Supposons que vous entriez dans un café et que le patron de celui-ci vous dit qu'il appliquera en soirée le tarif fixe de 20 euros. Pour ce montant, vous pourrez choisir toute la soirée et sans aucune limite parmi une liste de sept boissons les plus populaires, selon l'exploitant. Vous avez aussi la possibilité d'opter pour n'importe quelle autre boisson - peut-être carrément inconnue -, mais vous devrez dans ce cas et après deux ou trois consommations de nouveau payer pour toute boisson supplémentaire.
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Supposons que vous entriez dans un café et que le patron de celui-ci vous dit qu'il appliquera en soirée le tarif fixe de 20 euros. Pour ce montant, vous pourrez choisir toute la soirée et sans aucune limite parmi une liste de sept boissons les plus populaires, selon l'exploitant. Vous avez aussi la possibilité d'opter pour n'importe quelle autre boisson - peut-être carrément inconnue -, mais vous devrez dans ce cas et après deux ou trois consommations de nouveau payer pour toute boisson supplémentaire. Supposons encore que vous démarriez une entreprise et que vous vouliez lancer sur le marché une boisson bio innovante et délicieuse, qui soutient en outre parfaitement la comparaison au niveau du prix avec les boissons rafraîchissantes habituelles. Vous proposez votre boisson dans des cafés et espérez ainsi faire connaître et progresser votre marque, mais vous constatez en fait surtout que ces cafés proposent toujours plus la formule 'all you can drink' (tout ce que vous pouvez boire) avec uniquement les boissons les plus populaires. Vous avez comme un problème...Supposons toujours que vous soyez l'exploitant d'un café et que vous souhaitiez enregistrer chaque mois un chiffre d'affaires fixe récurrent. Vous imaginez alors appliquer un tarif fixe pour des consommations illimitées, mais vous restreignez la liste de celles-ci à sept boissons populaires. En petits caractères, vous ajoutez encore qu'après vingt consommations, les verres seront moins rapidement remplis: on n'est en effet jamais à l'abri d'un abus... Et vous espérez évidemment que les clients consommeront aussi d'autres boissons non reprises sur votre liste. Peut-être pourrez-vous ensuite vous faire verser une prime par les sept fournisseurs de boissons populaires du fait que vous privilégiez ces dernières dans votre établissement! Et après réflexion et plein de sigles d'euros dans les yeux, peut-être parviendrez-vous à convaincre d'autres fournisseurs de vous payer pour voir leur nom figurer également sur votre liste de boissons! Supposons ensuite que vous soyez un producteur de boissons fraîches. Vous fabriquez l'une de ces boissons les plus populaires, mais aussi toujours plus contestées (par exemple à cause de leur caractère trop asservissant). Vous êtes en outre préoccupé, parce que le législateur s'oppose à votre façon de faire. Vous remarquez que le plus grand café du pays va intégrer votre boisson rafraîchissante à une formule 'all you can drink'. Vous êtes ainsi apaisé à la pensée que vos clients ne vont pas massivement vous tourner le dos.Supposons enfin que vous soyez un contrôleur qui doit vérifier si les cafés respectent bien les règles du libre marché, et si tous les fournisseurs de boissons sont traités de la même manière. Vous remarquez que le plus grand café du pays propose à présent une formule 'all you can drink'. Vous savez que les fournisseurs de boissons ayant pignon sur rue vont voir ainsi leur position se renforcer. Vous êtes conscient que les fournisseurs inconnus et peut-être injustement impopulaires éprouveront de la sorte encore plus de difficultés à percer sur le marché. Vous savez que les cafés aiment aussi générer des rentrées au départ du clan des fournisseurs, mais vous n'y voyez aucun problème.Honnêtement, tout cela, c'est de la logique de café, et j'ai conscience que la comparaison est boiteuse. Pourtant, c'est vraiment ce qui est en jeu. Proximus tâte les limites de l'internet libre, le modèle de distribution neutre. Sa CEO, Dominique Leroy, a une fois déjà été rappelée à l'ordre par le ministre des télécommunications Alexander De Croo, lorsqu'elle suggéra qu'il serait bon de faire payer un fournisseur de contenus pour l'utilisation de son réseau. Hier, il n'y eut pas de second rappel à l'ordre. De Croo et le contrôleur télécom IBPT ne voient pas de problème dans les nouvelles formules d'abonnement Epic, qui confèrent un 'zero rating' aux principaux médias sociaux et aux applis de diffusion musicale. Cela signifie que la consommation de données ne comptera pas dans le pack de 3 Go pour lequel vous paierez 20 euros. Cela ne va pas à l'encontre de la neutralité du net, selon notre contrôleur télécom. Moi, je prétends que c'est là le premier pas vers la fin de la neutralité du net.