Très peu de femmes travaillent dans le secteur ICT. Un rapport de McKinsey montre que les entreprises ne comprennent pas suffisamment la valeur de la diversité des genres. " Un bon équilibre entre hommes et femmes fournit incontestablement de meilleurs résultats, estime Carina Van Vlerken, responsable communication chez Lenovo. Pourtant, les femmes sont moins franches à se lancer dans l'IT. Elles réfléchissent d'abord à savoir si elles en seront capables avant d'accepter. Pour leur part, les hommes osent davantage. Ils n'ont pas peur de relever le défi et voient ensuite comment ils peuvent y arriver. Nous devons aider les femmes à franchir ce cap. "
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Très peu de femmes travaillent dans le secteur ICT. Un rapport de McKinsey montre que les entreprises ne comprennent pas suffisamment la valeur de la diversité des genres. " Un bon équilibre entre hommes et femmes fournit incontestablement de meilleurs résultats, estime Carina Van Vlerken, responsable communication chez Lenovo. Pourtant, les femmes sont moins franches à se lancer dans l'IT. Elles réfléchissent d'abord à savoir si elles en seront capables avant d'accepter. Pour leur part, les hommes osent davantage. Ils n'ont pas peur de relever le défi et voient ensuite comment ils peuvent y arriver. Nous devons aider les femmes à franchir ce cap. " Mais comment les entreprises peuvent-elles convaincre les femmes d'opter pour l'IT ? Ce n'est pas la première fois que la question est posée. Et la réponse est connue : l'enseignement est la clé de tout. Plus les filles commencent tôt à aborder les STEM (science, technology, engineering, mathematics), plus il y a de chances qu'elles choisissent réellement cette orientation et ne décrochent pas en route. Le constat apparaît aussi clairement dans l'étude européenne menée par Microsoft en collaboration avec la London School of Economics. Une étude à laquelle ont participé 11.000 femmes et jeunes filles âgées entre 11 et 30 ans et habitant 12 pays d'Europe, dont un millier en Belgique. Ses conclusions ? La Belgique subit un retard énorme. " Dans notre pays, les filles ne s'intéressent aux sciences et à la technologie qu'après l'âge de 12 ans, explique Kathleen Dewaele, porte-parole de Microsoft Belgique. Dans aucun autre pays européen, cet intérêt est aussi tardif. De plus, cette passion disparaît dès 14 ans. Il n'y a donc qu'une période de 2 ans pour convaincre les filles d'entamer des études de STEM à l'université ou dans une haute école pour devenir plus tard ingénieure ou analyste en données. " Selon l'enquête Pisa, elles sont pourtant bonnes en mathématiques. Le potentiel est donc important, mais pas la volonté d'entamer ces études. La raison principale ? La méconnaissance. " Les filles veulent avoir un impact sociétal, comme le montre leur choix de devenir vétérinaire, médecin ou infirmière pour enfants, note encore Kathleen Dewaele. Mais à l'école, elles ne sont jamais familiarisées avec les applis ou les données. Elles croient qu'il faut forcément apprendre la médecine pour soigner le cancer, alors que c'est également possible avec l'IT. Par ailleurs, elles associent encore trop souvent l'IT au nerd qui programme dans son coin. Or les filles veulent collaborer et être créatives, ce qui ne correspond pas à ce que l'IT attend d'elles. " C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Microsoft se rend dans les écoles pour montrer que l'IT peut aussi être créative et impacter la société. " Je me souviens de l'influence qu'a eue une personne qui était venue expliquer à l'école en quoi consistait son travail. C'est ce que nous voulons faire encore davantage. " L'été dernier, Lenovo a accueilli quelques jeunes filles de l'enseignement secondaire. " Elles venaient se faire une idée de notre travail au quotidien ainsi que des avantages et inconvénients d'un emploi dans le secteur IT ", précise Carina van Vlerken. Le stéréotype du nerd est l'un de ses plus grandes frustrations. Pour sa part, elle vient du secteur de la mode et a atterri voici 16 ans dans l'IT. " De la mode à IBM ? Mes amis ne comprenaient pas, confie-t-elle. Mais les gens oublient que la société est bâtie sur la technologie. Tout le monde touche à l'IT. C'est pourquoi il est important que les femmes soient également représentées dans les entreprises IT. " Elle plaide d'ailleurs pour des équipes mixtes, aussi dans le développement de produits. " Combien de fois ne voit-on pas des entreprises peindre leur produit en rose pour le proposer aux femmes ? C'est absurde. Les femmes intégrées dans une équipe de développement comprennent nettement mieux ce que leurs collègues demandent. Votre entreprise doit être le reflet de la société pour permettre de comprendre ses clients et mieux les servir. " Pour sa part également, Carmina Coenen, directrice Solution Engineering de Salesforce, est convaincue que l'enseignement constitue le point de départ de toute initiative visant à encourager les femmes à se lancer dans l'IT. " Nous devons parler aux jeunes de nos carrières et les inciter à opter pour les STEM. " Carmina Coenen et ses collègues ont appris à des filles de 6 à 11 ans les principes de la programmation selon une méthode très instructive. " Nous ne leur avons pas appris à jouer à Angry Birds - dans un premier temps à leur grand désappointement -, mais en leur expliquant la manière de développer elles-mêmes un jeu. Ce faisant, nous leur avons enseigné la pensée et le raisonnement logiques tout en les défiant à adopter une autre perspective. " Salesforce soutient par ailleurs le Digital Leadership Institute, une ASBL qui encourage l'éclosion de talents féminins en technologie. " Nous donnons des leçons de 'De- sign Thinking' dans plusieurs écoles secondaires afin d'y présenter les multiples aspects du travail en IT, explique toujours Carmina Coenen. Car l'IT ne se limite pas à travailler sur ordinateur. Ainsi, nous avons permis aux élèves de développer une appli mobile. Au préalable, elles ont dû imaginer ce qu'elles voulaient intégrer dans l'appli, mais aussi la meilleure manière de collaborer et de faire passer leur message. Il s'agit là de l'une des facettes de mon travail : écouter les doléances du client, les traduire en solution puis présenter le résultat. Nous voulons ainsi davantage montrer aux jeunes que les sociétés IT sont des employeurs attractifs. " Pour contrecarrer le stéréotype du nerd, Microsoft a par ailleurs lancé une enquête auprès des femmes travaillant dans les STEM, et notamment la CIO de la KU Leuven et plusieurs professeures en mathématiques à la VUB. " Quand on leur a demandé pourquoi elles avaient choisi cette option, elles ont souvent répondu qu'il s'agissait là d'une orientation qui n'était pas faite pour les filles et qu'elles entendaient prouver le contraire, analyse Kathleen Dewaele. L'image des mathématiques est trop négative et l'accent n'est pas suffisamment mis sur les possibilités. Nombre de ces femmes considèrent leur métier comme beaucoup plus créatif que d'autres professions, ce qui est en contradiction avec la perception générale des STEM. " Par ailleurs, Microsoft interroge régulièrement son réseau de partenaires pour savoir comment ils déploient concrètement sa technologie. " En les mettant à l'avant-scène, nous voulons montrer aux parents et aux jeunes les possibilités offertes. Souvent, la technologie est exclusivement développée par des hommes, alors que les femmes l'utilisent aussi au quotidien. " Parfois donc, les modèles font défaut pour les filles. C'est pourquoi Microsoft organise dans ses bureaux une après-midi DigiGirlz où l'ensemble des employés de Microsoft et des collaborateurs d'autres entreprises du bâtiment peuvent inviter leurs filles de 6 à 21 ans à des ateliers IT très instructifs. " C'était la première fois que nous prenions une telle initiative. Il était étonnant de constater que les hommes ne sont manifestement pas enclins à parler d'IT aux filles et que là se situe peut-être le problème. Surtout lorsque l'on voit que les filles réagissent avec enthousiasme lorsqu'on leur présente la HoloLens. Une telle après-midi peut apparaître comme une goutte d'eau, mais son impact est très important. " Pour attirer davantage de filles/femmes, Lenovo a également modifié ses offres d'emploi. " Nous avons constaté que le langage était souvent trop sec et trop axé sur les résultats, confie Carina van Vlerken. Dé- sormais, nous mettons l'accent sur la flexibilité des horaires et faisons jouer les sentiments. Nous voulons que les femmes se rendent compte qu'il peut être agréable de travailler dans les technologies et qu'elles doivent abandonner leurs préjugés. Ce n'est qu'alors que nous pourrons les recruter et les faire monter dans la hiérarchie. " La diversité est inscrite dans l'ADN de Lenovo. Fondée en 1984 en Chine, la société a repris 20 ans plus tard la division PC de l'américaine IBM. " Le top 100 des cadres supérieurs de Lenovo compte 20 nationalités, mais sur le plan du sexe, il reste du travail. A l'échelle mondiale, 34 % des employés de Lenovo sont des femmes. Sachant que la moyenne de l'industrie se situe à 25 %, nous sommes largement au-delà. Dans le Benelux, ce taux est de 15 %, mais nous voulons certainement faire mieux. " En 2016, Lenovo a lancé une campagne de recrutement numérique destinée à valoriser les collaboratrices dans l'entreprise. " Nous leur avons permis d'expliquer pourquoi elles avaient choisi Lenovo dans l'espoir d'inspirer d'autres femmes à opter pour le secteur technologique. " Et la campagne a porté ses fruits : 3,4 millions de vues vidéo, 91.000 pages vues et 2.415 candidatures au niveau EMEA (Europe, Moyen-Orient et Afrique). " Nous avons été surpris par un tel succès. Toutes les femmes n'étaient certes pas directement aptes pour les postes vacants, mais l'objectif était de parler aux femmes, ce qui a été largement dépassé. " Egalité, diversité et inclusion sont les piliers principaux de Salesforce depuis sa fondation en 1999 par Marc Benioff. L'entreprise a d'ailleurs désigné en 2016 un 'chief quality officer'. La culture d'entreprise est axée sur le 'ohana', la famille en hawaïen. " Chaque collaborateur de Salesforce fait partie d'une seule et même famille. Nous veillons à ce que personne ne se sente exclu ", explique Carmina Coenen. A l'échelle mondiale, près d'un tiers du personnel de l'entreprise est une femme. L'an dernier, le nombre de femmes occupant des fonctions dirigeantes a augmenté de 34 %. Près de 21 % des cadres de Salesforce sont désormais des femmes. En d'autres termes, Salesforce tente non seulement d'inciter davantage de femmes à choisir le secteur IT, mais aussi à les faire monter dans la hiérarchie. L'entreprise vise également une représentation équilibrée des deux sexes. " Dans chaque réunion, nous voulons que 30 % des participants soient des femmes. De même, lors d'événements que nous organisons, nous voulons qu'au moins un tiers des orateurs soient des femmes. Ce faisant, nous voyons mieux où se trouvent les femmes compétentes. Et cette politique porte ses fruits puisque nous constatons bien plus de promotions parmi les femmes que par le passé. " Pour aider les femmes à progresser en interne, Lenovo a fondé dès 2007 WILL (Women In Lenovo Leadership). " Il est important non seulement que davantage de femmes travaillent dans l'IT, mais aussi qu'elles gravissent les échelons, poursuit Carina Van Vlerken. Nous avons besoin de femmes au plus haut niveau. C'est pourquoi nous faisons du mentoring et du coaching, et que nous donnons du feedback pour renforcer leur confiance. " Lenovo se montre également flexible au niveau des horaires. Selon la fonction et la situation, les employés peuvent gérer eux-mêmes leur travail. " C'est ainsi que chaque employé, même les femmes, ont la possibilité de commencer plus tard pour leur permettre de conduire d'abord les enfants à l'école ou de terminer plus tôt pour aller les rechercher. Et lorsque les enfants sont couchés, ils peuvent reprendre leur travail. " De même, l'égalité salariale est à l'ordre du jour. En 2016, Salesforce a mené un audit 'equal pay'. Après avoir constaté que tout le monde ne recevait pas un salaire égal, le CEO Marc Benioff a dégagé 6 millions $ pour rééquilibrer les niveaux de salaire. " Cette décision a inspiré d'autres entreprises, affirme Carmina Coenen. C'est la force de Salesforce. Lors d'un engagement, nous ne demandons pas au candidat ce qu'il gagnait chez son employeur précédent, mais nous lui proposons une rémunération conforme à ses capacités. Après quoi nous attendons sa réaction à notre proposition. " Pour sa part, Microsoft s'intéresse également à ses collaborateurs en poste. Ainsi, l'entreprise a récemment fait passer le congé de maternité de 15 à 20 semaines, tandis que le congé de paternité a augmenté de 10 jours à 6 semaines. " Il y a des moments où il faut pouvoir appuyer sur le bouton pause pour se consacrer à 100 % à sa famille, considère Kathleen Dewaele. Dans le même temps, cette initiative est un signal adressé à nos futurs employés.