Quelles ont été vos premières priorités à votre arrivée à la tête du département IT de la BNB voici un an et demi?
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Quelles ont été vos premières priorités à votre arrivée à la tête du département IT de la BNB voici un an et demi? AN SWALENS: Il va de soi que je me suis très rapidement plongée dans l'organisation, mes équipes, le portefeuille existant et les défis sur le terrain. Nous avons d'abord déployé une infrastructure de poste de travail numérique intégré en nous appuyant sur le 'stack' Microsoft 365 dans le cloud avec ses outils de bureautique, de travail collaboratif, de partage de documents, de communication collaborative, etc. Une solution extensive déployée juste avec la pandémie de Covid-19 et qui nous a donc permis de basculer plus facilement vers le télétravail rendu obligatoire par le confinement. Mais la Covid-19 a induit d'autres priorités comme les conférences par Webinaire et les enquêtes numériques vers les citoyens, avec parfois plus de 4.000 participants. En outre, nous avons dû adapter rapidement nos applications d'enregistrement des crédits, des prêts bancaires en garantie, etc., tout en étoffant notre reporting pour mieux cartographier la vie économique et financière. Par ailleurs, nous avons continué à investir dans l'amélioration de l'efficacité ainsi que dans le bureau sans papier dans une optique 'verte'. D'ailleurs, cette dimension 'verte' concerne également nos centres de données. De même, la sécurité est et reste un point d'attention majeur, sachant qu'il convient de concilier au mieux la facilité d'utilisation et le respect de normes strictes liées à cette sécurité. Enfin, j'ai établi avec mon équipe une stratégie et une feuille de route IT pour 2021-2025, avec notamment une attention particulière portée au cloud, à l'innovation et aux risques IT. Notre informatique doit en effet permettre de supporter le plan stratégique d'avenir de la BNB en tant que banque centrale moderne au coeur du système euro. Quels sont les grands projets en cours et à venir? SWALENS: La refonte des applications pour les marchés financiers représente un chantier majeur. Il s'agit en fait des applicatifs coeur de métier qui doivent être réécrits, tant au niveau front-end que back-office, sachant que nous sommes entre autres la "banque des banques". Ces applicatifs - notamment en Cobol-doivent être rénovés à la fois en termes de technologies, d'ajout de nouvelles fonctionnalités et de sécurité. Nous nous appuyons pour ce faire sur Angular/Java, mais aussi en implémentant des progiciels du marché, sachant que nous privilégions les produits 'off the shelf'. Cela dit, nous collaborons également avec les banques nationales d'autres pays de la zone euro pour le développement de ces applications. Autres priorités pour 2021, la gestion du cycle de vie des applications concernant le cash [le processus logistique de distribution sécurisée de billets de banque en Belgique, NDLR] et la mise en place d'un 'cash center' pour automatiser le processus logistique de mise en circulation des billets de banque en euro. D'ailleurs, l'industrialisation toujours plus poussée de nos processus ainsi que leur automatisation figurent également à l'agenda. De même, la gestion des données représente un autre grand chantier à venir. Il faut dire que la BNB collecte et traite de très gros volumes de données provenant de sources très différentes et avec des 'stakeholders' très variés. Plusieurs projets pilotes sont en cours dans le domaine des 'big data', de l'intelligence artificielle et de l'apprentissage machine notamment, mais aussi de la classification des données et du 'data mining'. A ce niveau, la collaboration avec les entités métier s'avère particulièrement importante. La collaboration avec la BCE et les banques nationales d'autres pays de la zone euro est également importante dans notre stratégie puisque nous partageons des applications et collaborons sur différents projets. Enfin, un grand chantier avec la BCE concernera le projet de création d'un euro numérique, entendez l'équivalent des billets en euro, mais sous forme dématérialisée. L'externalisation est-elle à l'agenda? SWALENS: Notre département informatique emploie quelque 220 informaticiens internes, plus des collaborateurs externes. Nous externalisons certaines activités, notamment le support clientèle ou certaines tâches opérationnelles. Il n'y a d'ailleurs pas de tabou concernant le rapport entre informaticiens internes et externes, mais notre volonté est de conserver en interne tout ce qui concerne notre coeur de métier et la connaissance technologique, afin de garantir notre indépendance et de limiter les risques. Nous attendons d'ailleurs de tous nos fournisseurs qu'ils respectent les valeurs sociétales prônées par la BNB. Comment évoluent vos équipes et votre budget? SWALENS: On recherche des informaticiens qui soient flexibles, orientés solutions, connaissent le secteur IT et ses évolutions, et puissent comprendre le métier. Notre IT est confrontée à de nombreux défis variés, ce qui est trop peu connu à l'extérieur. Il est dès lors important de nous faire mieux connaître et de montrer la diversité des missions que remplit la BNB et des technologies utilisées. C'est ainsi qu'au-delà de l'impression et de la mise en circulation des pièces et billets, la BNB récolte, analyse et diffuse des informations économiques et financières, assure la surveillance du secteur financier et offre des services à l'Etat, au secteur financier et au grand public. Notre éventail de missions est donc beaucoup plus large que ce que l'on pense généralement. Comment voyez-vous votre rôle de CIO et vos relations avec la direction générale? SWALENS: La mission du département IT consiste à trouver les meilleures solutions pour les entités métier et de faciliter leur travail grâce aux nouvelles technologies. Cela nécessite une bonne compréhension des nombreuses missions de la BNB et du marché IT. Par ailleurs, il est primordial de faire les bons choix et de tester les solutions avant leur implémentation. A l'avenir, la collaboration avec le business devra encore être intensifiée. De même, nous attachons beaucoup d'importance à la qualité du travail, à l'indépendance de notre organisation et à la culture d'entreprise où la fierté du travail accompli est grande. Collaborer, coacher et gérer sont à mes yeux essentiels. L'IT doit nous permettre d'explorer et de déployer de nouvelles solutions tout en restant focalisés et en ayant une direction claire pour chacun. J'ajoute qu'en tant que CIO, je participe à la définition de la stratégie d'entreprise, ce qui me permet de voir rapidement l'impact de mon travail, ceci dans un secteur en constante évolution et qui représente quelque chose d'important pour la société et le citoyen. Par rapport au comité de direction auquel je rapporte, l'informatique y occupe une place importante et il m'appartient de défendre les projets IT en fonction des risques que l'organisation est prête à prendre, sachant que les risques en matière de (cyber-)sécurité sont toujours plus grands. Je tiens encore à préciser qu'il est important de ne pas trop complexifier le paysage IT tout en renforçant la sécurité. Un environnement IT stable et fiable reste essentiel. Vous n'aviez pas d'expérience du secteur avant votre nomination. Est-ce à vos yeux un avantage ou un inconvénient? SWALENS: Il est vrai que par le passé, j'ai surtout travaillé chez des fournisseurs et dans des entreprises privées. Certes, la BNB est différente en termes de culture, de motivation du personnel et d'engagement. Cela peut surprendre, mais la BNB figure parmi les 20 employeurs les plus populaires en Belgique. Cela dit, il n'y a guère de différence au niveau de l'informatique. Mon défi a donc consisté à comprendre les métiers de l'entreprise. A la BNB, on n'est pas une entreprise informatique et on ne fait pas de l'IT pour l'IT, mais bien pour mettre la technologie au service du métier. Car une banque ne peut plus fonctionner aujourd'hui sans informatique et l'importance de celle-ci ne fait qu'augmenter. Être une femme CIO, à nouveau un avantage ou un inconvénient? SWALENS: Je tiens d'abord à préciser que la BNB privilégie la pertinence sociétale, la diversité, l'inclusion et la durabilité, et que j'y attache également une grande importance au sein du département informatique. Cela dit, il faut bien reconnaître qu'il y a encore trop peu de femmes dans l'entreprise, que ce soit au niveau de la direction ou de l'informatique notamment. Mais nous sommes en train de changer cela parce que la diversité est une priorité stratégique interne.