Mardi, les spots étaient braqués sur diverses startups et développeurs lors de la troisième édition de Makerstown au musée Autoworld de Bruxelles. Des startups européennes de plusieurs secteurs présentèrent leurs tout nouveaux produits durant cet événement organisé par les cellules de réflexion Wilfried Martens Centre for European Studies et ThinkYoung.
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Mardi, les spots étaient braqués sur diverses startups et développeurs lors de la troisième édition de Makerstown au musée Autoworld de Bruxelles. Des startups européennes de plusieurs secteurs présentèrent leurs tout nouveaux produits durant cet événement organisé par les cellules de réflexion Wilfried Martens Centre for European Studies et ThinkYoung.L'attention se focalisa également sur des tables rondes consacrées à des sujets appréciés par les startups européennes. L'entreprise de consultance Tata Consultancy Services (TCS) y a ainsi présenté un rapport de recherche traitant d'un meilleur climat pour entreprendre dans l'Union européenne. On y a débattu des startups européennes en comparaison avec celles de la Silicon Valley, mais surtout avec celles des marchés émergents comme la Chine et l'Inde.L'une des observations étonnantes de la recherche de TCS portait sur l'état d'esprit des Européens en comparaison avec celui des inventeurs et entrepreneurs chinois et indiens. "En Europe, nous avons une vision très traditionnelles du déroulement de notre vie", déclara ainsi la parlementaire européenne Eva Paunova Maydell, qui est aussi membre de la commission Marché Interne et Protection des consommateurs."Nous devons par conséquent inciter plus efficacement les jeunes à entreprendre et à convertir une nouvelle innovation technologique en un produit. Il est important de montrer aussi des exemples d'histoires à succès européennes", ajouta la parlementaire du parti populaire européen.Sankha Som, chief innovation chez TCS, déclara lors d'une interview accordée après la table ronde que la manière dont les pays européens incitent les jeunes à entreprendre s'est nettement améliorée. L'Europe effectue une manoeuvre de rattrapage, et il y a actuellement à peu près autant de startups sur notre continent qu'en Inde."Les choses se sont certes améliorées au niveau du nombre de startups, mais les pays européens ont un problème avec les 'scale-ups'. Comment ces entreprises peuvent-elles devenir grandes et fructueuses dans leur activité spécifique? On observe que l'Inde dispose de nettement plus destartups qui deviennent des unicorns [l'appellation des entreprises ayant une valeur supérieure au milliard de dollars, ndlr]".Mais où se niche donc précisément le secret des marchés en croissance tels celui de l'Inde? "L'Inde possède une population très jeune. Pour les politiciens, il s'agit là littéralement d'une poule aux oeufs d'or", explique Som, lui-même d'origine indienne. "La politique et l'entreprenariat sont très, très imbriqués en Inde. On promet aux personnes intéressées un capital suffisant, des opportunités et un énorme marché, ce qui ne peut que les inciter à faire le pas, et cela marche.""Le succès et la capacité de croissance des entreprises vont de pair avec l'immense marché indien auquel elles ont accès. Chaque pays ne dispose pas d'un tel luxe. D'autre part, il est devenu plus facile de convertir une bonne idée en un produit innovant. Prenez l'AI, une technologie qui peut être appliquée à tant de produits encore. Tout le langage codé, de même que d'énormes quantités de données nécessaire pour permettre de créer des algorithmes intelligents, peuvent être trouvés en open-source sur internet."Som nuance toutefois le fait qu'il est peu sensé de ne prendre en considération que les zones en croissance: "Faire croître une startup, c'est aussi trouver une bonne raison d'y arriver. Avec quelle motivation les gens créent-ils une entreprise? Et ensuite, sont-ils capables d'en faire une histoire à succès? Quel problème peut-il être résolu? Il ne suffit pas par exemple de prendre l'Inde pour modèle et simplement de copier ce qu'on y fait. C'est une erreur qui est souvent commise."Comme exemple d'une saine motivation, Som a cité Israël, un pays qui a développé un climat très favorable aux startups. "Israël se trouve depuis des années déjà dans une position peu sûre et difficile. Pourtant, on y réussit à transformer les problèmes en succès. Il y existe une forte collaboration entre la défense, l'entreprenariat et la politique. Vous [il montre la Belgique, ndlr] avez sans aucun doute un problème qui vous est propre, voire une motivation à partir duquel/de laquelle vous pouvez créer un climat de croissance. Prenez la migration: cela pourrait être un exemple. Incitez les jeunes entrepreneurs à imaginer des solutions créatives."L'une des forces évidentes de l'Europe, c'est la qualité des formations, et la Belgique en est un bon exemple. "Le travail de diverses générations de pouvoirs publics en Belgique a généré des universités de grande qualité telles la KU Leuven", a déclaré Stefaan Hermans, en charge de la branche 'jeunesse, sport et culture' auprès de la Commission de Consultance européenne (EAC) lors de la table ronde."Ce qui rend nos universités si uniques, c'est la collaboration entre les chercheurs et le monde des affaires", selon Hermans. "Nous possédons aussi de grandes sociétés telles Nokia et Siemens qui sont vraiment des valeurs sûres", a ajouté Luís Viegas Cardoso, responsable de l'European Political Strategy Centre.Ce qui gâche le plus le climat pour les startups européennes, c'est le fractionnement des différents états-membres de l'UE et de leurs autorités locales. "On se retrouve avec plusieurs réglementations et opinions, et on observe des contradictions", selon Sankha Som. "Il s'avère en outre extrêmement coûteux pour une startup suédoise par exemple de se tourner vers la Grande-Bretagne. Les startups méritent encore plus de de soutien et d'attention. Les médias doivent aussi y contribuer davantage car les startups n'y retiennent que trop peu d'attention."Un autre point soulevé fut la grande différence existant entre d'une part le nord et l'ouest et d'autre part le sud et l'est de l'Europe. "Supposons que dans deux ans, vous achetiez une nouvelle voiture supportant la connectivité 5G. Une fois que vous franchirez la frontière entre l'Allemagne et la Pologne, c'en sera fini de cette connexion rapide", a encore ajouté Luis Viegas Cardoso. "Sur le plan politique, il y a beaucoup de différences en Europe, ce qui la rend d'autant plus complexe en comparaison avec d'autres marchés", selon Som. "Si on y ajoute encore des réglementations complexes telles le GDPR, que l'Europe va appliquer, on obtient un climat à la fois complexe et inégal pour les startups."Sankha Som nuance le fait que la réglementation puisse être mieux utilisée pour rendre la vie des startups plus confortable: "Les politiciens indiens ont facilité la vie des candidats-entrepreneurs en supprimant autant que possible les formalités dérangeantes, avant de pouvoir créer leur entreprise. Finalement, il y a trois grands piliers à la base d'un climat favorable pour les startups. Il est absolument nécessaire de satisfaire à deux d'entre eux au minimum. Il faut d'abord un marché sain, du talent utilisé à bon escient et, enfin, du capital de démarrage."Luis Viegas Cardoso est d'accord avec Som pour ce qui est de la réglementation, mais il signale que l'Europe a accompli de grands pas dans ce domaine: "J'ai le sentiment que le verre est à moitié plein plutôt qu'à moitié vide. Prenez les droits numériques. Jusqu'il y a peu, je ne pouvais pas utiliser mon abonnement Netflix portugais dans d'autres pays. Il est important que les droits numériques s'appliquent pareillement désormais dans tous les états de l'UE."