Au cours de l'été 2017, un événement étrange se produisait : une nouvelle devise, baptisée bitcoin cash, se scindait de bitcoin. Le bitcoin cash promettait un réseau plus rapide, mais donnait pour ce faire davantage de pouvoir aux 'mineurs', ces personnes qui entretiennent la chaîne de blocs. " En fait, il existe désormais 2 bitcoins : le bitcoin originel et le bitcoin cash ", explique Chris D'Costa de la Belgian Bitcoin Association.
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Au cours de l'été 2017, un événement étrange se produisait : une nouvelle devise, baptisée bitcoin cash, se scindait de bitcoin. Le bitcoin cash promettait un réseau plus rapide, mais donnait pour ce faire davantage de pouvoir aux 'mineurs', ces personnes qui entretiennent la chaîne de blocs. " En fait, il existe désormais 2 bitcoins : le bitcoin originel et le bitcoin cash ", explique Chris D'Costa de la Belgian Bitcoin Association. Ce type de conflit n'est pas rare dans la communauté bitcoin dans la mesure où personne n'exerce de contrôle central et où toute une série d'acteurs gèrent le réseau de manière plutôt originale. De plus, les mineurs exercent un impact important, ce qui risque de perturber le réseau. Le bitcoin était au départ un projet logiciel open source et s'en inspire encore largement aujourd'hui. Ainsi, le code est aisément disponible en ligne et tout le monde peut le consulter, suggérer des adaptations ou le copier. Toutefois, seuls 3 programmeurs ont un accès de type commit, ce qui signifie qu'ils peuvent accepter des adaptations ou les exécuter sur le réseau bitcoin. Cette poignée de programmeurs assure la gestion du code et détermine la voie que doit suivre le bitcoin. Toutefois, le logiciel ne représente qu'un aspect de la question puisque d'autres acteurs doivent également accepter les modifications. " Lorsqu'une nouvelle version du logiciel est lancée, cela ne signifie pas forcément que le logiciel sera utilisé. Au final, il appartient à la communauté de décider d'utiliser le logiciel ", précise Jaap-Henk Hoepman de l'Université Radboud de Nimègue. Les programmeurs doivent donc rechercher du soutien auprès d'utilisateurs. De telles modifications sont par ailleurs source de conflits entre programmeurs mêmes, et avec d'autres parties prenantes. Jim Harper, ex-conseiller auprès de la Bitcoin Foundation et membre actif du groupe de réflexion Competitive Enterprise Institute, estime qu'une telle situation n'est pas vraiment exceptionnelle. " Je suis certain que de telles tensions existent aussi dans les entreprises, mais qu'elles sont cachées, affirme-t-il. Au niveau de bitcoin, tel n'est pas le cas et les luttes sont publiques, ce qui est regrettable puisque l'image de l'ensemble du secteur s'en trouve ainsi écornée. " La communauté bitcoin se caractérise par un très grand nombre d'acteurs. Des Bourses permettent d'échanger des bitcoins contre des devises nationales ou d'autre crypto-monnaies. Par ailleurs, des wallets sont des services qui stockent des bitcoins en ligne pour des utilisateurs. Cela dit, des personnes ordinaires peuvent installer des noeuds complets, ce qui signifie qu'elles sont co-témoins des transactions qui interviennent. Les principaux utilisateurs sont appelés mineurs, à savoir des groupes de personnes qui enregistrent des transactions et assurent la maintenance de la chaîne de blocs. Pour ce faire, ils utilisent des ordinateurs chargés de résoudre des puzzles mathématiques et de surveiller les différentes transactions. Ce faisant, la responsabilité de la maintenance du réseau reste dispersée (même si vous avez davantage de chance en disposant d'un ordinateur puissant). Le bitcoin a été inventé début 2009 par un programmeur anonyme qui opérait sous le pseudo Satoshi Nakamoto. Dans la version originelle, chaque utilisateur de bitcoin devait être un mineur, ce qui devait permettre de rendre le réseau totalement décentralisé. " Dans une telle infrastructure, personne ne prend le contrôle sur une autre puisque chacun peut ajouter des blocs, explique encore Hoepman. Mais on constate qu'il devient désormais toujours plus difficile de miner puisqu'il faut disposer de beaucoup de puissance de calcul et de cartes graphiques spéciales. En outre, il faut pouvoir regrouper des centaines de systèmes. " Bref, le minage se révèle très énergivore, ce qui oblige les mineurs à trouver le bon compromis entre la consommation énergétique de leur ordinateur et le revenu qu'ils peuvent tirer du minage. Compte tenu de ces contraintes, le minage est désormais surtout l'apanage de petites entreprises chinoises qui entassent des cartes graphiques dans des entrepôts installés dans des zones où l'électricité est bon marché. Les mineurs se regroupent en équipes de minage, des sortes de coopératives qui s'entendent entre elles pour se partager les recettes du minage d'un bloc. Reste que ces grands pools de minage concentrent le pouvoir. " Il existe des équipes de minage qui contrôlent 30 % de l'ensemble de la capacité de traitement du réseau ", croit savoir Hoepman. Tous ces acteurs ne sont pas forcément sur la même longueur d'onde. En effet, se pose par exemple la question de l'évolutivité, entendez la manière d'accélérer la vitesse du réseau. " Vers 2013, j'ai montré comment il était possible d'envoyer un bitcoin à New York à la vitesse du courriel ", explique D'Costa. Alors qu'aujourd'hui, un tel envoi prend une heure, voire davantage. " Aujourd'hui, le réseau bitcoin est capable de traiter 7 transactions à la seconde, alors qu'un émetteur de cartes de crédit en gère 4.000 à la seconde. " C'est précisément cette inégalité au niveau de la vitesse du réseau qui a entraîné la scission entre le bitcoin et le bitcoin cash. Jim Harper estime qu'il ne s'agit pas là forcément d'une mauvaise chose, mais plutôt d'une sorte de mécanisme de marché, caractéristique du bitcoin. " A mes yeux, la concurrence est la véritable spécificité du bitcoin. En effet, chacun peut réaliser une scission ou fork du code s'il estime avoir une meilleure manière de gérer une cryto-monnaie. " Ce conflit s'explique aussi en partie par la crainte des mineurs de céder davantage de pouvoir encore. " Au final, ce sont les mineurs qui exercent le contrôle ultime ", analyse toujours D'Costa, même s'il ajoute que d'autres acteurs détiennent aussi un certain pouvoir. De même, Jim Harper s'inquiète de la puissance croissante des mineurs. " A mon sens, le bitcoin n'est pas, et de loin, aussi décentralisé qu'on ne l'avait imaginé à l'origine, enchaîne Hoepman. D'un côté, une large part de la puissance de minage est aux mains de pools chinois. Par ailleurs, seul un groupe très restreint de développeurs a accès au code du bitcoin. Et cette évolution va largement à l'encontre de la philosophie du bitcoin. "