D'ACCORD Mark Pekelharing, smart home product manager' chez Somfy

" Chez Somfy, on constate une demande croissante pour des produits qui dialoguent avec les assistants vocaux de Google, Amazon ou Apple. C'est surtout dans l'environnement domestique que cette technologie ouvre un large éventail de possibilités, fait remarquer Mark Pekelharing, 'smart home product manager' chez Somfy. Si accéder aux prévisions météo ou demander d'écouter une chanson font partie des applications classiques, les possibilités sont bien plus larges et la technologie va grandement simplifier la vie de nombreuses personnes. Songez aux personnes ayant besoin d'aide, comme les personnes âgées. Avec la commande vocale, elles pourront faire baisser les volets sans devoir se lever. Le confort est le critère de base du succès de la commande vocale. "

Pourtant, Pekelharing estime que la voix ne remplacera pas la télécommande classique. " La technologie offre certes beaucoup de potentiel, mais il conviendra de surmonter certains obstacles, dont la vie privée n'est pas le moindre. Les récents scandales montrent que le citoyen n'est pas disposé à renoncer à sa vie privée au profit du confort. C'est compréhensible certes, mais entrave le développement de la technologie vocale. " Il conviendra donc par priorité de sécuriser cette technologie. Comment ? En rendant le système plus humain, selon Pekelharing. " A l'avenir, l'installation devra par exemple pouvoir demander à l'utilisateur combien de temps il s'absentera en quittant son domicile afin de régler intelligemment la température ambiante. Sachant évidemment que le système ne réagira qu'à votre seule voix. "

Kurt Beheydt

PAS D'ACCORD Kurt Beheydt, réalisateur, connu pour ses programmes TV scientifiques et son 'podcast' mensuel

" Certes, on devrait assister à court terme à une progression de l'utilisation de la reconnaissance vocale, mais uniquement pour certaines finalités, considère Kurt Beheydt. Dans l'automobile par exemple. D'abord, parce qu'il fait utiliser ses mains pour conduire et ensuite parce que dans ce contexte spécifique, le nombre de commandes est relativement limité. De même, dans la maison, le système ne doit comprendre qu'un nombre restreint d'instructions, comme 'augmentez le chauffage', 'allumez la TV', etc. Mais en dehors de tels contextes bien délimités, il devient nettement plus difficile de bien comprendre des commandes vocales. Il faut alors tellement de temps pour bien entraîner le système que ce n'est plus économiquement rentable. "

" Par ailleurs, il faut tenir compte du frein psychologique : la plupart des gens estiment bizarre de se parler à soi-même, poursuit-il. Peut-être qu'un jour, nous nous y habituerons, mais sans doute pas pour dicter un long texte. Imaginez que chacun dans un bureau paysager se mette à parler à son ordinateur. Impensable. "

Un troisième argument concerne selon Beheydt la sécurité et la vie privée. " Je ne me vois pas parler à haute voix à mon smartphone dans un train pour faire un virement, et encore moins pour introduire mon mot de passe ", observe-t-il.

L'interface par excellence du futur n'existe d'ailleurs pas, remarque Beheydt. " Selon moi, plusieurs interfaces continueront d'exister en parallèle à l'avenir, l'utilisateur choisissant en fonction de l'application et du contexte. Peut-être faudra-t-il y ajouter la commande par le cerveau, une technologie à laquelle croit fortement Elon Musk entre autres. Peut-être est-ce là l'interface du futur ? Mais d'un futur lointain alors... "