Votre arrivée comme CIO a coïncidé avec le projet de refonte de l'ICT. Comment avez-vous procédé ?
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Votre arrivée comme CIO a coïncidé avec le projet de refonte de l'ICT. Comment avez-vous procédé ? PASCAL KIEBOOM : Il faut savoir que depuis sa fondation en 84, imec a connu une croissance phénoménale tandis que l'ICT a également suivi une progression linéaire. En fait, nos entités de support s'appuyaient sur des systèmes IT décentralisés, tandis que nos départements de R&D travaillaient de manière toujours plus autonome avec leur propre environnement ICT. La direction a donc décidé d'analyser la situation, soucieuse d'intensifier les synergies entre les différents départements R&D ainsi que de mettre en place un modèle économiquement plus efficace. L'idée sous-jacente était de permettre à l'ICT de répondre de manière plus ciblée aux besoins du business ainsi que de mieux supporter la R&D afin qu'elle apporte davantage de valeur ajoutée au coeur même de l'entreprise. Une analyse d'entreprise a dès lors été réalisée en partenariat avec inno.com, spécialisée en architecture d'entreprise. Dans le cadre de l'étude de base, la question s'est posée de savoir vers où aller et comment y aller, sachant que beaucoup de systèmes legacy fonctionnaient et donnaient entière satisfaction. Quelles ont été les orientations choisies ? PASCAL KIEBOOM : Il a été décidé de positionner l'ICT de manière stratégique et de lui confier une double mission : d'une part, le support classique des entités afin que l'ICT de l'organisation dans sa globalité continue de tourner et, d'autre part, le support au business à deux niveaux : d'abord offrir la capacité ICT nécessaire pour chaque projet avec le matériel, les logiciels et la sécurité ; et ensuite, penser aux technologies nouvelles susceptibles d'offrir une valeur ajoutée à chaque projet de notre partenaire business. Une fois que cette orientation stratégique a été définie, il convenait de savoir comment l'ICT pouvait apporter de la valeur ajoutée au business et de la structurer en conséquence sur le plan organisationnel. Nous avons abordé cette transformation numérique en deux phases. D'une part, en introduisant un ICT business partner, nous voulions rapprocher le métier de l'ICT et, d'autre part, nous avons remis à plat le paysage applicatif ainsi que l'infrastructure. Ensuite, nous avons fait l'inventaire des systèmes existants en termes d'infrastructure, d'applications, de sécurité et de services avec cette question : continue-t-on à investir dans l'existant ou repart-on d'une feuille blanche ? C'est cette dernière alternative qui a été privilégiée, avec donc une architecture cible dans le cadre d'une vision à 3 ans définie avec le business. A tous les niveaux, nous analysons la technologie dont nous disposons en se posant la question du 'buy' ou 'make' et avec un ratio 80/20, respectivement pour le modèle standard et le sur-mesure, sachant que nos lignes de production devaient conserver un peu plus de liberté d'action. Pour ce qui est plus spécifiquement de la fusion avec iMinds, nous avons comparé les applications qui tournaient dans chacune des deux sociétés pour faire ensuite le choix de conserver l'un ou l'autre système, voire de construire ou d'acheter du nouveau. Etant donné qu'imec est une société technologique, la fonction de l'ICT y est-elle différente ? PASCAL KIEBOOM : Il est clair que le rôle de l'ICT consiste à découvrir avant les utilisateurs les technologies susceptibles de répondre à leurs besoins et de les convaincre de les utiliser. Pour moi, il faut essayer de proposer au business la meilleure plate-forme technologique en fonction des besoins et d'en assurer le support. Notre mission consiste dès lors à assister l'utilisateur final dans le cadre d'une structure de gouvernance dans laquelle imec ICT fournit certes les plates-formes et systèmes de base, mais où l'utilisateur final dispose d'une certaine liberté de développer lui-même, le cas échéant avec le support de l'ICT. Car dans une société comme imec, la propriété intellectuelle est au centre de l'activité. D'ailleurs, l'une des clés de notre succès est le 'security comes first' car il est primordial de protéger non seulement notre IP, mais aussi celle de nos partenaires, qu'il s'agisse d'entreprises, de start-up ou d'universités. Au final, l'ICT gère en central près de 90 % des plate-formes, que ce soit par exemple l'ERP, le CRM, les RH et la bureautique, tandis que les projets purement R&D sont de la responsabilité du business. Le projet de transformation est bien lancé. Quelles sont les premières leçons que vous tirez ? PASCAL KIEBOOM : Tout d'abord, nous avions décidé de prendre notre temps et de bien examiner l'existant avant de définir avec inno.com notre vision stratégique et notre architecture cible. A ce niveau, le management nous a soutenu, sachant qu'il fallait définir une stratégie sur plusieurs années, de l'ordre de 3 à 5 ans. L'autre grande leçon est qu'il faut éviter le big bang qui n'était à nos yeux pas réaliste. Nous avons donc choisi de migrer nos systèmes progressivement dans le cadre d'un programme de change management rigoureux. A cet égard, le support et l'adhésion totale de la direction générale sont essentiels, de même qu'une excellente préparation. D'ici fin 2020, nous devrions avoir atteint les objectifs que nous nous étions fixés au départ. Après un an de travail, nous avons mis en place les éléments qui doivent nous conduire au terme de ce processus d'ici 3 ans. Reste qu'il n'y a évidemment jamais de point final, puisque le business évolue constamment et que de nouveaux besoins apparaissent sans cesse. J'insiste sur l'importance de la relation avec le business ainsi que sur la présence des équipes IT au sein même du business, ce qui permet d'identifier très rapidement les besoins et d'entamer en commun une réflexion stratégique. A cet égard, la gouvernance est un aspect particulièrement important, de même que l'agilité, autant d'aspects que nous avons analysés avec inno.com. Quelles sont les relations que vous entretenez avec vos partenaires technologiques ? PASCAL KIEBOOM : Etant donné que nous sommes nous-mêmes une société technologique, nous travaillons avec nos partenaires dans une approche à 5 ou 6 ans dans le domaine des réseaux, du hardware, des logiciels et de la sécurité. imec n'entend pas être un suiveur technologique et entretient donc constamment un dialogue constructif avec ses partenaires. A titre d'exemple, le cloud n'est plus pour imec une option, mais fait partie intégrante de notre infrastructure. Notre défi porte désormais sur l'edge computing, associée au cloud et à la haute disponibilité, le tout dans un environnement hautement sécurisé. Chez nous en effet, la sécurité est une condition sine qua non à tout projet. Qu'en est-il de l'outsourcing ? PASCAL KIEBOOM : Nous faisons appel à des partenaires extérieurs pour environ 30 % maximum de nos activités. Il s'agit là certes d'un chiffre un peu arbitraire, mais nous ne voulons pas d'un outsourcing structurel. Notre volonté est de conserver en interne la connaissance clé, même s'il est évidemment impossible de tout maîtriser soi-même. Par ailleurs, nous discutons beaucoup avec nos partenaires sur les technologies qu'ils développent et sur ce que nous pouvons leur offrir en termes d'innovation technologique. Il est d'ailleurs réconfortant d'entendre nos partenaires dire que nous sommes sur la bonne voie.