1 Le fossé entre les gagnants et les perdants se creuse

La plupart des dirigeants technologiques se réjouissent de voir arriver la fin de 2020. Aux Etats-Unis, Forrester estime que la réduction des dépenses en technologie atteindra 1,5% en 2021, après plusieurs années d'augmentation des budgets en IT et technologie. L'autre cabinet américain, Gartner en l'occurrence, envisage la situation sous un angle plus pessimiste et considère que les dépenses IT devraient progresser, certainement en Europe. Peu importe finalement de savoir qui a raison: les dirigeants IT ont intérêt à tenir compte du fait qu'ils devront surveiller de près leurs dépenses et que les budgets pourraient glisser d'un département à un autre. Reste que tant Forrester que Gartner s'accordent pour dire qu'il s'agira d'une année délicate tant pour les entreprises que les CIO.
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La plupart des dirigeants technologiques se réjouissent de voir arriver la fin de 2020. Aux Etats-Unis, Forrester estime que la réduction des dépenses en technologie atteindra 1,5% en 2021, après plusieurs années d'augmentation des budgets en IT et technologie. L'autre cabinet américain, Gartner en l'occurrence, envisage la situation sous un angle plus pessimiste et considère que les dépenses IT devraient progresser, certainement en Europe. Peu importe finalement de savoir qui a raison: les dirigeants IT ont intérêt à tenir compte du fait qu'ils devront surveiller de près leurs dépenses et que les budgets pourraient glisser d'un département à un autre. Reste que tant Forrester que Gartner s'accordent pour dire qu'il s'agira d'une année délicate tant pour les entreprises que les CIO. Cela dit, il y aura aussi des gagnants. Ainsi, les CIO qui parlent la langue du métier et qui parviennent à adapter rapidement leur stratégie ainsi qu'à mettre la technologie au service des besoins de l'organisation marqueront des points. Et si ces CIO réussissent aussi à avoir un impact positif sur le fonctionnement au quotidien et sur les clients, ils prendront la tête du peloton, dixit Forrester. En revanche, ceux qui ne parviennent pas suffisamment à apporter les bonnes réponses aux défis d'une économie en pleine mutation se verront reléguer à l'arrière du peloton, voire être totalement largués en 2021. Forrester prévoit même qu'un cinquième des 'traînards technologiques' du Fortune 500 n'atteindront pas la fin de 2021. La pandémie a mis en lumière les lacunes dans la stratégie technologique de nombreuses entreprises et certaines ne seront pas en mesure de combler ces faiblesses. Avec en fin de compte des déceptions: certaines entreprises seront rachetées, d'autres feront faillite. Mais cette pandémie pourrait s'achever sur une note positive pour les entreprises obsédées par leurs clients, qui ont su saisir les opportunités liées à la crise et qui sont parvenues à tirer parti d'une stratégie 'cloud first' et de plateforme. Toujours selon Forrester, le résultat net sera que les leaders permettront de faire croître leur entreprise 3,5 fois plus rapidement que leurs concurrents. Forrester estime qu'un tiers des grandes entreprises dans le monde fusionnera ses responsabilités métier et technologique pour les regrouper sous un seul et même dirigeant. Certes, il est aujourd'hui déjà assez courant que des fonctions de type 'C' changent de nature, mais tel devrait encore être le cas en 2021. Songez notamment aux discussions autour du CDO et du CIO. Pour accélérer la sortie de la pandémie, de très nombreuses entreprises vont chercher des structures nouvelles ou adaptées au niveau du métier, de la stratégie en technologie et des opérations. Ainsi, il pourrait se faire qu'un CIO soit dans certains cas (à nouveau) sous la responsabilité d'un COO féru de technologie. Et inversement, qu'un CIO soit promu à une fonction dirigeante supérieure parce qu'il est précisément en mesure de parler la langue du métier et parvient à mettre en lumière les pierres d'achoppement. Dans d'autres entreprises, toutes les responsabilités relatives au numérique, à l'innovation, à la stratégie et au P&P seront chapeautées par un 'unicorn leader' pour reprendre l'expression de Forrester. Le cabinet estime qu'il peut être parfaitement possible qu'après un certain temps, ce modèle évolue vers un 'chief operations officer' et un 'chief strategy officer' responsables tous deux tant du métier que de la technologie. Si vous lisez Data News, vous savez que le rôle du CIO ne se limite plus depuis longtemps à la seule technologie. Or la situation géopolitique actuel et la guerre concurrentielle que se livrent les plus grandes économies mondiales font que le CIO ne peut plus ne pas s'y intéresser. Car ces contextes influencent évidemment la prise de décision. Les entreprises qui vont à contre-courant des idées patriotiques prennent sans doute des risques: un point d'attention surtout pour les CIO qui opèrent dans un cadre international. Du coup, estime encore Forrester, 75% des CIO de multinationales couperont en 2021 les ponts avec un fournisseur technologique pour des raisons purement politiques et non pas technologiques. Précisons par parenthèse que, toujours d'après Forrester, Gaia-X n'aura pas encore d'impact significatif en 2021. Gaia-X est un projet européen - dont le siège est à Bruxelles - qui entend déployer une stratégie européenne en matière de cloud et de données en réponse aux offres des 3 géants américains du cloud que sont Amazon, Microsoft et Google. Ce trio continuera à se développer sur le Vieux continent, ajoute Forrester, en poursuivant l'extension de ses centres de données européens tout en respectant les règles européennes en matière de conformité - même après l'abandon du Bouclier de protection des données UE-Etats-Unis. Désormais, une stratégie IA est à l'agenda de chaque CEO. Alors que la plupart des CIO sont mis sur la touche, estime Forrester. Durant la récente pandémie, les citoyens ont été habitués à être confrontés vraiment quotidiennement à des algorithmes, comme la fameuse valeur R (le taux de reproduction indiquant le nombre de personnes contaminées par la Covid-19). Les dirigeants d'entreprises réclament aussi toujours plus d'automatisation afin d'optimiser leurs chiffres opérationnels et de poursuivre la réduction des coûts en ces temps de crise. Du coup, une stratégie IA est sur la table de l'ensemble des dirigeants C. Voilà qui n'est pas forcément une bonne nouvelle pour le CIO. En 2021 en effet, à peine 10% des CIO seront un acteur stratégique dans la stratégie IA de l'entreprise, considère Forrester. Toujours à propos de l'IA, le cabinet estime d'ailleurs que le Parlement européen édictera de nouvelles règles en IA et abandonnera la réforme de l'e-vie privée. A présent que Google cesse le support de cookies de tiers dans son navigateur et que le secteur de la publicité évolue de plus en plus vers une approche 'sans cookie', l'impact de mesures adaptées en matière d'e-vie privée s'en trouverait finalement limitée. En fait, Forrester est plutôt d'avis que l'Europe devrait mettre en place rapidement une réglementation sur l'IA, et notamment sur l'utilisation éthique de la technologie. Un signal clair donc pour les CIO de déployer une IA éthique, comme l'ont notamment prouvé cette année Bosch et Rolls-Royce qui ont présenté leur propre cadre d'IA éthique. "Remote work is here to stay", titrait Forrester dans son rapport Predictions 2021. Voilà qui n'a en fait rien d'une surprise. Qu'on le veuille ou non, notre culture et notre expérience de travail a définitivement évolué cette année. Les CIO qui ont fait du 'work from anywhere' une réalité deviennent une sorte de balise pour attirer de nouveaux talents. Dans les entreprises qui ne sont pas en mesure de proposer une expérience de télétravail confortable, les collaborateurs décideront soit de partir, ou pire encore estime Forrester, de rester et de moins performer. Les CIO doivent donc mettre en place un monde virtuel où l'emplacement n'est pas important pour exercer un travail de qualité. Ce monde virtuel doit imiter l'environnement de bureau: d'abord en 2D, puis ultérieurement même en 3D. Forrester conseille aux CIO de commencer à investir dans des solutions de monde virtuel avec des fournisseurs comme MeetinVR et VirBELA, même s'il est écrit qu'ils devront à terme s'adresser à de grands fournisseurs technologiques et acteurs de la consultance pour accélérer la transition vers le bureau du futur.