Imaginez un instant : après votre mort, vous faites congeler votre cerveau afin de conserver parfaitement intacts tous vos souvenirs, qu'il s'agisse du chapitre fantastique de votre roman préféré ou de la sensation du vent en hiver, du goût d'une tarte aux pommes ou d'un repas entre amis ou en famille. Science-fiction ? Que non, aux dires de Nectome, une start-up de la Silicon Valley dont les fondateurs sont convaincus que d'ici la fin du siècle, il sera possible de numériser un cerveau congelé pour en extraire ensuite les informations pour créer un nouveau cerveau.
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Imaginez un instant : après votre mort, vous faites congeler votre cerveau afin de conserver parfaitement intacts tous vos souvenirs, qu'il s'agisse du chapitre fantastique de votre roman préféré ou de la sensation du vent en hiver, du goût d'une tarte aux pommes ou d'un repas entre amis ou en famille. Science-fiction ? Que non, aux dires de Nectome, une start-up de la Silicon Valley dont les fondateurs sont convaincus que d'ici la fin du siècle, il sera possible de numériser un cerveau congelé pour en extraire ensuite les informations pour créer un nouveau cerveau. L'idée peut paraître saugrenue, mais la cryonique n'est pas neuve aux USA puisque quelque 250 personnes ont déjà demandé à faire congeler leur corps, tandis que 1.500 Américains sont membres du Cryonics Institute et ont décidé après leur mort de faire congeler leur corps (10 Belges sont d'ailleurs déjà membres). Il faut savoir par ailleurs que la start-up Nectome s'est présentée en mars dernier lors d'un Demo Day d'YCombinator, un accélérateur de start-up de la Silicon Valley qui présente chaque année la crème de la crème des jeunes start-up et les prépare en 3 mois à se présenter à une salle remplie d'investisseurs de premier plan. Des entreprises comme Dropbox et Airbnb se sont d'ailleurs présentées devant cet incubateur. " Nous nous intéressons à un phénomène qui intéresse chacun d'entre nous, a expliqué l'un des fondateurs durant la présentation. A savoir la mort. " Nectome a affirmé à cette occasion avoir récolté en 4 semaines 200.000 $ de garanties de la part de personnes intéressées par la cryogénisation de leur cerveau après leur mort, alors même que la technique n'a jusqu'ici encore rien démontré. Ces personnes étant surtout des profils typiques de la Silicon Valley, dixit Nectome. Le fait qu'un programme comme YCombinator (dans la Silicon Valley, les diplômés de ce programme sont suivis de près dans la mesure où ils sont considérés comme ayant un potentiel énorme) offre une telle visibilité à une start-up comme Nectome et qu'une telle entreprise ait réussi à créer un tel buzz en si peu de temps est typique d'une nouvelle tendance dans la Silicon Valley, à savoir l'allongement de la vie, voire l'immortalité. " Je pense que de nombreuses personnes de la Silicon Valley, habituées à l'émergence de nouveaux paradigmes et à l'innovation, ont les mêmes attentes en termes de soins de santé qu'au niveau des transistors par exemple ", estime Jesse Karmazin, entrepreneur. En d'autres termes, la mentalité de la Silicon Valley visant à rechercher des solutions technologiques à des problèmes sociaux s'étend toujours plus au domaine de la (bio-)médecine. Une tendance que suit d'ailleurs également Karmazin qui a lancé en 2016 la société Ambrosia Medical, spécialisée dans la transfusion de sang d'adolescents sur des personnes âgées de plus de 35 ans. L'idée a germé au départ d'une étude sur les souris : si vous reliez entre elles deux souris, l'une jeune et l'autre âgée, de telle sorte que leurs sangs se mélangent, l'opération a un effet rajeunissant sur la souris âgée. Karmazin s'est alors demandé si cet effet valait également pour les êtres humains. Il a donc lancé une expérience clinique pour le vérifier. " Avec une différence majeure : le plasma sanguin n'a d'effet que du jeune vers le vieux. Car le plasma sanguin plus vieux est bourré de protéines qui provoquent des inflammations. " Ambrosia (basée à San Francisco) achète du plasma sanguin d'adolescents auprès de banques de sang pour les injecter aux patients via des transfusions de plasma. Ainsi, 80 patients ont participé à une étude clinique finalisée en début d'année et que Karmazin espère publier en 2019. La société a payé 8.000 $ par transfusion, ce qui est une somme rondelette. " J'aurais préféré que ce soit gratuit, mais je ne disposais d'aucun financement externe pour cette étude étant donné qu'aucun brevet n'est possible sur la technologie ", précise Karmazin. En cause, le fait que les transfusions de plasma sont une procédure extrêmement courante. " Rien qu'aux Etats-Unis, des dizaines de millions de transfusions sanguines sont réalisées chaque année, ajoute-t-il. Pour toutes sortes de maladies, comme l'hémophilie ou l'anémie. Mais pour autant que je sache, jamais personne ne les a utilisées comme médicament contre le vieillissement. " Le vieillissement comme maladie, voilà bien une approche surprenante. Le vieillissement n'est-il pas simplement une conséquence irrémédiable de la vie ? " La FDA [Food and Drug Administration qui attribue aux Etats-Unis les autorisations pour les médicaments, NDLR] ne considère en effet pas le vieillissement comme une maladie, mais d'un point de vue scientifique, on sait que le vieillissement est un processus qui touche tous les organes. La maladie n'est que le point final d'un tel processus. Ainsi, un coeur vieillissant est victime de maladies cardiaques, un cerveau vieillissant de démence ou d'Alzheimer. La différence est sémantique. Pour moi, il est clair et évident que les maladies sont le résultat du vieillissement sur plusieurs décennies. " Les transfusions de plasma doivent y mettre un frein (clair et précis). " Nos patients nous indiquent ressentir une amélioration immédiate. Ils déclarent avoir une meilleure mémoire, une peau plus saine, davantage d'énergie et un meilleur sommeil au terme du traitement ", ajoute Karmazin. Son étude clinique mesurait également certains niveaux sanguins, mais Karmazin se refuse pour l'instant à communiquer à ce sujet. Il est donc difficile de savoir à ce jour si l'effet peut être objectivé. De même, il est prématuré d'affirmer que la transfusion de plasma a un effet prouvé. " Finalement, le processus de vieillissement annihile les avantages supposés du traitement. Si un traitement permet de rajeunir de 2 ou 3 ans, vous vous retrouvez évidemment après cette même période à votre point de départ ", dixit encore Karmazin. Ce ne sont pas uniquement des start-up qui exploitent des techniques connues pour allonger la vie ou atteindre l'immortalité. C'est ainsi que depuis 2013, Calico, un institut de recherche dépendant d'Alphabet et des milliards de Google, tente de résoudre le problème du vieillissement. Calico ne refuse à évoquer ouvertement ses recherches qui n'ont d'ailleurs débouché sur rien de concret ces 5 dernières années. Cela dit, les chercheurs de Calico ont publié au printemps dernier un papier sur leurs recherches sur le rat-taupe nu. Il s'agit du seul mammifère qui, tout en vieillissant, n'a pas plus de chances de mourir (chez l'être humain à partir de 30 ans, le risque de mort double tous les 8 ans). Selon donc les chercheurs de Calico, l'éternelle jeunesse du rat-taupe nu s'explique par la composition de son sang. " Nous supposons que des niveaux faibles d'acides aminés caractérisent des organismes à durée de vie plus longue ", écrivent les auteurs qui s'empressent d'ajouter que les recherches sont toujours en cours et que de nombreux composants du sang des rats n'ont pas encore été identifiés. Les enquêtes menées tant par Calico que par Ambrosia tentent d'apporter une réponse biomédicale à la question de la mort. En considérant la vieillesse comme une maladie et en recherchant ainsi un traitement approprié, il sera possible de retarder l'heure de la mort. En principe indéfiniment, selon Karmazin. " C'est encore difficile à prévoir, mais si nous réussissons à inverser totalement le processus de vieillissement, nous pourrions devenir insensibles à la vieillesse. L'homme deviendrait en principe immortel, mais pas invulnérable. Ainsi, on risque toujours de mourir dans un accident de voiture ou suite à une maladie infectieuse, mais cette mort ne serait pas liée à l'âge. " Cela dit, il existe aussi des chercheurs dans la Silicon Valley qui s'intéressent réellement à l'immortalité, y compris l'invulnérabilité en prenant comme point de départ l'intelligence artificielle. Il s'agit d'entrepreneurs et de scientifiques qui tentent de définir l'homme et de le numériser. Tel est le cas de Nectome, mais d'autres projets voient le jour. C'est ainsi que l'entrepreneur Internet russe Dmitry Istkov a fondé en 2011 Initiative 2045, une organisation sans but lucratif qui rassemble des scientifiques visant à atteindre dans les prochaines décennies " l'immortalité cybernétique ". En d'autres termes, de transposer ce qui fait l'être humain et sa conscience sur un ordinateur (robot) ou un hologramme. Le projet est scindé en 3 phases : d'abord la mise au point d'un robot humanoïde baptisé Avatar, associé à un système d'interface cerveau-ordinateur. Soit un système qui permet une interaction directe entre le cerveau humain et un ordinateur. L'étape 2 consistera à trouver une manière de dissocier le cerveau humain du corps et de le connecter à Avatar. Et la dernière étape impliquera " la création d'un cerveau artificiel qui pourra accueillir la conscience humaine originale ", dixit le site Web de l'initiative. Le projet devrait être concrétisé d'ici 2045 selon Istkov. Les transfusions de plasma de Karmazin sont d'ores et déjà une réalité, mais ne sont pas encore une réalité prouvée scientifiquement. Le meilleur conseil pour rester aujourd'hui le plus longtemps en vie en bonne santé ? Manger sainement et bouger suffisamment. Ici également, les applis de la Silicon Valley peuvent venir en aide...