" Je n'avais personnellement pas imaginé me retrouver dans l'ICT. " Le tracé suivi par Sanne Vermeiren pour devenir ingénieure fonctionnelle chez Cegeka est à tout le moins atypique. Après des études supérieures en marketing et en administration des affaires, un cours accéléré à la Cegeka School la fait entrer dans le secteur. Et d'emblée, elle décide d'inspirer d'autres jeunes à suivre sa voie.
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" Je n'avais personnellement pas imaginé me retrouver dans l'ICT. " Le tracé suivi par Sanne Vermeiren pour devenir ingénieure fonctionnelle chez Cegeka est à tout le moins atypique. Après des études supérieures en marketing et en administration des affaires, un cours accéléré à la Cegeka School la fait entrer dans le secteur. Et d'emblée, elle décide d'inspirer d'autres jeunes à suivre sa voie. Vous avez étudié le marketing, suivi d'un mastère en économie et d'un MBA en administration des affaires. Comment en êtes-vous arrivée dans l'IT ?Sanne VERMEIREN: Plus on étudie, plus on se rend compte que l'on peut certes promouvoir et vendre des choses comme marketeer, mais que l'on est en général en fin de cycle. Je voulais être davantage impliquée dans le début du processus. C'est au moment où j'avais presque terminé mes études que j'ai vraiment commencé à réfléchir à ce que je voulais vraiment faire. Je voulais innover ; or toute innovation commence désormais par l'IT. C'est à cette période que la Cegeka School a fait l'actualité. Ils formaient en 3 mois des personnes sans bagage IT pour en faire de vrais informaticiens. Le fruit du hasard, donc ?VERMEIREN: Certes, mais c'était un moment où je commençais à regarder comment me recycler. J'avais déjà 24 ans et je ne voulais pas recommencer un bachelier et j'ai donc posé ma candidature à la Cegeka School. A l'époque, Cegeka avait déjà reçu 800 inscriptions, mais j'ai heureusement été parmi les 20 candidats retenus. Une telle formation rapide en IT peut paraître lourde, surtout sans grande expérience du domaine. VERMEIREN: Ce recyclage de 3 mois en IT a certes été un défi. Je me rappelle d'ailleurs toujours mon 1er jour : nous avions reçu une série d'exercices en nous demandant de nous lancer. Je n'avais encore jamais écrit la moindre ligne de code, ce qui n'a pas été chose aisée. La formation a été intensive, mais je n'étais pas la seule à n'avoir pas fait beaucoup d'informatique. Cela m'a d'ailleurs permis d'apprécier la valeur du groupe. La formation s'appuie sur le principe de l'entraide pour avancer. Quelques-uns de mes condisciples étaient plus avancés et avaient davantage d'expérience et ont tiré les autres. Pour eux, c'était sans doute un peu trop lent au début, ce qui leur permettait d'avoir du temps pour aider les autres. Quand l'IT est-elle devenue une passion ?VERMEIREN: Cette passion pour l'IT s'est vraiment révélée lorsque j'étudiais le marketing. De très nombreux concepts et produits nouveaux sont liés à l'informatique. Songez aux gadgets technologiques. C'est dans ce domaine que je voulais inventer des choses et cette matière que je voulais approfondir. En tant qu'étudiant, la passion n'a fait que grandir. Avant de commencer la Cegeka School, j'ai par exemple voulu construire des sites Web, mais surtout dans le domaine du marketing. Vous n'avez pas suivi un parcours classique en IT. Cela se remarque-t-il dans votre travail au quotidien ? VERMEIREN: Ce que je constate, c'est que la plupart des gens s'occupent de programmation, surtout la 1re année, alors que je voulais aussi trouver ma voie dans l'entreprise et en examiner les potentialités. Cegeka mise énormément sur le partage de connaissances, ce qui me parle beaucoup. C'est ce domaine que je voulais approfondir, à savoir améliorer l'entreprise. J'ai dès lors plutôt évolué vers l'aspect analyse et le côté organisationnel. L'une des raisons de votre élection est votre capacité à lancer des initiatives. Dans quelles directions ? VERMEIREN: Surtout en matière de recyclage et de recherche de nouveaux talents jeunes. En interne chez Cegeka, j'ai lancé le Digital Festival, un événement de partage de connaissances. Les personnes actives dans l'IT doivent constamment se former. Elles ne peuvent plus se permettre de rester sur leur île, mais doivent s'ouvrir. C'est dans cette optique que nous avons mis sur pied le Tech Blog où les développeurs peuvent relater et partager leurs expériences. Sur base de mon propre vécu, je m'occupe également de Young Talent, un groupe permettant à des débutants de se soutenir. L'idée de base part du constat que de nombreuses personnes, surtout au début de leur carrière, éprouvent des difficultés à savoir ce qu'elles peuvent faire, dans quoi elles peuvent s'engager. Je suis moi-même jeune et j'ai eu par moments de la peine de trouver ma voie dans le monde IT. Il est donc important que les collègues se stimulent pour relever de nouveaux défis. J'ajoute qu'au sein de Cegeka, j'ai aussi lancé le projet Workli, de même que le Young Tech Tour. Que faut-il entendre par Workli ?VERMEIREN: Cette appli gère la collecte du linge et du repassage. L'idée métier vient de moi, et je recherche à présent des partenaires. Nous avons déjà mis en place un projet pilote technique, mais il me faut des personnes pour m'aider ainsi que des investisseurs. Cette appli a vu le jour après avoir constaté que je travaille moi-même 40 heures par semaine et que, lorsque je rentre à la maison, il y a encore à faire et que je n'y arrive pas. C'est sans doute en partie de ma faute, car je n'ai jamais été une femme d'intérieur. J'ai donc fait des recherches. Il existe des ateliers de lavage et de repassage, mais ils ont souvent des horaires de bureau et ne sont donc pas facilement accessibles lorsque l'on travaille en journée. On pourrait éventuellement passer par son employeur, mais il s'agit pour lui d'une tâche supplémentaire qui coûte de l'argent. C'est là qu'intervient Workli. L'appli vise à améliorer la communication entre l'employeur et l'atelier de lavage et de repassage. Il s'agit d'une idée triviale, mais qui permet à beaucoup de personnes de trouver un meilleur équilibre dans leur vie quotidienne. Cet équilibre travail-vie privée vous intéresse-t-il particulièrement à titre personnel ?VERMEIREN: Je constate que les femmes travaillent souvent à mi-temps ou à 4/5e temps. En somme, cette situation hypothèque leur carrière. C'est certes un choix, mais si je peux redresser un peu cet équilibre, si je peux dégager davantage de 'temps qualitatif', c'est avec plaisir. Parmi les nombreux projets que vous avez lancés, le Young Tech Tour apparaît comme le plus ambitieux. Quel en est l'objectif ?VERMEIREN: L'idée de départ du Young Tech Tour est de permettre à des entreprises d'unir leurs forces pour permettre à davantage de femmes de découvrir le monde de l'IT. Nous avons en effet besoin à court terme de davantage d'informaticiens. Cela dit, je constate qu'il y a encore beaucoup de préjugés dans l'IT. A la Cegeka School, il n'y avait que 4 femmes sur 20. Or ces préjugés ne sont pas tous infondés. Le monde IT a besoin d'empathie. Il faut non seulement des codeurs, mais aussi des analystes, des développeurs métier, des personnes faisant preuve de bon sens. Or le système scolaire ne nous y prépare pas vraiment. Les écoles se concentrent sur l'IT, ou sur le métier, alors qu'il faudrait des gens qui maîtrisent les deux domaines. En invitant des informaticiennes dans les écoles, quelles que soient les disciplines, nous pouvons inspirer des jeunes en leur présentant des options qui s'ouvrent à eux dans ce secteur. Par ailleurs, nous voulons inciter les entreprises à ouvrir leurs portes pour permettre aux jeunes de constater en quoi consiste le travail dans ces entreprises. Par ailleurs, je voudrais y associer un parcours de recyclage avec un système de partage des coûts. Organiser une Cegeka School n'est pas possible pour chaque entreprise. Cela nécessite des ressources. Si chaque entreprise en recherche d'informaticiens peut contribuer à cette initiative de partage des coûts, de plus petites sociétés pourront être en mesure de recruter des personnes pour les former. Quelle liste impressionnante de projets. Cet engagement social vous anime-t-il depuis longtemps ?VERMEIREN: Je pense que j'ai toujours joué un rôle d'intermédiaire. Identifier un problème et chercher ensemble des solutions. Si quelque chose n'allait pas à l'école, j'étais souvent la personne qui mettait le doigt dessus. Pour moi, c'était aussi certainement une preuve de créativité. Il ne faut pas le nier. Si je dis que je suis informaticienne, les gens réagissent souvent en disant que j'étais autrefois créative. Mais tel est encore le cas. Pas seulement par le dessin, mais aussi en développant des applications. Question traditionnelle : que voulez-vous faire avec ce titre ?VERMEIREN: Mon engagement personnel consiste par priorité à promouvoir le Young Tech Tour. Ce que mes prédécesseurs ont fait avec WeGoStem pour l'enseignement primaire, je veux le transposer dans le 3e degré du secondaire et dans le supérieur. Que l'on soit clair : les opportunités existent, même lorsque l'on n'est pas ingénieur civil. Par ailleurs, j'espère pouvoir concrétiser ce projet de recyclage à coûts partagés. Pour ce faire, j'aurai besoin du soutien d'Agoria. Lors de votre présentation, vous avez dit : " Je veux pouvoir continuer à participer à de telles initiatives lorsque j'aurai 50 ans. " Comment voyez-vous votre évolution ?VERMEIREN: Pour moi, la combinaison de différentes compétences est importante. J'espère que dans la suite de ma carrière, j'aborderais davantage l'aspect humain, la gestion de projet ou la vente. Cela dit, j'estime que cette base technique est importante. En tant que gestionnaire de projet, vous devez savoir de quoi vous parlez pour pouvoir diriger une équipe. A terme, je souhaite pouvoir évoluer vers une fonction liée à la vision et à la stratégie. En fait, je voudrais surtout que d'ici 30 ans, je puisse encore identifier des initiatives intéressantes pour résoudre des problèmes. Voilà ce qui explique ma prise de position.