Des milliers d'utilisateurs et de partenaires s'étaient donné rendez-vous à Anaheim pour Citrix Synergy, trois journées pour se familiariser avec les produits de Citrix et s'informer des dernières innovations. Officiellement, la grande nouveauté portait sur le lancement de Citrix Workspace App, un portail permettant, par un 'single-sign-on', d'accéder à l'ensemble des services Citrix. Mais officieusement, l'entreprise a annoncé un 'rebranding' complet de ses produits. Non que celui-ci ne pouvait être rendu public, mais que Citrix n'en a pratiquement pas soufflé mot. Aucun référence dans le discours inaugural, ni même dans les communiqués de presse. D'ailleurs, la session Q&R avec le CEO, David Henshall, et le responsable des produits, PJ Hough, était essentiellement consacrée au fait que les employés ont besoin d'un environnement de travail moderne (lisez : qui a adopté la technologie Citrix).

Tant Netscaler que la gamme Xen sont totalement rebaptisés.

Qu'est-ce qui change donc ? Pratiquement tous les noms de produits. Globalement, chaque produit se voir attribuer la marque Citrix + 'fonction'. Citrix XenApp, XenDesktop et XenDesktop Service deviennent Citrix Virtual Apps and Desk-tops. ShareFile devient Citrix Content Collaboration, XenServer devient Citrix Hypervisor et Cedexis devient Citrix Intelligent Traffic Management. Le changement le plus marquant est que la marque Xen disparaît.

Au niveau des réseaux, Citrix abandonne le nom Netscaler. Pour rappel, l'entreprise Netscaler avait été rachetée par Citrix en 2005, mais la marque avait été conservée, ce qui n'est désormais plus le cas. C'est ainsi que Netscaler ADC et Netscaler SD-WAN sont désormais rebaptisés Citrix ADC et Citrix SD-WAN respectivement. Netscaler Unified Gateway est renommé Citrix Gateway, de sorte que 8 noms de produits Netscaler se voient adjoindre le préfixe Citrix. Mais rendons à César... puisque le site technologique The Register avait mis la main en début d'année sur une note interne qui annonçait ce changement. Selon Citrix, celui-ci est désormais appliqué et sera déployé tout au long de 2018.

Selon ses dires, Citrix procède de la sorte pour harmoniser son portefeuille. Même s'il ne nous semble pas impensable qu'à terme, ces différents noms prêtent à confusion même auprès des utilisateurs les plus assidus.

Tout en une seule appli

Ce que Citrix place néanmoins sous les projecteurs, c'est l'appli Citrix Workspace. En fait, il s'agit ici aussi en partie d'un 'rebranding' de Citrix Receiver, l'outil d'accès à XenDesktop et à XenApp. Reste que l'appli est nettement enrichie pour permettre d'accéder à pratiquement tout ce qui peut fonctionner avec Citrix : contacts, documents (contenu) et applis.

L'objectif de Workspace App est d'offrir un aperçu des applis disponibles, réparties en catégories, et de pouvoir les ouvrir au départ de ces catégories. A noter que l'outil ouvre directement la bonne application. Ainsi, si vous cliquez sur un fichier Photoshop, vous verrez s'ouvrir un Photoshop virtuel. L'appli proprement dite sera disponible dans les 3 prochains mois et promet d'emblée toute une série d'intégrations avec les grands acteurs SaaS comme Office 365, Slack, Box, Dropbox, Oracle, ServiceNow, DocuSign et AWS. Reste qu'il est difficile de savoir si toutes ces intégrations seront disponibles dès le lancement.

On ajoutera que Workspace App fonctionne avec le 'sing-on'. S'enregistrer sur l'application suffit donc pour accéder aux autres applis disponibles. L'enregistrement supporte par ailleurs aussi l'authentification à deux facteurs et la reconnaissance faciale. Reste que cette dernière fonctionnalité ne sera pas disponible sur tous les appareils, précise PJ Hough. " Nous ne pouvons malheureusement pas être partout parce que les appareils sont minces. " Hough fait d'ailleurs la distinction entre les laptops et les smartphones qui supportent une reconnaissance 3D pointue d'une personne, et les appareils (meilleur marché) qui peuvent être abusés par une photo ou un masque de visage.

Analytique

Une tendance moins évidente sur laquelle embraie l'entreprise est l'analyse approfondie des données (et évidemment de l'IA) pour améliorer les produits. " Nous faisons de l'analytique depuis un certain temps déjà, mais surtout en interne : voir ce que tel client utilise pour adapter notre stratégie en conséquence. Mais désormais, nous regardons comment ces données sont utilisées au niveau de la productivité, de la sécurité et de l'optimisation ", explique Kedar Poduri, vice-président Product Management de Citrix Analytics. Voilà qui peut permettre de collecter des données concernant les services que Citrix peut offrir. Tout en misant sur des partenariats pour enrichir encore ces données.

" Nous sommes particulièrement bons dans l'accès aux environnements d'entreprise : comment et quand les collaborateurs utilisent des applis ou ouvrent certains fichiers, sans oublier le trafic réseau associé. Mais nous n'avons par exemple aucun vue sur l''east-west traffic' [le trafic entre serveurs, NDLR], ce qui est le cas de Cisco notamment. Ou comme Microsoft peut analyser l'Office 365 Suite ou Symantec et McAfee la sécurité. C'est pour de telles analyses que nous voulons collaborer avec des partenaires. "

Pour l'instant, il s'agit surtout d'analytique. " L'étape suivante consistera à rendre l'ensemble plus mature avec de l'analytique prédictive afin de dégager des tendances et de remédier à des situations avant qu'un problème se pose ", confie encore Poduri à Data News. Avec en ligne de mire des produits qui s'adaptent automatiquement. " Ainsi, nous entendons proposer l'appli la mieux adaptée en fonction d'un contexte. La situation peut être différente que vous soyez à la maison, en route ou au travail. Mais aussi selon que vous avez plus ou moins de bande passante et de latence ou selon le type de comportement, ce qui nous permettra d'offrir la meilleure expérience. " Si aucune date n'a encore été donnée, Poduri parle de " 4 à 5 ans ".

Sécurité : supprimer le surplus

A l'occasion de Citrix Synergy, Data News s'est entretenu avec Stan Black, senior vicepresident security et Security Information Officer. Pas tant à propos de sa vision et des produits de l'entreprise, mais plutôt sur son analyse du marché de la sécurité. Et son message est clair : faire plus avec moins.

" J'ai supprimé quelque 30 à 40 produits de sécurité que nous utilisions. Pour l'instant, nous exploitons en interne 23 applications de monitoring et l'objectif est de ramener ce nombre à 3. Dans le même temps, nous avons désactivé 286 serveurs, ce qui nous donne de l'espace supplémentaire dans notre centre de données grâce à une simplification poussée. "

Black précise que l'objectif n'est pas d'avoir moins de sécurité, mais moins de surplus. " Le problème est que nous avons ajouté différentes technologies, mais sans s'attaquer au coeur de la question. C'est ainsi qu'au niveau des données qui sortent de notre datacenter, il n'y a pas besoin de sécurité de type 'endpoint'. Ce n'est pas une question d'économie, mais de réduction du surplus opérationnel. " Les personnes impliquées dans ce processus sont particulièrement importantes. " Nous avons des personnes très compétentes et bien payées qui sont spécialisées dans nos actifs coeur de métier. Mais nous réduisons également notre 'périmètre d'attaque'. Nous sommes dans le cloud, mais le nombre de points d'accès est réduit. "

Un autre élément important selon Black est l'évaluation permanente du risque. " Nous devons agréger des informations : quel nombre de sessions a tel utilisateur, où se connecte-t-il, voyage-t-il beaucoup ? Lorsque l'on regroupe toutes ces données, on obtient une sorte de modèle d'utilisation concernant une personne ou une machine. Aujourd'hui, c'est possible dans différents clouds et applis utilisées. "

Définir un tel profil pour évaluer les risques de sécurité est un objectif noble. Mais quid si ces données sont également utilisées par l'employeur ? " Il n'est pas question de jouer au Big brother. Chacun a droit à sa vie et seul compte à mes yeux ce qui est connectable sur notre infrastructure. Celui qui joue au football ou va sur YouTube durant sa pause, pas de problème. Tant que nous pouvons assurer une session de navigation sécurisée. Pas question d'exclure quoi que ce soit, mais de rester sur la bonne voie. "