Pourquoi avoir accepté cette fonction de CIO de Renson voici un an et demi ?
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Pourquoi avoir accepté cette fonction de CIO de Renson voici un an et demi ? KOEN VAN LOO : Si j'ai accepté cette fonction de CIO, alors que j'avoue que je n'étais pas vraiment en recherche d'un nouvel emploi, c'est que les défis et les projets qui se profilaient chez Renson étaient particulièrement variés et innovants. Il faut dire que par le passé, l'informatique était davantage considérée comme un coût, une sorte de mal nécessaire, une situation assez courante dans une société familiale. Dès lors, l'IT n'était pas vraiment dotée de moyens importants. Mais désormais, Renson entend se positionner comme un fournisseur de solutions plutôt que de produits et a décidé d'investir dans la recherche et le développement en misant sur l'innovation. D'ailleurs, 75% des solutions qui sont désormais commercialisées par Renson ont été créées au cours des 5 dernières années. Autre exemple : nous pouvons proposer pas moins de 2.000 couleurs différentes pour nos produits. Et si le client veut une couleur qui n'est pas à notre catalogue, nous pouvons même la composer sur mesure. Bref, si Renson continue à maîtriser ses coûts IT, l'innovation est perçue comme pouvant apporter de la valeur ajoutée. Quels ont été les projets récents réalisés par le département informatique de Renson ? KOEN VAN LOO : Pour se développer à l'international, ce qui est indispensable pour soutenir la croissance du groupe, il est impératif de revoir nos logiciels 'legacy' qui étaient peu ou mal documentés, pas adaptés à différentes langues et législations nationales, etc. C'est toute la gouvernance de l'informatique qui devait être revue. Depuis mon arrivée, je me suis donc concentré sur la documentation des applications et sur des scénarios de type 'as is'. De même, les services IT ont été réorganisés pour créer une structure plus agile et plus proche du 'business', tandis que les équipes ont été renforcées, malgré la difficulté de recruter des informaticiens. Par ailleurs, plusieurs domaines ont fait l'objet d'améliorations. C'est ainsi que nous avons bâti un 'datawarehouse' avec SQL Server au-dessus de notre infrastructure 'legacy' pour permettre d'améliorer et d'accélérer le reporting. Nous avons également envisagé de remplacer notre outil d'e-commerce pour finalement nous apercevoir que la solution dont nous disposions et qui avait été développé en interne était nettement plus performante que les produits disponibles sur le marché. En d'autres termes, nous allons au-delà de l'alignement entre IT et métier pour appliquer ce que Peter Hinsen appelle la 'business/IT fusion' qui permet de se focaliser sur l'innovation de type 'technology-enabled' plutôt que sur les économies potentielles liées à la technologie. Ce faisant, le département évolue d'une fonction d'exécution technologique vers une fonction d'innovation stratégique proactive pour maximiser la valeur de l'innovation technologique. J'ajoute que notre ERP, entièrement développé en interne, a désormais 23 ans. Et même s'il tourne sur une plate-forme IBM Power 8 performante et économique en termes de coûts, son remplacement se doit d'être envisagé. En outre, Renson a décidé d'adapter une stratégie 'cloud first' en optant pour Microsoft Azure qui devient un 'enabler' de l'innovation. Nous sommes d'ailleurs l'une des sociétés belges les plus avancées dans ce domaine. D'ailleurs, nous avons déployé Office 365 dans l'ensemble de l'organisation. Quels sont les projets plus récents et à venir ? KOEN VAN LOO : L'un des grands chantiers sera le remplacement de notre ERP maison. Nous avons mené depuis mars dernier une étude avec Deloitte et avons retenu deux solutions, à savoir Dynamics AX de Microsoft avec un candidat-implémentateur et SAP avec deux implémentateurs différents. Ce chantier s'inscrit dans notre projet de transformation numérique baptisé Sunrise et qui intégrera un WMS (warehouse management system) et une solution MES (management execution system). Il s'agit là certes de 3 projets différents, mais bien alignés. De même, nous envisageons de couvrir le BIM (building information model) afin de créer un véritable portail unifié ou écosystème impliquant l'ensemble des parties prenantes et plus seulement nous limiter au B-to-B. Ce nouvel ERP devra être déployé pour l'inauguration de la nouvelle entité De Prijkels de Deinze en 2020 qui comprendra une usine et un 'experience center'. Par ailleurs, d'autres projets vont être lancés, notamment au niveau des applications de ressources humaines ou encore du travail collaboratif avec Microsoft Teams. Enfin, le cloud Azure continuera à être déployé, compte tenu du fait que notre équipe IT est trop restreinte, mais aussi pour apporter davantage de flexibilité et d'économies de coûts. Précisément, quelle est la taille du département IT et l'outsourcing/offshoring est-il envisagé ? KOEN VAN LOO : Le département informatique compte 24 personnes, sans compter plusieurs consultants externes. Mais compte tenu des projets évoqués ci-dessus, nous recherchons de 10 à 15 nouveaux collaborateurs, surtout des architectes, développeurs .Net, analystes et spécialistes ERP, qu'il s'agisse de profils seniors ou de jeunes diplômés. De même, nous continuons à augmenter la maturité des équipes, notamment grâce à la gouvernance, tout en stimulant l'innovation, ce qui incite les informaticiens à venir travailler chez nous et à y rester. J'ajoute que nous travaillons avec des partenaires extérieurs dans certains domaines, comme l'e-commerce ou les applis, de même que pour des projets ponctuels. Mais nous ne recourons à l'externalisation que de manière temporaire, en cas de pics ou si les compétences ne sont pas disponibles en interne. C'est ainsi que nous collaborons pour l'instant avec un partenaire en Moldavie pour absorber une surcharge temporaire de travail. Dans ce domaine comme plus généralement, notre approche est pragmatique, ce qui caractérise bien le groupe Renson. Qu'en est-il des budgets IT ? KOEN VAN LOO : Compte tenu des projets évoqués ci-dessus, il va de soi que les budgets IT augmenteront sensiblement dans les prochains mois et années. Mais comme je viens de le préciser, Renson est une entreprise familiale ouest-flamande où le " bon sens paysan " prime. Mais l'avantage est de disposer d'une structure hiérarchique assez plate où les décisions se prennent plus rapidement et qu'une fois la décision prise, tout le monde s'y tient. Vous êtes CIO et pas CDO ou chief digital officer, alors que votre mission première est la transformation numérique. Quelle est votre opinion à ce sujet ? KOEN VAN LOO : Vous savez, chief digital officer ou même chief digital information & innovation officer comme Erwin Verstraelen [du Port Of Antwerp, qui vient d'être élu CIO of the Year 2018, NDLR], le titre n'a pas vraiment d'importance. Avant, le CIO s'occupait surtout de technologie, alors que désormais, la priorité est de penser avec le métier, d'être l'expert technologique qui dialogue avec les entités pour apporter de la valeur ajoutée. L'IT doit en effet jouer un rôle de conseiller et de facilitateur, tout en supportant l'activité de l'entreprise. De même, l'IT doit stimuler l'innovation à tous les niveaux de l'organisation, tout en opérant à moindre coût. Chez Renson, l'IT ne sera jamais la priorité n° 1, comme dans une banque par exemple, au contraire de l'innovation et du marketing. Mais il est évident que la numérisation est importante pour passer de la vente de matériels uniquement à des solutions et des applications innovantes. Pour ce faire, le contact avec le réseau de distribution reste important, mais nous devons aussi communiquer avec le client final dans le cadre d'une approche B-to-B-to-C. Dans cette optique, l'IT se doit de communiquer avec la R&D [une centaine de personnes chez Renson, NDLR] ainsi qu'avec les unités de production et le marketing.