse figure toujours dans le top 3 de l'édition 2019 de la CIO Survey. Mais tout en haut de la liste, soit pour pas moins de 70% des entreprises interrogées, on voit désormais apparaître " la fourniture de performances IT cohérentes et stables au métier. " Un CIO qui atteint cet objectif accroît la confiance générale de l'organisation dans le département IT et dans la technologie choisie. Et il s'agit là d'une étape indispensable pour continuer à grandir et pour pouvoir créer réellement de la valeur pour l'entreprise.

Pourtant, des progrès peuvent encore être réalisés en matière d'efficacité. En effet, 28% à peine des CIO belges estiment implémenter très efficacement de nouvelles technologies de bout en bout. " Nous constatons que la Belgique doit gagner en maturité dans l'exécution de projets IT, ajoute Paul Olieman. C'est nécessaire pour rencontrer les besoins du business en rapide évolution. En outre, nous remarquons que de nouvelles méthodologies de gestion de projet comme l'agile sont déployés à grande échelle dans les départements IT et en dehors. " La plupart des répondants précisent qu'il devrait être possible de mieux utiliser les nouvelles méthodologies que sont notamment l'agile et le DevOps.

Plus friand de cloud

Il a fallu pas mal de temps pour en arriver là et cela a fait couler tout autant d'encre dans notre revue, mais les organisations belges semblent désormais adhérer en masse à la technologie cloud. Le temps des projets pilotes, des environnements de test et de discussions sur les avantages et inconvénients du cloud est désormais révolu. Plus de la moitié des entreprises belges implémente aujourd'hui le 'nuage' à grande échelle. Soit 11% de plus qu'à l'échelle mondiale, sachant en outre que le Belge moyen n'a rien d'un 'early adopter'. " Les organisations belges recherchent surtout des avantages à court terme de leur implémentation cloud. Songez notamment à une migration de leur centre de données dans le cloud ", indique Anthony Van de Ven qui entend néanmoins encourager les entreprises à envisager davantage les potentialités d'innovation à plus long terme.

Quid des nouvelles technologies ?

Aussi surprenant que cela puisse paraître, 30% des entreprises interrogées indiquent ne pas s'intéresser à de 'nouvelles' technologies comme l'intelligence artificielle, l'apprentissage machine ou la 'robotic process automation'. " Les organisations semblent s'en tenir à un projet pilote. Mais la véritable intégration de l'IA dans le métier semble ralentie pour beaucoup par l'absence de données de qualité et de pratiques adaptés en matière de gestion des données et de gouvernance ", analyse encore Van de Ven. Pour leur part, la réalité augmentée et virtuelle ainsi que la chaîne de blocs paraissent très éloignées de leurs préoccupations puisque plus de 60% des CIO belges ne les envisagent pas. Quant à l'informatique quantique, elle n'apparaît guère sur leur radar : 15% des CIO belges l'envisagent ou l'implémentent dans leur organisation. De son côté, l'Internet des objets (IoT) paraît avoir clairement dépassé la phase de l'effet de mode, toujours selon la CIO Survey, puisqu'un CIO belge sur 2 indique déployer l'IoT dans son organisation, soit à nouveau plus que la moyenne mondiale.

Davantage de moyens pour le CIO

74% des entreprises belges interrogées notent une augmentation de leur budget IT, contre 69% de CIO néerlandais. Soit nettement plus que la moyenne mondiale de 55%. " Cette hausse prouve un mouvement de rattrapage ", explique Paul Olieman, responsable du CIO Advisory au sein de KPMG Technology Advisory Belgique. De son côté, Ronny Lommelen, directeur général de Harvey Nash Belux, rappelle que la 'guerre des talents' continue à faire rage, ce qui pourrait constituer l'une des explications possibles. " Cette 'war for talent' pourrait expliquer que les entreprises libèrent davantage de budgets pour leur stratégie de recrutement ", pense Lommelen.

50%

des entreprises belges implémentent aujourd'hui le 'nuage' à grande échelle.

52%

des projets IT belges se traduisent par une hausse du chiffre d'affaires de l'entreprise.

28%

à peine des CIO belges estiment implémenter très efficacement de nouvelles technologies de bout en bout.

50%

des CIO belges indiquent déployer l'Internet des objets (IoT) dans son organisation.