Constat inquiétant posé par la fédération professionnelle Agoria dans le cadre de son étude "La digitalisation et le marché du travail belge - Shaping the future of work" : en l'absence de mesures, 485.000 postes vacants ne seront pas comblés en 2030 en Belgique, tandis que 310.000 travailleurs et demandeurs d'emploi devraient se reconvertir pour trouver un nouvel emploi durable. Et au total, 95 milliards € sont en jeu d'ici 2030, soit 16,5% du PIB.

Au niveau de la Wallonie, pas moins de 152.000 emplois seront non-pourvus à politique inchangée, alors que la Région wallonne recense quelque 200.000 demandeurs d'emploi. Par ailleurs, ce sont 30.000 emplois qui sont actuellement vacants dans l'industrie technologique, dont pas moins de 8.000 experts numériques.

Partenariat

Pour (tenter de) remédier à cette pénurie, les différents acteurs de la formation professionnelle viennent d'unir leurs forces pour proposer tant aux employeurs qu'aux jeunes (qu'il s'agisse de demandeurs d'emploi ou de personnes ayant déjà un emploi) des formations adaptées aux métiers du futur, notamment dans le domaine des technologies, et plus spécifiquement du numérique. "C'est le secteur de l'ICT qui sera l'un des plus touchés par l'augmentation du nombre de postes non pourvus", estime Dominique Demonté, directeur général d'Agoria Wallonie. Mais d'ajouter dans la foulée que "pour 1 emploi perdu, 3,7 nouveaux emplois vont se créer si les compétences nécessaires sont apportées."

Et c'est précisément pour apporter ces compétences qu'un vaste partenariat privé-public se met en place en Wallonie. Sont parties prenantes côté public, outre Agoria et le Forem (et même Actiris à Bruxelles et le VDAB en Flandre), les 5 centres de compétences offrant chacun des spécificités dans le domaine technologique : Technofutur TIC (formation professionnelle en informatique et internet), Technifutur (centre de formation, notamment en IT), Technobel (centre de compétences TIC), TechnocITé (centre de connaissances en ICT et numérique) et Cepegra (formation à l'industrie graphique). De même, des contacts étroits sont entretenus avec l'AdN (Agence du Numérique) et l'UWE (Union Wallonne des Entreprises). Par ailleurs, plusieurs entreprises se sont déjà engagées à collaborer à l'initiative, à savoir NSI, NRB, Atos, CMI, ComputerLand et Prodware. "L'ambition est de construire avec les entreprises un parcours de formation, puis d'inciter les jeunes à se former aux nouveaux métiers du numérique", explique Yves Magnan, directeur général Produits du Forem.

Mesures concrètes

Certes, la Wallonie a déjà entrepris des actions concrètes pour former aux nouveaux métiers du numérique. Ainsi, différentes opérations "Coup de poing pénuries" ont été menées et sont en cours pour former de la main-d'oeuvre sur-mesure dans les emplois en pénurie (88 métiers en Wallonie, dont 4 liés à l'ICT, identifiés par le Forem). "Nous traitons pour l'instant 27 demandes pour 55 entreprises. Et au moins 80% des personnes formées avec succès sont assurées d'être engagées", ajoute Yves Magnan. De son côté, TechnoCampus (spécialisé en formations inter-entreprises) a ciblé l'opération "Coup de poing" sur le métier de concepteur-designeur et vient de terminer sa première session (42 semaines avec 27 modules et un stage de 2 mois en entreprise) avec 9 participants au départ et à l'arrivée. "Avec un stage pour tous et actuellement 6 candidats avec forte probabilité d'un contrat signé", se félicite Alain Stas, directeur Relations Entreprises, Veille et Développement de TechnoCampus.

Dans le cadre d'une action coordonnées par le Forem, Technofutur TIC, TechnoCampus et Agoria lancent en outre une vaste campagne de sensibilisation à travers les réseaux sociaux, dans le but de susciter l'envie de s'engager dans une formation d'avenir.

Enfin, TechnoCampus annonce le lancement prochain d'un Démonstrateur 4.0 (à l'instar de ce que propose déjà Sirris en Flandre), spécifiquement dans le domaine de l'usinage. Et d'autres devraient suivre puisqu'un budget de quelque 3 millions € a été dégagé.