Fondée voici 70 ans, la canadienne CAE est spécialisée dans les formations sur simulateur pour le personnel volant, qu'il s'agisse de la défense ou de l'aviation civile. Par ailleurs, elle s'intéresse aussi aux solutions médicales. Depuis l'arrivée de la RV, l'entreprise met en oeuvre cette technologie pour soutenir ses formations, tant dans de vrais cockpits que dans des environnements virtuels. Ces formations s'appuient toujours plus sur le même matériel, lequel est également utilisé dans les PC robustes.

"Nous sommes agnostiques au niveau des plateformes, ce qui nous permet de collaborer avec chaque avionneur, explique Carsten Elsebrock, responsable Strategy & Business Development. C'est ainsi que l'entreprise propose des formations pour l'Eurofighter, le Tornado, l'E-3 AWACS ou le Sea King MK41 notamment. Parfois à l'initiative de CAE, mais souvent aussi à la demande d'un constructeur d'avions. "Si nous sommes impliqués, nous préférons évidemment l'être le plus tôt possible, mais tout dépend de l'organisation qui fait la demande: il s'agit parfois d'une force aérienne, mais aussi d'un avionneur lui-même ou même des deux parties", poursuit Elsebrock.

Ces formations débutent dans la plupart des cas derrière un PC dans une classe numérique et se terminent dans un simulateur de très haut niveau, souvent avec un cockpit identique à celui de l'appareil en question. Après quoi le travail se poursuit sur un vrai avion. Mais entre les deux se trouve une étape qui a fortement évolué ces dix à vingt dernières années: le cockpit de réalité virtuelle.

Au départ, CAE fabriquait ses propres cartes vidéo, de même que le contenu et les affichages. Un simulateur de vol consolide en effet de très nombreux flux de données, qu'il s'agisse de l'environnement et du fonctionnement de l'appareil, mais aussi de la météo et de scénarios d'incidents spécifiques. Voici 30 ans, cette consolidation était fastidieuse à concevoir, voire impossible à acheter dans le commerce. Mais l'explosion de la puissance de calcul et surtout au niveau du traitement graphique a incité l'entreprise à adopter progressivement une autre approche.

Elsebrock: "Ces 20 dernières années, nous nous sommes tournés toujours plus vers des cartes vidéo commerciales pour la visualisation des composants système. Il en va de même pour nos générateurs d'images: au départ, nous les construisions nous-mêmes, puis nous sommes passés à des moteurs de jeux ou, au lieu de contenu développé en interne, nous avons évolué vers des environnements générés par l'IA."

L'évolution la plus spectaculaire à cet égard est celle des systèmes de 'visual display', à savoir les panneaux dans le cockpit de l'avion. Ceux-ci sont désormais fabriqués en réalité augmentée ou réalité virtuelle.

"Celles-ci existent depuis quelques années déjà, mais la technologie n'était pas encore au point pour une utilisation professionnelle, estime Maté Kock, technical innovation & products lead chez CAE. C'était mauvais pour l'image de la RV dans le secteur, mais nous collaborons désormais avec les principaux acteurs du marché, ce qui nous permet d'avoir les appareils avant qu'ils n'arrivent sur le marché. Finalement, ceux-ci s'intéressent également à notre niche dans la mesure où les casques pour nos activités sont jusqu'à dix fois plus chers que ceux que l'on trouve sur le marché commercial dans la mesure où ils sont bien plus performants."

Plus accessible

L'intérêt des formations sur RV se situe selon lui dans les gains d'efficacité. Le cockpit simulé ne disparaît pas et le nombre d'heures de vol réelles nécessaires pour obtenir une licence de pilote reste évidemment identique. "Mais l'ensemble de la formation se révèle plus accessible: il est possible de télécharger du contenu et d'adapter plus rapidement la formation, mais surtout on peut prévoir nettement plus d'heures dans une formation virtuelle. Celle-ci peut être personnalisée en fonction des points faibles du stagiaire, tandis que le formateur peut former nettement plus de personnes sans devoir réserver le cockpit physique", fait encore remarquer Koch. En d'autres termes, la RV permet d'enseigner de manière virtuelle tout ce qui se passe dans un environnement réel ou simulé, qu'il s'agisse de compétences de vol basiques ou de procédures de sécurité en passant par des routines destinées au personnel. En parallèle, l'entreprise utilise l'IA et la formation adaptative pour analyser les données des formations et personnaliser les formations en fonction des besoins du stagiaire.

Une démo dans l'Innovation Lab de CAE nous a permis de voir comment tout cela fonctionne en pratique. Nous avons reçu des lunettes RV et nous nous sommes assis dans un siège de pilote. Pas d'Oculus ou de Vive, mais une Varjo à usage plus professionnel. D'emblée, la différence avec des lunettes RV grand public est évidente: la résolution est sensiblement plus élevée, ce qui rend l'expérience immersive bien meilleure qu'avec un jeu RV normal. Nous volons au-dessus d'une ville canadienne, alors que le cockpit se compose uniquement d'un siège et d'une manette avec accélérateur (de Thrustmaster). Cela étant, nous sommes frappés par l'image de l'environnement extérieur simulé, sur quoi on nous répond que la simulation du monde extérieur ne constituait pas une priorité. Celui qui utilise aujourd'hui Microsoft Flight Simulator, la Rolls-Royce des jeux de simulation de vol, sur un PC puissant peut même voir le reflet du soleil sur les vagues de l'eau de manière détaillée. Voilà qui est chouette pour un joueur, mais n'a que peu de plus-value dans le cadre d'une formation. Chez CAE, l'accent est plutôt mis sur les procédures et le rendu réaliste des panneaux d'un cockpit de vol, et pas tant sur le monde extérieur. Cela étant, l'IA sera bientôt utilisée dans le cadre d'un nouveau générateur d'images qui rendra l'expérience de pilotage plus réaliste encore.

Santé

Entre-temps, CAE lorgne d'autres secteurs et marchés. D'une part, les formations en maintenance, et notamment les jumeaux numériques où un mécanicien pourra apprendre à connaître un avion de manière virtuelle. Par ailleurs, la santé est un autre domaine ciblé. "Notre ambition est d'apporter davantage d'innovation dans les hôpitaux, insiste Elsebrock. L'idée consiste à standardiser et à simuler certaines procédures. Le lien entre la santé et l'aviation se situe à nos yeux surtout dans les solutions de formation que nous proposons."

Ce prolongement entre physique et virtuel est également abordé dans l'Innovation Lab. Une véritable poupée, capable de respirer, mais pouvant aussi être dotée de détails spécifiques comme une langue enflammée ou un pouls affaibli, a ainsi été construite. Divers scénarios virtuels peuvent être déroulés pour permettre au personnel de se forger de l'expérience, avec l'assistance d'un corps humain.

En l'occurrence donc, CAE propose différents cas pratiques utiles de réalité augmentée ou de réalité virtuelle et ce, dans un environnement fortement régulé. Ces formations doivent encore être accréditées, de sorte que le matériel utilisé doit être validé tant au niveau du contenu que de la technique. Lorsque tel sera le cas, l'entreprise pourra rendre une grande partie de ses formations pour pilote nettement plus simples, évolutives, personnalisées et abordables financièrement par rapport à une formation dans un cockpit (éventuellement simulé).

CAE chez nous

En Belgique, CAE gère l'ancien centre de formation de la Sabena à Zaventem. Ce centre forme notamment les pilotes de Brussels Airlines, TUI et des militaires (étrangers) qui volent sur C130H. De même, on y trouve un centre de formation pour les pilotes commerciaux d'Anvers. L'entreprise ne collabore pour l'instant pas avec la Défense, mais l'armée fait appel à un simulateur fabriqué par CAE pour les hélicoptères A109 de Bierset.

Fondée voici 70 ans, la canadienne CAE est spécialisée dans les formations sur simulateur pour le personnel volant, qu'il s'agisse de la défense ou de l'aviation civile. Par ailleurs, elle s'intéresse aussi aux solutions médicales. Depuis l'arrivée de la RV, l'entreprise met en oeuvre cette technologie pour soutenir ses formations, tant dans de vrais cockpits que dans des environnements virtuels. Ces formations s'appuient toujours plus sur le même matériel, lequel est également utilisé dans les PC robustes. "Nous sommes agnostiques au niveau des plateformes, ce qui nous permet de collaborer avec chaque avionneur, explique Carsten Elsebrock, responsable Strategy & Business Development. C'est ainsi que l'entreprise propose des formations pour l'Eurofighter, le Tornado, l'E-3 AWACS ou le Sea King MK41 notamment. Parfois à l'initiative de CAE, mais souvent aussi à la demande d'un constructeur d'avions. "Si nous sommes impliqués, nous préférons évidemment l'être le plus tôt possible, mais tout dépend de l'organisation qui fait la demande: il s'agit parfois d'une force aérienne, mais aussi d'un avionneur lui-même ou même des deux parties", poursuit Elsebrock. Ces formations débutent dans la plupart des cas derrière un PC dans une classe numérique et se terminent dans un simulateur de très haut niveau, souvent avec un cockpit identique à celui de l'appareil en question. Après quoi le travail se poursuit sur un vrai avion. Mais entre les deux se trouve une étape qui a fortement évolué ces dix à vingt dernières années: le cockpit de réalité virtuelle. Au départ, CAE fabriquait ses propres cartes vidéo, de même que le contenu et les affichages. Un simulateur de vol consolide en effet de très nombreux flux de données, qu'il s'agisse de l'environnement et du fonctionnement de l'appareil, mais aussi de la météo et de scénarios d'incidents spécifiques. Voici 30 ans, cette consolidation était fastidieuse à concevoir, voire impossible à acheter dans le commerce. Mais l'explosion de la puissance de calcul et surtout au niveau du traitement graphique a incité l'entreprise à adopter progressivement une autre approche. Elsebrock: "Ces 20 dernières années, nous nous sommes tournés toujours plus vers des cartes vidéo commerciales pour la visualisation des composants système. Il en va de même pour nos générateurs d'images: au départ, nous les construisions nous-mêmes, puis nous sommes passés à des moteurs de jeux ou, au lieu de contenu développé en interne, nous avons évolué vers des environnements générés par l'IA." L'évolution la plus spectaculaire à cet égard est celle des systèmes de 'visual display', à savoir les panneaux dans le cockpit de l'avion. Ceux-ci sont désormais fabriqués en réalité augmentée ou réalité virtuelle. "Celles-ci existent depuis quelques années déjà, mais la technologie n'était pas encore au point pour une utilisation professionnelle, estime Maté Kock, technical innovation & products lead chez CAE. C'était mauvais pour l'image de la RV dans le secteur, mais nous collaborons désormais avec les principaux acteurs du marché, ce qui nous permet d'avoir les appareils avant qu'ils n'arrivent sur le marché. Finalement, ceux-ci s'intéressent également à notre niche dans la mesure où les casques pour nos activités sont jusqu'à dix fois plus chers que ceux que l'on trouve sur le marché commercial dans la mesure où ils sont bien plus performants." L'intérêt des formations sur RV se situe selon lui dans les gains d'efficacité. Le cockpit simulé ne disparaît pas et le nombre d'heures de vol réelles nécessaires pour obtenir une licence de pilote reste évidemment identique. "Mais l'ensemble de la formation se révèle plus accessible: il est possible de télécharger du contenu et d'adapter plus rapidement la formation, mais surtout on peut prévoir nettement plus d'heures dans une formation virtuelle. Celle-ci peut être personnalisée en fonction des points faibles du stagiaire, tandis que le formateur peut former nettement plus de personnes sans devoir réserver le cockpit physique", fait encore remarquer Koch. En d'autres termes, la RV permet d'enseigner de manière virtuelle tout ce qui se passe dans un environnement réel ou simulé, qu'il s'agisse de compétences de vol basiques ou de procédures de sécurité en passant par des routines destinées au personnel. En parallèle, l'entreprise utilise l'IA et la formation adaptative pour analyser les données des formations et personnaliser les formations en fonction des besoins du stagiaire. Une démo dans l'Innovation Lab de CAE nous a permis de voir comment tout cela fonctionne en pratique. Nous avons reçu des lunettes RV et nous nous sommes assis dans un siège de pilote. Pas d'Oculus ou de Vive, mais une Varjo à usage plus professionnel. D'emblée, la différence avec des lunettes RV grand public est évidente: la résolution est sensiblement plus élevée, ce qui rend l'expérience immersive bien meilleure qu'avec un jeu RV normal. Nous volons au-dessus d'une ville canadienne, alors que le cockpit se compose uniquement d'un siège et d'une manette avec accélérateur (de Thrustmaster). Cela étant, nous sommes frappés par l'image de l'environnement extérieur simulé, sur quoi on nous répond que la simulation du monde extérieur ne constituait pas une priorité. Celui qui utilise aujourd'hui Microsoft Flight Simulator, la Rolls-Royce des jeux de simulation de vol, sur un PC puissant peut même voir le reflet du soleil sur les vagues de l'eau de manière détaillée. Voilà qui est chouette pour un joueur, mais n'a que peu de plus-value dans le cadre d'une formation. Chez CAE, l'accent est plutôt mis sur les procédures et le rendu réaliste des panneaux d'un cockpit de vol, et pas tant sur le monde extérieur. Cela étant, l'IA sera bientôt utilisée dans le cadre d'un nouveau générateur d'images qui rendra l'expérience de pilotage plus réaliste encore. Entre-temps, CAE lorgne d'autres secteurs et marchés. D'une part, les formations en maintenance, et notamment les jumeaux numériques où un mécanicien pourra apprendre à connaître un avion de manière virtuelle. Par ailleurs, la santé est un autre domaine ciblé. "Notre ambition est d'apporter davantage d'innovation dans les hôpitaux, insiste Elsebrock. L'idée consiste à standardiser et à simuler certaines procédures. Le lien entre la santé et l'aviation se situe à nos yeux surtout dans les solutions de formation que nous proposons." Ce prolongement entre physique et virtuel est également abordé dans l'Innovation Lab. Une véritable poupée, capable de respirer, mais pouvant aussi être dotée de détails spécifiques comme une langue enflammée ou un pouls affaibli, a ainsi été construite. Divers scénarios virtuels peuvent être déroulés pour permettre au personnel de se forger de l'expérience, avec l'assistance d'un corps humain. En l'occurrence donc, CAE propose différents cas pratiques utiles de réalité augmentée ou de réalité virtuelle et ce, dans un environnement fortement régulé. Ces formations doivent encore être accréditées, de sorte que le matériel utilisé doit être validé tant au niveau du contenu que de la technique. Lorsque tel sera le cas, l'entreprise pourra rendre une grande partie de ses formations pour pilote nettement plus simples, évolutives, personnalisées et abordables financièrement par rapport à une formation dans un cockpit (éventuellement simulé).