La queue qui se forme devant le Pier 48, le plus grand hall d'événements de San Francisco, devient interminable. Des milliers d'investisseurs et capital-risqueurs assistent aujourd'hui à la 28e Demo Day de l'accélérateur de start-up YCombinator. Après 3 mois de dur labeur sur le programme, 189 start-up se présentent sur 2 journées devant des investisseurs, en quête de quelques millions de dollars.
...

La queue qui se forme devant le Pier 48, le plus grand hall d'événements de San Francisco, devient interminable. Des milliers d'investisseurs et capital-risqueurs assistent aujourd'hui à la 28e Demo Day de l'accélérateur de start-up YCombinator. Après 3 mois de dur labeur sur le programme, 189 start-up se présentent sur 2 journées devant des investisseurs, en quête de quelques millions de dollars. YCombinator a été fondée en 2005 et a été l'une des premières entreprises à bâtir son modèle commercial autour de l'accompagnement d'autres start-up. Chaque année, elle organise un programme d'hiver et d'été de 3 mois. Les start-up disposent chaque semaine d'heures d'entretien avec différents partenaires d'YCombinator, chacun étant expérimenté dans un domaine spécifique (biotech, fintech, edtech, etc.). De même, il existe des dîners hebdomadaires pour les autres sociétés, où un orateur vient souvent exposer son expérience de l'industrie technologique. Les orateurs vont de Marc Benioff à Mark Zuckerberg en passant par Marissa Mayer. " Ces dîners sont particulièrement intéressants, estime Yuriy Zaremba, CEO d'Axdraft, un logiciel en ligne qui aide les start-up à établir des contrats juridiques. Vous êtes chaque fois assis à côté de quelqu'un d'autre qui fait peut-être des choses totalement différentes que vous, mais qui peut donner un feedback pertinent. Après chaque diner, je rentre avec des analyses utiles pour notre propre entreprise. " Dans la salle du Pier 48, l'intérêt est partout manifeste. Des fondateurs de start-up (avec leur étiquette jaune) discutent avec des investisseurs (étiquette verte) ou la presse (étiquette bleue). Lorsque la cloche retentit, il est temps de se répartir entre les 2 salles, dans chacune d'elles se tenant des présentations simultanées. Tout va vite, chaque entreprise n'ayant que 2 minutes sur le podium pour expliquer ce que fait son produit et pourquoi il est révolutionnaire, la taille du marché visé et les résultats financiers engrangés jusqu'alors. Durant 2 après-midis, 189 start-up défilent, allant du produit de beauté à la biotech, des outils de développement aux moteurs volants. Pour les investisseurs, la présence au Demo Day d'YCombinator est un must, explique Masha Drokova de Day One Ventures, qui a déjà participé à plusieurs Demo Days et a investi dans plusieurs entreprises. " Il est très enrichissant de voir quelles sont les tendances dans le monde des start-up. Chaque fournée [YCombinator propose ce programme 2 fois par an et appelle chaque classe un 'batch', NDLR] lève un coin du voile sur les domaines vers lesquels évolue la technologie. Tous les semestres, je me rends compte que l'industrie technologique est un écosystème dynamique qui continue à croître. Un nombre croissant d'entreprises de par le monde font confiance à la technologie développée dans ce genre d'endroits. Mais je suis également ici pour discuter bien sûr avec des start-up intéressantes. A chaque Demo Day, je rencontre 1 ou 2 sociétés dans laquelle j'investis. " YCombinator n'est évidemment pas le seul accélérateur de start-up. En 2016, on comptait selon la société d'investissement Gust 579 programmes d'accélération ou d'incubation dans le monde. En Belgique, on en recense pour l'instant 11, dont Start it à Anvers, Corda INCubator à Hasselt et The Birdhouse à Gand. Mais YCombinator est réputée dans l'industrie tech comme 'la crème de la crème. La preuve en est notamment son pourcentage d'admissions. Lors du dernier 'batch', 13.000 candidats se sont présentés - au final, 200 ont été retenus (pour participer au programme et bénéficier d'un investissement de 150.000 $). En contrepartie, ils ont dû donner 7% de leur entreprise à YCombinator. Il s'agit d'un pourcentage d'admissions de 1,7% ce qui rend YCombinator plus compétitif que des universités comme Harvard ou Stanford. La réputation d'YCombinator s'explique également par le fait que parmi les 1.900 sociétés YC, on retrouve des noms très connus. Et notamment Airbnb (2009), Stripe (2010) et Dropbox (2007) - cette dernière est la seule 'alumnus' d'YCombinator à avoir été introduite en Bourse. D'autres sociétés YC ont été rachetées pour des sommes considérables, parmi lesquelles Cruise (2014), qui aurait été reprise par General Motors pour 1 milliard $, et Twitch (2007), qui a été acquise par Amazon pour 970 millions $. Et, autre chiffre tout aussi impressionnant : 17 des entreprises YC sont entre-temps valorisées à plus de 1 milliard $ ¬ les fameuses licornes ¬, et 101 entreprises à plus de 100 millions $. La valeur de marché totale des entreprises YC est estimée à 150 milliards $. Alors que le 'pitch' des start-up passe à la vitesse de l'éclair, le programme de 3 mois est tout aussi vite terminé. " S'il devait y avoir un mot pour résumer YCombinator selon moi, c'est le rythme ", confie Oleg Zaremba, le frère de Yuriy et cofondateur d'Axdraft. Les partenaires d'YCombinator insistent tout particulièrement sur cet aspect. Les start-up qui n'ont qu'une idée au début de programme doivent avoir lancé un produit au terme des 3 mois. Et les start-up qui sont déjà un peu plus loin doivent avoir enregistré une solide croissance de leur chiffre d'affaires. " Le rythme est vraiment incroyable. Vous voyez des start-up qui expérimentent 10 idées en une semaine et qui choisissent leur idée finale à la fin de la semaine. Les entreprises changent extrêmement vite de cap lorsque cela est nécessaire. " Cela a également valu pour Axdraft, explique Yuriy. Les frères Zarema avaient déjà fondé Axdraft dans leur pays de naissance l'Ukraine et comptaient déjà quelques grands clients, dont Carlsberg et British American Tobacco. Ils décidèrent alors de participer à YCombinator pour prendre pied sur le marché américain. " Mais après nos consultations et nos entretiens avec d'autres participants, nous avons décidé de changer de direction, explique Yuriy. Un 'pivot' dans le jargon de la Silicon Valley. " Désormais, nous nous adressons totalement aux start-up plutôt qu'aux grandes entreprises. A ce niveau, la concurrence est nettement moins importante et les possibilités beaucoup plus nombreuses. C'est en cela qu'YCombinator vous accompagne. Cela aide à modifier sa façon de penser pour avoir la vision d'une société au chiffre d'affaires de 100 milliards $. " De même, Pachama, une start-up qui a conç u une place de marché pour l'achat et la vente de crédits carbone, a effectué un 'pivot' durant l'YCombinator, explique son CTO, Tomás Aftalion. " A l'automne 2018, nous avons eu l'idée de créer une place de marché sur Etherium [une Plateforme de chaîne de blocs, NDLR]. Dès que nous avons participé à YC, nous avons abandonné cette idée. " En 3 mois de temps, nous avons lancé une Plateforme et mis au point une stratégie que nous avons pu présenter à des milliers d'investisseurs. En un trimestre, la place de marché de Pachama a facilité pour 50.000 $ de transactions. Aftalion considère qu'Ycombinator s'est révélé incontournable. " Ce que fait YC, c'est de permettre à des personnes créatives de réaliser leur ambition. " Il se montre particulièrement enthousiaste sur les 3 mois qu'il a passés. " Vous vous trouvez au beau milieu de la plus grande concentration de talents au monde. Il suffit de demander à la personne que vous rencontrez ce qu'il fait et celui-ci vous répond : 'Une percée dans le domaine de la thérapie génique'. C'est incroyable. En outre, vous avez accès grâce au réseau d'alumni à des milliers de génies de ce type. " YCombinator compte entre-temps 4.000 alumni qui sont tous interconnectés via la Plateforme Bookface. " Si vous y postez une question, vous recevez dans la minute déjà plusieurs réponses pertinentes ", expliquent Mariana Matus et Newsha Ghaeli, qui ont participé en 2018 à l'YCombinator avec leur société Biobat Analytics, qui analyse les eaux usées pour estimer l'utilisation d'opioïde dans les villes. " Qu'il s'agisse d'une introduction auprès de clients potentiels, de l'accès à des investisseurs ou de la recherche d'espaces de bureau. " De même, les frères Zaremba ne jurent que par le réseau d'alumni. " Nous avons reç u de certains d'entre eux un feedback intéressant sur notre produit, explique Yuriy. Et certains clients, dont je ne peux pas citer le nom. " Mais les clients principaux d'Axdraft ? "Nos condisciples, explique Yuriy en riant. Je pense que la moitié d'entre eux utilisent aujourd'hui notre logiciel. "