Quel est le constat que vous posez à votre arrivée à la tête de l'IT de Belfius ?
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Quel est le constat que vous posez à votre arrivée à la tête de l'IT de Belfius ? patrick devis: J'ai pris la direction d'une vraie bonne division IT focalisée sur trois points : le 'run', à savoir une production assurée en 24/7 et 365 jours par an ; le 'build' avec une méthodologie de projets éprouvée ; et la transformation pour faire passer l'informatique d'aujourd'hui à demain. Transformation. Le terme est en vogue. devis: Pour Belfius, il n'est pas seulement question de transformation technique, mais aussi de changer l'organisation et ses priorités en privilégiant l'agilité dans le développement de projets, sans perdre de vue l'exploitation. La question est donc : quelle quantité de changement peut-on injecter sans mettre en danger la production. Car l'IT est au coeur de la production d'une banque. Ainsi, nous introduisons progressivement la méthodologie agile, en gardant à l'oeil la culture de l'entreprise, car il faut aussi amener la transformation dans les esprits. Autre transformation : l'évolution des technologies puisque Belfius utilise encore aujourd'hui largement un mainframe, avec du Cobol, du CICS et du Db2. Cela dit, la transformation technologique est moins complexe que celle des mentalités. Comment se traduira cette transformation technologique ? devis: Voici une quinzaine d'années, nous avions déjà opté pour des 'business services' pour interfacer nos 'back-ends' et nos 'front-ends'. Ces API avant la lettre nous aident aujourd'hui pour évoluer. Désormais, nous voulons nous focaliser sur la qualité des processus client, la gestion des données, les 'front-ends' et - dans une moindre mesure - le développement de produits. L'infrastructure technologique n'est pas un différenciateur, au contraire de l'expérience utilisateur. Mais elle en est un 'enabler' essentiel. Dès lors, nous avons décidé de migrer vers le cloud public. A présent que la digitalisation du client est une réalité, nous allons lancer un vaste projet de déploiement sur trois ans d'un progiciel bancaire pour permettre la digitalisation des services aux entreprises. Le but est d'être prévisibles et réactifs, ce qui n'est aujourd'hui pas possible avec nos systèmes plus anciens. Une fois le progiciel choisi, son déploiement se fera d'abord pour les crédits et les paiements, puis pour les valeurs mobilières. Le cloud public est donc à l'agenda. Pas de crainte au niveau de la sécurité ? devis: Savez-vous que Microsoft investit chaque année dans la sécurité un montant du même ordre que le chiffre d'affaires total de Belfius ? De plus, l'activité de notre entreprise est particulièrement régulée, ce qui nous impose des garde-fous solides. Nous ne ferons donc pas n'importe quoi. Enfin, notre volonté est de toujours garder le contrôle final, l'auditabilité et la possibilité de se retirer d'un contrat. Pour nous, le cloud est un gage de sécurité supérieure, même si nous avons évidemment aussi une équipe de sécurité brillante en interne. J'ajoute que compte tenu des modèles de consommation de l'IT chez Belfius - n'oublions pas que nous avons 40 millions de sessions mobiles chaque mois -, le cloud est incontestablement un avantage. Il faut savoir par exemple que le 1er jour ouvrable du mois correspond à un pic d'utilisation majeur puisque tout le monde veut savoir s'il a été payé et utilise son mobile à cet effet. De même, l'envoi d'une vidéo à nos clients induit une consommation IT très importante. Or il est coûteux de dimensionner l'infrastructure en fonction de ces pics, ce que permet en revanche le cloud. Sans oublier que l'informatique est particulièrement gourmande en énergie. Belfius doit donc être plus responsable dans l'utilisation de l'IT et de l'innovation. Il faut s'insurger contre l'idée que ce qui est digital est gratuit. Tout a un impact sur la consommation énergétique, et donc le réchauffement climatique. L'innovation perd peu à peu le sens de l'objectif à atteindre et il appartient à l'industrie d'en prendre conscience et de le faire comprendre. Prenez le cas d'une transaction bitcoin et de son impact écologique par rapport à une transaction bancaire classique : on parle d'un facteur 100. Et que dire de tout ce que nous postons sur Instagram... Vous n'évoquez pas l'innovation comme la chaîne de blocs, l'IA, les fintechs, etc. ? devis:A mon avis, l'innovation peut être de deux types. Celle dont l'homme de la rue parle sans bien la comprendre et dont je me méfie, comme la 'blockchain' où beaucoup de projets ne mènent à rien, même si certains projets sont extraordinairement ingénieux et s'il y a indubitablement du potentiel à plus long terme. Je préfère une innovation dont les avantages sont peut-être plus difficiles à saisir, mais qui sont fondamentalement transformateurs, notamment la virtualisation des données, les API ou les projets d'intelligence artificielle. Mais je ne crois pas que l'essentiel soit là. Il faut partir d'une bonne stratégie d'entreprise. En fait, il n'y a pas de stratégie IT : il faut être en phase avec la vision stratégique de l'entreprise. La mission de l'IT est de réaliser cette stratégie de l'entreprise et d'en comprendre les besoins à long terme. Dans toute innovation, il faut d'abord un 'use-case' avant de songer à la technologie. Cela semble évident, mais dans la pratique, je constate qu'on l'oublie. Eprouvez-vous des difficultés à recruter des informaticiens ? devis: Cela peut paraître arrogant, mais non, ou très peu. En fait, Belfius jouit d'une image exceptionnelle et utilise la qualité de ses services technologiques comme " outil " de recrutement. Vous n'imaginez pas combien de jeunes ont envie de participer au succès qu'est Belfius. De plus, en termes de recrutement, Belfius se positionne comme une banque belge grâce à des talents belges. Tout ce qui est délivré par l'IT est fait en interne, avec des équipes IT qui travaillent côte à côte avec le business. Notre slogan est d'ailleurs : " Talent is the new digital. " Comment envisagez-vous votre rôle de CIO ? devis:Tous les CIO sont confrontés au même dilemme : l'idéal est impossible à atteindre. Il faut faire des choix. Il faut donc avoir une vision très claire des besoins et refléter la volonté du client au sein des équipes IT. Car, au final, seul le client importe. Vers mes collègues non informaticiens, mon rôle consiste à remettre l'informatique dans son contexte, à vulgariser, à faire comprendre les enjeux. De mon point de vue, le pire serait un CIO qui soit un 'nerd'. Le CEO d'une entreprise de plomberie doit-il forcément être plombier ? L'important est de s'entourer d'une équipe compétente et diverse pour prendre les bonnes décisions. N'allez pas croire pour cela que je sois technophobe. J'ajoute que depuis le début de l'année, le CIO est membre associé du comité de direction de Belfius. Dès lors, les implications technologiques des décisions prises au niveau de l'entreprise sont mieux intégrées. Finalement, l'IT est certes plus critique, surtout dans la banque, mais n'est pas forcément plus importante qu'une autre fonction. Qu'en est-il de vos relations avec le CDO ('chief digital officer'), Geert Van Mol, nommé voici un peu CDO of the Year ? devis:Contrairement à ce qu'on lit parfois, je crois qu'il n'y a pas forcément de conflit entre les fonctions de CIO et de CDO. Chez Belfius nous nous occupons de deux faces de la même médaille : Geert décide en toute indépendance de ce qui est le mieux pour nos clients, et mon équipe et moi sommes autonomes dans la manière de le réaliser. En outre, nos personnalités et préoccupations sont complémentaires et il y a un grand respect mutuel. De plus, il s'agit d'un travail d'équipe où se retrouvent également la communication, le marketing, les équipes Operations, etc. Comment évoluent vos budgets ? devis:Avec la mise en place du nouveau progiciel bancaire, il va de soi que nos budgets vont évoluer à la hausse. Il faut savoir qu'il s'agit là d'un investissement gigantesque, même à l'échelle d'une banque. Mais cela va nous permettre de changer fondamentalement. Par ailleurs, Belfius économise sur certains postes afin d'investir dans ces technologies.