Indépendamment de la pénurie de personnel dans le secteur IT, faut-il attirer plus de femmes? Notre monde en sera-t-il meilleur à vos yeux?

Griet Vandermassen: Pour répondre à cette question, il faut connaître la raison de cette sous-représentation. Supposons que celle-ci soit due à des préjugés contre les femmes ou à de la discrimination dans le secteur. Dans ce cas, il serait intéressant de militer contre ces situations. Mais supposons que les explications soient différentes: alors il faudrait réfléchir autrement. Or les études dans ce domaine sont relativement convaincantes: aux Etats-Unis et en Europe, on constate qu'environ 30% de femmes sont diplômées dans les STEM. Si l'on regarde l'ingénierie, ce pourcentage tombe à 20 ou 25%. Et si l'on observe plus spécifiquement l'IT, on en arrive dans les deux zones à 15 à 18%.

Les garçons s'intéressent davantage aux questions techniques et les filles aux interactions entre personnes.

Cette situation s'explique essentiellement par deux facteurs. Le premier et probablement le moins important est la différence entre les sexes au niveau des modèles cognitifs. Si l'on compare les garçons et les filles, ceux-ci sont globalement identiques au niveau cognitif, mais lorsque l'on analyse la conscience spatiale visuelle, on constate de grandes différences. Les garçons et les hommes affichent dès l'enfance des scores nettement supérieurs. Il en va de même pour les mathématiques supérieures, ce qui s'applique évidemment dans ce secteur.

Par ailleurs, on constate une variabilité masculine plus élevée par rapport aux femmes. Les garçons et les hommes affichent des scores soit extrêmement élevés, soit extrêmement bas dans les capacités spatiales visuelles, dans les compétences en mathématiques supérieures et en intelligence. Ce constat donne déjà à penser que davantage de garçons que de filles opteront pour l'IT.

Mais la raison la plus importante est une différence importante et consistante d'intérêts entre les sexes. Cet aspect a déjà été montré au début du 20e siècle et se confirme à chaque fois, même au travers de cultures différentes. Les garçons s'intéressent davantage aux questions techniques et les filles aux interactions entre personnes. C'est d'ailleurs aussi ce que l'on remarque dans d'autres études.

Lorsque l'on parle de médecine humaine, de médecine vétérinaire, de biologie, de psychologie, de pédagogie: dans tout ce qui touche aux interactions entre personnes et à la matière vivante, les filles dominent. Et dès que l'on descend vers des disciplines qui concernent les aspects techniques, on retrouve toujours moins de filles et l'IT atteint le score le plus bas.

Cela étant, il y a des pays où le pourcentage de filles diplômées dans l'IT est supérieur. C'est ainsi qu'il y a plus de femmes qui apprennent l'IT en Iran qu'en Suède.

Cela s'explique-t-il par la possibilité de faire évoluer la société?

Vandermassen: C'est en partie une raison. Plus un pays est pauvre, avec moins d'égalité entre genres, plus une femme va choisir une telle option ou être poussée par ses parents dans cette direction.

Là où dans les pays plus riches, vous pouvez toujours trouver un autre type d'emploi?

Vandermassen: Dans les pays développés et égalitaires en genres comme la Suède, vous avez davantage de liberté de choix. C'est pourquoi le fossé des sexes dans l'ingénierie ou l'IT est précisément plus grand dans les pays scandinaves. En tant que fille, vous avez toutes les chances de pouvoir choisir vos propres centres d'intérêt. Si vous voulez un emploi offrant une certitude financière dans un pays comme l'Algérie, vous avez tout intérêt à opter pour les sciences exactes ou l'IT. Pas précisément parce qu'il s'agit de votre premier choix, mais parce que vous voulez du travail.

Plus un pays vit confortablement, plus il est difficile d'attirer des femmes dans l'IT?

Vandermassen: C'est en tout cas ce que suggèrent les études.

Un secteur dominé par les hommes crée un biais algorithmique ou des produits qui ne sont pas bien prévus pour les femmes. Comment y remédier?

Vandermassen: Il faut d'abord qu'il y ait suffisamment de femmes dans le secteur. Sinon, vous en arrivez à des situations où les produits sont créés dans une optique masculine.

Mais il est également possible de combattre cette situation par d'autres mesures. Veillez à ce que ces produits soient évalués ou testés par des femmes. Dans le cas de l'appli de santé d'Apple, vous ne pouviez pas comme femme indiquer le moment du début de vos règles, alors qu'il s'agit d'un élément particulièrement important pour les femmes. Manifestement, aucune femme n'était présente lors du développement du produit. Pourtant, il est possible d'impliquer plus étroitement les femmes, sans que celles-ci soient informaticiennes.

Quelle est votre position vis-à-vis des quotas? Pas forcément 50/50, mais bien un certain pourcentage de femmes par entreprise?

Vandermassen: Certainement pas dans le secteur IT. Le nombre de femmes diplômées dans le secteur correspond approximativement au nombre de femmes qui y travaillent. Cela prouve que les recrutements sont proportionnels. Où allez-vous les trouver si vous instaurez des quotas? Probablement auprès de personnes qui sont moins intéressées ou sont moins performantes. Dans ce cas, vous allez précisément renforcer les préjugés à l'égard des femmes dans l'IT et donc avoir un effet secondaire très néfaste.

Doit-on continuer à promouvoir les initiatives visant à inciter les jeunes filles à opter pour les STEM?

Vandermassen: J'estime que c'est certainement important, ne serait-ce que pour montrer aux filles que cette option existe. Cela étant, nous misons depuis très longtemps déjà sur ce type de campagnes alors que le rendement est marginal. Reste qu'il est important que la société le fasse.

J'ai ici sous les yeux un ouvrage destiné aux enfants et consacré aux mathématiques sous forme de jeux et de devinettes. Le but est d'inciter les enfants à s'intéresser aux maths, mais je pense qu'il intéressera surtout les enfants déjà attirés par les maths. Quoi qu'il en soit, il y a moyen de rendre les sciences exactes plus attractives pour les filles. Par le biais de jeux et de spectacles comme ceux de Hetty Helsmoortel. Nous n'arriverons pas à une répartition 50/50 dans l'IT, mais j'estime qu'il ne faut pas problématiser le sujet.

Il faut attirer les femmes, sans problématiser la question de l'inégalité au niveau technique?

Vandermassen: Nous devons y mettre les moyens, attirer davantage de femmes, mais pas forcément comme informaticiennes. Une étude a été menée durant 30 ans sur les filles douées en mathématiques et qui étaient conscientes de leurs capacités. Or il est apparu que ces filles étaient également douées sur le plan verbal. Ceci contrairement aux garçons doués en maths. Elles ont donc une palette de carrière nettement plus large que les garçons. Et il est également apparu qu'elles optaient plutôt pour un job plus social, comme avocate, psychologue, journaliste, etc. parce que cela correspond précisément à leur fibre sociale.

On entend souvent dire que si les filles ne s'intéressent pas aux mathématiques, c'est qu'elles n'y sont pas encouragées. Or l'étude montre que les filles savent très bien qu'elles sont douées et sont encouragées, mais qu'elles choisissent finalement autre chose. Il est impossible d'imposer socialement ce type de choix au risque de se montrer très autoritaire.

Indépendamment de la pénurie de personnel dans le secteur IT, faut-il attirer plus de femmes? Notre monde en sera-t-il meilleur à vos yeux? Griet Vandermassen: Pour répondre à cette question, il faut connaître la raison de cette sous-représentation. Supposons que celle-ci soit due à des préjugés contre les femmes ou à de la discrimination dans le secteur. Dans ce cas, il serait intéressant de militer contre ces situations. Mais supposons que les explications soient différentes: alors il faudrait réfléchir autrement. Or les études dans ce domaine sont relativement convaincantes: aux Etats-Unis et en Europe, on constate qu'environ 30% de femmes sont diplômées dans les STEM. Si l'on regarde l'ingénierie, ce pourcentage tombe à 20 ou 25%. Et si l'on observe plus spécifiquement l'IT, on en arrive dans les deux zones à 15 à 18%. Cette situation s'explique essentiellement par deux facteurs. Le premier et probablement le moins important est la différence entre les sexes au niveau des modèles cognitifs. Si l'on compare les garçons et les filles, ceux-ci sont globalement identiques au niveau cognitif, mais lorsque l'on analyse la conscience spatiale visuelle, on constate de grandes différences. Les garçons et les hommes affichent dès l'enfance des scores nettement supérieurs. Il en va de même pour les mathématiques supérieures, ce qui s'applique évidemment dans ce secteur. Par ailleurs, on constate une variabilité masculine plus élevée par rapport aux femmes. Les garçons et les hommes affichent des scores soit extrêmement élevés, soit extrêmement bas dans les capacités spatiales visuelles, dans les compétences en mathématiques supérieures et en intelligence. Ce constat donne déjà à penser que davantage de garçons que de filles opteront pour l'IT. Mais la raison la plus importante est une différence importante et consistante d'intérêts entre les sexes. Cet aspect a déjà été montré au début du 20e siècle et se confirme à chaque fois, même au travers de cultures différentes. Les garçons s'intéressent davantage aux questions techniques et les filles aux interactions entre personnes. C'est d'ailleurs aussi ce que l'on remarque dans d'autres études. Lorsque l'on parle de médecine humaine, de médecine vétérinaire, de biologie, de psychologie, de pédagogie: dans tout ce qui touche aux interactions entre personnes et à la matière vivante, les filles dominent. Et dès que l'on descend vers des disciplines qui concernent les aspects techniques, on retrouve toujours moins de filles et l'IT atteint le score le plus bas. Cela étant, il y a des pays où le pourcentage de filles diplômées dans l'IT est supérieur. C'est ainsi qu'il y a plus de femmes qui apprennent l'IT en Iran qu'en Suède. Cela s'explique-t-il par la possibilité de faire évoluer la société? Vandermassen: C'est en partie une raison. Plus un pays est pauvre, avec moins d'égalité entre genres, plus une femme va choisir une telle option ou être poussée par ses parents dans cette direction. Là où dans les pays plus riches, vous pouvez toujours trouver un autre type d'emploi? Vandermassen: Dans les pays développés et égalitaires en genres comme la Suède, vous avez davantage de liberté de choix. C'est pourquoi le fossé des sexes dans l'ingénierie ou l'IT est précisément plus grand dans les pays scandinaves. En tant que fille, vous avez toutes les chances de pouvoir choisir vos propres centres d'intérêt. Si vous voulez un emploi offrant une certitude financière dans un pays comme l'Algérie, vous avez tout intérêt à opter pour les sciences exactes ou l'IT. Pas précisément parce qu'il s'agit de votre premier choix, mais parce que vous voulez du travail. Plus un pays vit confortablement, plus il est difficile d'attirer des femmes dans l'IT? Vandermassen: C'est en tout cas ce que suggèrent les études. Un secteur dominé par les hommes crée un biais algorithmique ou des produits qui ne sont pas bien prévus pour les femmes. Comment y remédier? Vandermassen: Il faut d'abord qu'il y ait suffisamment de femmes dans le secteur. Sinon, vous en arrivez à des situations où les produits sont créés dans une optique masculine. Mais il est également possible de combattre cette situation par d'autres mesures. Veillez à ce que ces produits soient évalués ou testés par des femmes. Dans le cas de l'appli de santé d'Apple, vous ne pouviez pas comme femme indiquer le moment du début de vos règles, alors qu'il s'agit d'un élément particulièrement important pour les femmes. Manifestement, aucune femme n'était présente lors du développement du produit. Pourtant, il est possible d'impliquer plus étroitement les femmes, sans que celles-ci soient informaticiennes. Quelle est votre position vis-à-vis des quotas? Pas forcément 50/50, mais bien un certain pourcentage de femmes par entreprise? Vandermassen: Certainement pas dans le secteur IT. Le nombre de femmes diplômées dans le secteur correspond approximativement au nombre de femmes qui y travaillent. Cela prouve que les recrutements sont proportionnels. Où allez-vous les trouver si vous instaurez des quotas? Probablement auprès de personnes qui sont moins intéressées ou sont moins performantes. Dans ce cas, vous allez précisément renforcer les préjugés à l'égard des femmes dans l'IT et donc avoir un effet secondaire très néfaste. Doit-on continuer à promouvoir les initiatives visant à inciter les jeunes filles à opter pour les STEM? Vandermassen: J'estime que c'est certainement important, ne serait-ce que pour montrer aux filles que cette option existe. Cela étant, nous misons depuis très longtemps déjà sur ce type de campagnes alors que le rendement est marginal. Reste qu'il est important que la société le fasse. J'ai ici sous les yeux un ouvrage destiné aux enfants et consacré aux mathématiques sous forme de jeux et de devinettes. Le but est d'inciter les enfants à s'intéresser aux maths, mais je pense qu'il intéressera surtout les enfants déjà attirés par les maths. Quoi qu'il en soit, il y a moyen de rendre les sciences exactes plus attractives pour les filles. Par le biais de jeux et de spectacles comme ceux de Hetty Helsmoortel. Nous n'arriverons pas à une répartition 50/50 dans l'IT, mais j'estime qu'il ne faut pas problématiser le sujet. Il faut attirer les femmes, sans problématiser la question de l'inégalité au niveau technique? Vandermassen: Nous devons y mettre les moyens, attirer davantage de femmes, mais pas forcément comme informaticiennes. Une étude a été menée durant 30 ans sur les filles douées en mathématiques et qui étaient conscientes de leurs capacités. Or il est apparu que ces filles étaient également douées sur le plan verbal. Ceci contrairement aux garçons doués en maths. Elles ont donc une palette de carrière nettement plus large que les garçons. Et il est également apparu qu'elles optaient plutôt pour un job plus social, comme avocate, psychologue, journaliste, etc. parce que cela correspond précisément à leur fibre sociale. On entend souvent dire que si les filles ne s'intéressent pas aux mathématiques, c'est qu'elles n'y sont pas encouragées. Or l'étude montre que les filles savent très bien qu'elles sont douées et sont encouragées, mais qu'elles choisissent finalement autre chose. Il est impossible d'imposer socialement ce type de choix au risque de se montrer très autoritaire.