Vous arrivez chez Etex à un moment charnière de l'évolution du groupe. Expliquez-nous ?
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Vous arrivez chez Etex à un moment charnière de l'évolution du groupe. Expliquez-nous ? DIRK ALTGASSEN: Début 2015, le groupe Etex lance un vaste programme de transformation stratégique. Par le passé, Etex était essentiellement un holding financier regroupant des sociétés relativement indépendantes. L'ambition était d'évoluer vers un groupe industriel constitué de différentes divisions, avec davantage de synergies et de collaboration ainsi que certaines fonctions centrales, dont l'informatique. C'est précisément ce défi de la transformation qui m'a attiré dans cette fonction, même si j'avoue que le secteur des matériaux de construction ne m'était pas vraiment familier, malgré une expérience précédente dans les produits sanitaires chez Grohe. J'ajoute qu'Etex a toujours été un gros client SAP, un domaine que je connaissais particulièrement bien. Quels ont été vos premières décisions ? DIRK ALTGASSEN: Par le passé, l'informatique du groupe Etex était prise en charge par sa filiale Manasco qui délivrait essentiellement des services autour de SAP, sachant que les différentes sociétés du groupe avaient en local leur propre IT qui gérait notamment le parc PC, les réseaux, etc. Bref, le paysage IT était largement hétérogène. Le mandat que j'avais reçu était de créer une organisation IT centralisée qui regrouperait les ressources de Manasco ainsi que les différentes structures IT locales ainsi qu'une nouvelle structure IT holistique globale pour Etex. Le premier projet majeur a consisté à migrer les 10.000 utilisateurs d'Etex de Lotus Notes vers Office 365, dans un premier temps avec Outlook et Skype for Business, sachant que d'autres fonctionnalités s'ajouteront par la suite, notamment OneDrive, avec un gros travail de formation des utilisateurs. Le choix de cette migration vers le cloud s'explique à la fois par notre volonté primo d'être digital en interne avant de proposer des services digitaux à nos clients et secundo de montrer très rapidement aux collaborateurs que des changements se mettaient en place. Par la suite, il a été décidé de regrouper les deux centres de données existants, l'un à Kapelle-op-den-Bos et l'autre dans un espace loué à Bruxelles, puisque notre ambition est que tout soit à l'avenir stocké dans le cloud, qu'il soit privé ou public. Enfin, le paysage SAP est en voie de consolidation, sachant qu'Etex compte quelque 90 systèmes au total, ce que l'on appelle en interne 'SAP and friends'. Au niveau SAP précisément, nous avons décidé d'opter pour un cloud privé hébergé chez Fujitsu dans le cadre d'un contrat plus flexible avec SAP. Le cloud apparaît donc comme l'option retenue. DIRK ALTGASSEN: En effet. Pour preuve, nous n'aurons plus aucun datacenter d'ici la mi-2018 ou la fin 2018. Par ailleurs, notre infrastructure Citrix est en cours de basculement vers Microsoft Azure et l'objectif est de réduire à terme l'utilisation de Citrix. Toujours au niveau du cloud, nous avons déployé l'an dernier Successfactors, d'abord pour les employés en interne, de même qu'Acerta dans le cloud pour les congés du personnel ou encore Ariba pour l'optimisation des approvisionnements. Je précise que le choix du cloud est surtout guidé par une volonté de flexibilité et d'évolutivité, sachant que le groupe est en pleine phase de développement et peut soit racheter, soit céder certaines activités. De même, le cloud nous permet d'être plus rapides et plus réactifs par rapport aux demandes du business. Certes, le cloud n'est sans doute pas beaucoup moins cher qu'une infrastructure interne, mais permet de garantir des volumes d'activité plus variables. Quant à l'aspect sécurité, le cloud est probablement plus sûr que des plates-formes internes, sachant que le prestataire cloud dispose de ressources et de compétences spécifiques à ce niveau. J'en veux pour preuve notre site Web, désormais hébergé dans le cloud Azure, et où Microsoft a parfaitement géré une attaque de type déni de service. D'autant que nous ne sommes pas dans le secteur bancaire que j'ai connu par le passé et où la sécurité est plus cruciale et fait l'objet d'investissements très conséquents. D'autres projets en préparation ? DIRK ALTGASSEN: Nous sommes en passe de créer en partenariat avec Fujitsu une global service delivery organisation qui supportera les utilisateurs de manière centralisée et homogène, avec un outil de ticketing global pour les différentes entités du groupe, un service desk global en 24/7 et supportant plusieurs langues pour nos 10.000 utilisateurs, ainsi qu'une approche centrale de la gestion des processus et de la gouvernance, avec notamment un catalogue global de services offerts par l'IT à l'ensemble des entités du groupe. Des services qui seront alors standardisés et harmonisés. Autre grand thème à l'ordre du jour : la digitalisation dans le cadre d'un vaste programme de transformation et de changement. C'est ainsi que nous allons mettre en place des terminaux mobiles pour faciliter le travail des camionneurs dans la logistique. De même, nous allons refondre nos sites Web de vente et de marketing, ainsi qu'intégrer le BIM (Building Information Modeling) dans nos processus. Au niveau SAP, il faut savoir qu'aujourd'hui, 95 % des revenus de groupe sont gérés par SAP, preuve de son importance cruciale pour Etex. Nous avons abandonné l'AS/400, désormais System i, pour déployer des appliances HANA dans le cadre de notre partenariat avec Fujitsu. Mais l'objectif à terme serait de migrer vers S/4 HANA. Par ailleurs, notre architecture réseau devra être complètement repensée, toujours dans l'optique du cloud en remplacement d'une infrastructure de type MPLS. Comment évoluent vos équipes et vos budgets ? DIRK ALTGASSEN: L'équipe informatique d'Etex IT compte quelque 250 personnes, dont 130 environ au sein au sein de l'IT centrale et 120 en charge du support IT dans les entités locales dans le monde. Par ailleurs, Etex IT peut compter sur une équipe de 30 personnes de Tata Consultancy Services (TCS) en Inde pour les développements en SAP ainsi que pour les services gérés en Microsoft SharePoint. Cela dit, Etex IT n'envisage aucun projet d'outsourcing global dans la mesure où l'IT reste largement fragmentée et nécessiterait comme préalable une transformation métier avec alignement des processus des différentes entités. Dans cette optique, nous sommes en passe de créer une common Web platform constituée de blocs de construction identiques pour toutes les entités du groupe qui font à peu près les mêmes activités avec une équipe de chaque métier pour définir les grands principes métier. J'ajoute que la transformation du business passera par des synergies, question de ne pas réinventer la roue. A cet égard, l'IT peut apporter de la valeur par sa connaissance des tous les aspects de l'organisation et des différents métiers. Au final donc, Etex entend évoluer vers une business process owner organisation dans le cadre de son processus de transformation globale. Quant au budget informatique, il a augmenté considérablement ces 2 dernières années dans le cadre des investissements évoqués ci-dessus. Nous sommes d'ailleurs toujours à la recherche d'informaticiens sur un marché de l'emploi IT toujours tendu en Belgique. Dans certaines circonstances d'ailleurs, nous faisons appel à d'autres filiales du groupe à l'étranger pour recruter de nouveaux collaborateurs IT. Comment envisagez-vous votre rôle de CIO et quelles sont vos relations avec le CEO ? DIRK ALTGASSEN: A mes yeux, le CIO doit continuer à assumer ses missions classiques, à savoir garantir la continuité des plates-formes IT qui doivent être mises à jour, sécurisées, etc. Mais en outre, le CIO se doit d'être le conseiller du métier afin d'améliorer en permanence les processus en proposant toujours de nouvelles idées tout en restant à l'écoute du business. Et dans la transformation numérique, l'IT doit venir avec des propositions. Cela dit, le business devrait également songer davantage en termes de digital. J'ajoute que le nouveau CEO d'Etex, Paul Van Oyen, connaît particulièrement bien l'informatique pour avoir en son temps participé au déploiement de SAP au sein du groupe. Il est donc particulièrement à l'écoute des défis et des besoins de l'informatique, ce qui est très positif. Enfin, j'ai beaucoup d'échanges avec différents CIO d'entreprises belges grâce notamment à ma présence au sein de plusieurs associations de directeurs informatiques comme le CIOforum, Beltug ou ADM.