Pour la 22e année consécutive, Harvey Nash et KPMG ont mené une enquête à grande échelle auprès de directions IT. Dans ses conclusions pour 2020, l'effet de la crise du coronavirus se fait très nettement sentir. Les enquêteurs ont interrogé 4.200 CIO de 108 pays, lesquels ont en charge un budget IT cumulé de 250 milliards $. L'enquête s'est faite en 2 étapes: l'une fin 2019 avant la percée de la pandémie et l'autre entre juin et août dernier.
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Pour la 22e année consécutive, Harvey Nash et KPMG ont mené une enquête à grande échelle auprès de directions IT. Dans ses conclusions pour 2020, l'effet de la crise du coronavirus se fait très nettement sentir. Les enquêteurs ont interrogé 4.200 CIO de 108 pays, lesquels ont en charge un budget IT cumulé de 250 milliards $. L'enquête s'est faite en 2 étapes: l'une fin 2019 avant la percée de la pandémie et l'autre entre juin et août dernier. Lorsque la crise de la Covid-19 a éclaté, la plupart des entreprises ont investi des ressources supplémentaires en IT. Selon l'enquête, les CIO ont dépensé en 3 mois davantage que la hausse de budget prévue sur l'ensemble de l'année. Ils ont surtout investi dans le télétravail afin de garantir l'efficience opérationnelle et l'expérience client. Ainsi, le télétravail a induit des investissements immédiats dans des appareils, des applications et de la sécurité. C'est surtout ce dernier aspect qui semble avoir pesé dans la balance. En effet, un quart des CIO ont été confronté dès le début de la pandémie à un regain de cyberattaques, essentiellement d'hameçonnage. Voilà qui semble indiquer que les cybercriminels ont trouvé dans les télétravailleurs une nouvelle cible idéale. "La hausse inattendue et non planifiée des investissements en technologie s'est accompagnée d'un changement majeur dans la manière dont les organisations travaillent", fait remarquer Ronny Lommelen, directeur général de Harvey Nash Belgium. Au cours des 6 derniers mois, nous avons constaté plus de changements organisationnels qu'au cours des 10 dernières années." Reste à savoir si le passage soudain au télétravail contribuera au succès à long terme de l'entreprise. "Tout dépendra de la manière dont les organisations gèrent leurs collaborateurs et leur culture", estime Ronny Lommelen. Ce changement rapide et radical dans la manière de travailler a suscité pas mal d'inquiétude. Ainsi, 9 CIO interrogés sur 10 se posent des questions sur la santé mentale de leurs équipes. Pire encore, près de 7 CIO sur 10 ont entre-temps pris des mesures. Ils ont lancé des initiatives spécifiquement axées sur le soutien aux collaborateurs durant le confinement qui les a obligés à faire du télétravail et à remplacer les réunions physiques par des visioconférences. Ce soutien supplémentaire n'a rien d'anecdotique, sachant que même en période de pandémie, les entreprises doivent réfléchir à la manière d'attirer et de conserver leurs collaborateurs. "Nous vivons dans un monde où le concept d'emplacement n'est plus pertinent, poursuit Ronny Lommelen. Désormais, la table de la cuisine est aussi un bureau. A présent que les CIO s'inquiètent de la santé mentale de leurs collaborateurs, les organisations devront revoir leur offre pour conserver et attirer les talents dont elles ont besoin." Désormais, le lieu de travail et le télétravail deviendront des facteurs importants pour séduire et conserver les talents, révèle encore l'enquête. En Belgique, les architectes d'entreprise et les spécialistes en sécurité restent les postes les plus difficiles à pourvoir, outre les architectes IT techniques, les spécialistes en stratégie IT et les analystes. Et à l'échelle mondiale, la pénurie concerne les informaticiens et les experts en sécurité. D'ailleurs, toujours selon les CIO interrogés, le télétravail est et restera la norme demain, une fois la pandémie maîtrisée. Durant la crise, 95% des CIO à l'échelle mondiale ont mis une grande partie de leurs informaticiens en télétravail. Et près de la moitié de ces CIO prévoit que la moitié de ces collaborateurs continuera à télétravailler après la crise. Du fait de ce nouveau mode de travail, les CIO estiment que la collaboration entre le métier et l'IT sera nettement intensifiée. Mieux encore, plus de 4 CIO sur 10 considèrent qu'une culture inclusive s'est imposée dans le département IT. Spécifiquement au niveau de la Belgique, l'enquête de Harvey Nash et KPMG montre un accroissement du fossé numérique. En effet, la crise a augmenté l'écart entre les entreprises dont la stratégie est définie par la technologie et les autres. "La pandémie a renforcé cette tendance, estime Anthony Van De Ven, 'partner technology advisory' chez KPMG, car la crise accélère la transformation numérique." Celui qui a pris le train du numérique gagne en vitesse et accroît son avance. "Dans le même temps, les priorités des directions d'entreprise restent identiques à celles d'avant la crise, concède Anthony Van De Ven. L'efficience opérationnelle et l'implication du client s'améliorent." Tels sont les objectifs les plus importants pour le CIO. Durant la crise, les leaders numériques - les entreprises qui mettent la numérisation au centre de leur stratégie - ont eu davantage l'occasion que les leaders non numériques de faire des investissements supplémentaires en IT. En Belgique, ces investissements ont ciblé notamment les implémentations à petite échelle en intelligence artificielle et en apprentissage machine (45%), en logiciels cloud (36%), en automatisation intelligente (27%) et en cloud distribué (18%). Sur un plan plus général, ce sont après la sécurité et la vie privée (51%), surtout l'expérience client et l'implication client (49%) ainsi que l'infrastructure et le cloud qui apparaissent comme les principaux domaines d'investissement. Et, bien que les dépenses aient augmenté durant la crise, l'enquête montre que ces efforts ne seront pas maintenus dans la durée. En effet, les budgets technologiques seront sous pression durant l'année 2021. Avant la crise, la moitié environ des CIO envisageaient une hausse de leur budget pour l'an prochain, alors que durant la pandémie, ils n'étaient plus que 38% à le prévoir. "Agir rapidement et efficacement reste une nécessité pour survivre et se développer en tant qu'entreprise dans cette nouvelle réalité, dixit encore Anthony Van De Ven. Dès lors, le CIO devra mettre tout en oeuvre pour améliorer l'agilité organisationnelle et intégrer la pensée numérique dans l'ADN de l'organisation." Du fait de la crise, les priorités des CIO ont quelque peu évolué. Alors que le 'workforce enablement' se situait autrefois plutôt dans la moyenne dans la liste des priorités, le passage massif au télétravail a rendu ce thème nettement plus important à l'agenda du CIO. Dans le même temps, la moitié des CIO belges indique que la crise a accéléré sur le long terme la transformation numérique de l'entreprise et l'adoption de nouvelles technologies (comme l'intelligence artificielle, l'apprentissage machine et la chaîne de blocs). Reste que le grand vainqueur de la crise semble être le logiciel cloud. Depuis le début de la crise en effet, le nombre d'implémentations à grande échelle de SaaS a presque doublé dans notre pays.