Une arme anti-Huawei réside dans des télécoms open-source pour le gouvernement américain. Fin 2019, le Pentagone annonçait vouloir expérimenter la technologie 5G ouverte et en janvier s'ensuivait une proposition de loi en vue d'injecter plus d'un milliard de dollars dans ce qu'on appelle les technologies 'Open RAN'.

Open RAN (Open Radio Access Networks) est un mouvement qui tente d'ouvrir des parties du réseau télécom et donc de ne pas être dépendant des grands fabricants d'équipement télécom, tels Huawei. Voilà ce qu'on aime entendre aux Etats-Unis, qui craignent que l'équipement des entreprises chinoises comme Huawei les mette sur écoute. Mais même sans la géopolitique, le mouvement prend de l'extension. Facebook supporte par exemple Open RAN avec son Telecom Infra Project, alors que Vodafone veut plus d'open source et que Telefonica expérimente aussi en la matière. Pour ce type d'acteurs, Open RAN représente en effet une façon de comprimer les coûts et de réduire la puissance des grands vendeurs.

Pas seulement Huawei

"Il ne s'agit ici - et de loin - pas uniquement d'Huawei", affirme Frederic Van Durme, CEO d'Accelleran, une startup belge active en Open RAN. "C'est quelque chose qui met sous pression tous les vendeurs traditionnels. On ne peut donc à coup sûr pas réduire le phénomène aux seules Huawei et sécurité nationale."

Open RAN, et plus largement le mouvement open source et open-interface en télécoms, promet en effet de changer complètement le marché télécom. C'est ainsi que les soi-disant vendeurs fabriquent aujourd'hui de l'équipement télécom que les opérateurs utilisent ensuite pour créer nos réseaux mobiles. Ce marché est très concentré et est aux mains de quatre acteurs: le finnois Nokia, le suédois Ericsson et les chinois Huawei et ZTE.

'Les grands vendeurs contrôlent nos systèmes de réseaux actuels tels 3G, 4G et 5G'

"Les grands vendeurs contrôlent nos systèmes de réseaux actuels tels 3G, 4G et 5G", explique Michael Peeters, directeur de la connectivité à l'imec. "Ils développent toute une pile de composants matériels, qui aboutissent dans les stations de base, le coeur de réseau, et les modules radio installés en haut des pylônes. Et le tout fonctionne bien, aussi longtemps que cela provient d'un même vendeur. Les vendeurs génèrent donc une dépendance. Si vous achetez pour une partie de votre réseau un composant chez le vendeur A, il vous sera plus facile d'acquérir d'autres pièces aussi chez ce même vendeur."

Il en résulte une standardisation du système, mais cela a aussi des effets négatifs. "Dans la pratique, cela provoque une diminution des options innovantes", affirme Peeters. "Il n'y a quea quatre à cinq vendeurs, ce qui génère une dépendance et des prix supérieurs pour les opérateurs. Voilà pourquoi il y a à présent un élan à créer des composants open source ou aussi des composants qui offrent une interface ouverte sur toute la ligne et qui s'intègrent donc parfaitement les uns aux autres."

C'est surtout dans l'espace des Radio Access Networks, spécifiquement autour des antennes et des stations de base, que des acteurs tentent de fonctionner avec des composants génériques et des logiciels ouverts pour ainsi briser la prise de pouvoir des grands vendeurs. Et l'entreprise anversoise Accelleran est l'un d'eux. "Nous sommes en réalité un éditeur de logiciels", prétend son CEO Frederic Van Durme. "Nous préparons par exemple des logiciels pour des 'small cells', des petites antennes qui sont importantes pour la 5G. Mais finalement, nous introduisons un état d'esprit ICT, qui est 'cloud-native' et ouvert, dans le secteur télécom."

Mentalité ICT

Open RAN promet donc de faire glisser le marché d'une poignée de grands fabricants télécoms vers un écosystème de plus petits fournisseurs tels Accelleran, allant de pair avec une augmentation de la concurrence et de l'innovation, ainsi que d'une diminution des prix. "Nous migrons d'un marché très concentré et propriétaire vers un marché qui ressemble davantage à l'ICT et au nuage", explique Van Durme. "Et ce faisant, nous voulons d'abord hacher menu le Radio Access Network."

C'est là une position à laquelle se rallient de nombreux acteurs. C'est ainsi que deux initiatives soutiennent le mouvement Open RAN. Il y a d'abord le Telecom Infra Project, supporté par Facebook, et ensuite l'ORAN Alliance, dont sont membres de grands opérateurs comme AT&T, Orange et Deutsche Telekom.

'Nous voulons d'abord hacher menu le Radio Access Network'

"Facebook veut répéter ce qu'elle a fait pour les centres données", signale Peeters. "Précédemment, l'entreprise a déjà lancé l'Open Compute Project en vue de démocratiser les produits pour centres de données. Les coûts de ces derniers et la consommation d'énergie étaient en effet trop élevés pour soutenir leur croissance. C'est pourquoi Facebook a créé un tas de nouveaux produits logiciels et matériels et les a ouverts, afin de mettre en place un écosystème de nouveaux acteurs et de réduire les coûts. Aujourd'hui, elle veut faire pareil avec le secteur télécom. Elle entend connecter la partie de la population mondiale qui ne l'est pas, puisque tout un chacun dans les pays développés utilise par exemple déjà Facebook. Or en réduisant les coûts d'un réseau internet mobile, on stimulera l'utilisation d'internet."

Mature?

Mais ce que les opérateurs et acteurs tels Facebook envisagent surtout comme une façon de faire baisser les coûts, le gouvernement américain le voit aussi comme un outil pour enterrer Huawei. Les Etats-Unis n'ont en effet aucun vendeur propre et voient avec regret Huawei dominer ce marché. Ce qui, selon eux, rend les réseaux télécoms vulnérables à leur rival géopolitique, la Chine. Open RAN représente ainsi une opportunité de concurrencer les vendeurs chinois.

Mais nonobstant cet enthousiasme, il reste encore et toujours la question de savoir si Open RAN réussira vraiment. Des opérateurs se montrent peut-être intéressés, mais ils voient aussi qu'Open RAN n'offre souvent pas la haute qualité des systèmes propriétaires. C'est ainsi que Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgium, affirmait récemment encore qu'Open RAN n'est "pas suffisamment mature" pour offrir vraiment une alternative aux vendeurs tels Huawei.

'La chaîne de valeurs des télécoms est sur le point d'être redessinée'

"Initialement, cela sera surtout utile pour les pays, où les réseaux ne sont pas déployés de manière fortement compétitive, ou pour des réseaux privés dans des usines et des entreprises", ajoute Peeters. "Pour les réseaux télécoms nationaux dans les zones développées, il convient d'attendre encore un peu, car dans des composants ouverts, il manque souvent les tout derniers gadgets des acteurs en vue."

Et il n'est pas sûr qu'Open RAN remplace vraiment les grands vendeurs. "Les grands vendeurs sont évidemment aux prises avec Open RAN", affirme encore Van Durme. "Mais cela ne signifie pas qu'ils l'ignorent. Des acteurs comme Nokia se retrouvent en fait dans l'ORAN Alliance. Et en fin de compte, un écosystème ouvert exigera aussi un 'aggrégateur'. Un rôle que les grands vendeurs peuvent assumer."

Néanmoins, le potentiel disruptif d'Open RAN a le mérite d'exister à présent. "La chaîne de valeurs des télécoms est sur le point d'être redessinée, conclut Van Durme. "Nous allons passer d'une situation de concentration à un état de 'désaggrégation'."

Une arme anti-Huawei réside dans des télécoms open-source pour le gouvernement américain. Fin 2019, le Pentagone annonçait vouloir expérimenter la technologie 5G ouverte et en janvier s'ensuivait une proposition de loi en vue d'injecter plus d'un milliard de dollars dans ce qu'on appelle les technologies 'Open RAN'.Open RAN (Open Radio Access Networks) est un mouvement qui tente d'ouvrir des parties du réseau télécom et donc de ne pas être dépendant des grands fabricants d'équipement télécom, tels Huawei. Voilà ce qu'on aime entendre aux Etats-Unis, qui craignent que l'équipement des entreprises chinoises comme Huawei les mette sur écoute. Mais même sans la géopolitique, le mouvement prend de l'extension. Facebook supporte par exemple Open RAN avec son Telecom Infra Project, alors que Vodafone veut plus d'open source et que Telefonica expérimente aussi en la matière. Pour ce type d'acteurs, Open RAN représente en effet une façon de comprimer les coûts et de réduire la puissance des grands vendeurs.Pas seulement Huawei"Il ne s'agit ici - et de loin - pas uniquement d'Huawei", affirme Frederic Van Durme, CEO d'Accelleran, une startup belge active en Open RAN. "C'est quelque chose qui met sous pression tous les vendeurs traditionnels. On ne peut donc à coup sûr pas réduire le phénomène aux seules Huawei et sécurité nationale."Open RAN, et plus largement le mouvement open source et open-interface en télécoms, promet en effet de changer complètement le marché télécom. C'est ainsi que les soi-disant vendeurs fabriquent aujourd'hui de l'équipement télécom que les opérateurs utilisent ensuite pour créer nos réseaux mobiles. Ce marché est très concentré et est aux mains de quatre acteurs: le finnois Nokia, le suédois Ericsson et les chinois Huawei et ZTE."Les grands vendeurs contrôlent nos systèmes de réseaux actuels tels 3G, 4G et 5G", explique Michael Peeters, directeur de la connectivité à l'imec. "Ils développent toute une pile de composants matériels, qui aboutissent dans les stations de base, le coeur de réseau, et les modules radio installés en haut des pylônes. Et le tout fonctionne bien, aussi longtemps que cela provient d'un même vendeur. Les vendeurs génèrent donc une dépendance. Si vous achetez pour une partie de votre réseau un composant chez le vendeur A, il vous sera plus facile d'acquérir d'autres pièces aussi chez ce même vendeur."Il en résulte une standardisation du système, mais cela a aussi des effets négatifs. "Dans la pratique, cela provoque une diminution des options innovantes", affirme Peeters. "Il n'y a quea quatre à cinq vendeurs, ce qui génère une dépendance et des prix supérieurs pour les opérateurs. Voilà pourquoi il y a à présent un élan à créer des composants open source ou aussi des composants qui offrent une interface ouverte sur toute la ligne et qui s'intègrent donc parfaitement les uns aux autres."C'est surtout dans l'espace des Radio Access Networks, spécifiquement autour des antennes et des stations de base, que des acteurs tentent de fonctionner avec des composants génériques et des logiciels ouverts pour ainsi briser la prise de pouvoir des grands vendeurs. Et l'entreprise anversoise Accelleran est l'un d'eux. "Nous sommes en réalité un éditeur de logiciels", prétend son CEO Frederic Van Durme. "Nous préparons par exemple des logiciels pour des 'small cells', des petites antennes qui sont importantes pour la 5G. Mais finalement, nous introduisons un état d'esprit ICT, qui est 'cloud-native' et ouvert, dans le secteur télécom."Open RAN promet donc de faire glisser le marché d'une poignée de grands fabricants télécoms vers un écosystème de plus petits fournisseurs tels Accelleran, allant de pair avec une augmentation de la concurrence et de l'innovation, ainsi que d'une diminution des prix. "Nous migrons d'un marché très concentré et propriétaire vers un marché qui ressemble davantage à l'ICT et au nuage", explique Van Durme. "Et ce faisant, nous voulons d'abord hacher menu le Radio Access Network."C'est là une position à laquelle se rallient de nombreux acteurs. C'est ainsi que deux initiatives soutiennent le mouvement Open RAN. Il y a d'abord le Telecom Infra Project, supporté par Facebook, et ensuite l'ORAN Alliance, dont sont membres de grands opérateurs comme AT&T, Orange et Deutsche Telekom."Facebook veut répéter ce qu'elle a fait pour les centres données", signale Peeters. "Précédemment, l'entreprise a déjà lancé l'Open Compute Project en vue de démocratiser les produits pour centres de données. Les coûts de ces derniers et la consommation d'énergie étaient en effet trop élevés pour soutenir leur croissance. C'est pourquoi Facebook a créé un tas de nouveaux produits logiciels et matériels et les a ouverts, afin de mettre en place un écosystème de nouveaux acteurs et de réduire les coûts. Aujourd'hui, elle veut faire pareil avec le secteur télécom. Elle entend connecter la partie de la population mondiale qui ne l'est pas, puisque tout un chacun dans les pays développés utilise par exemple déjà Facebook. Or en réduisant les coûts d'un réseau internet mobile, on stimulera l'utilisation d'internet."Mais ce que les opérateurs et acteurs tels Facebook envisagent surtout comme une façon de faire baisser les coûts, le gouvernement américain le voit aussi comme un outil pour enterrer Huawei. Les Etats-Unis n'ont en effet aucun vendeur propre et voient avec regret Huawei dominer ce marché. Ce qui, selon eux, rend les réseaux télécoms vulnérables à leur rival géopolitique, la Chine. Open RAN représente ainsi une opportunité de concurrencer les vendeurs chinois.Mais nonobstant cet enthousiasme, il reste encore et toujours la question de savoir si Open RAN réussira vraiment. Des opérateurs se montrent peut-être intéressés, mais ils voient aussi qu'Open RAN n'offre souvent pas la haute qualité des systèmes propriétaires. C'est ainsi que Michaël Trabbia, CEO d'Orange Belgium, affirmait récemment encore qu'Open RAN n'est "pas suffisamment mature" pour offrir vraiment une alternative aux vendeurs tels Huawei."Initialement, cela sera surtout utile pour les pays, où les réseaux ne sont pas déployés de manière fortement compétitive, ou pour des réseaux privés dans des usines et des entreprises", ajoute Peeters. "Pour les réseaux télécoms nationaux dans les zones développées, il convient d'attendre encore un peu, car dans des composants ouverts, il manque souvent les tout derniers gadgets des acteurs en vue."Et il n'est pas sûr qu'Open RAN remplace vraiment les grands vendeurs. "Les grands vendeurs sont évidemment aux prises avec Open RAN", affirme encore Van Durme. "Mais cela ne signifie pas qu'ils l'ignorent. Des acteurs comme Nokia se retrouvent en fait dans l'ORAN Alliance. Et en fin de compte, un écosystème ouvert exigera aussi un 'aggrégateur'. Un rôle que les grands vendeurs peuvent assumer."Néanmoins, le potentiel disruptif d'Open RAN a le mérite d'exister à présent. "La chaîne de valeurs des télécoms est sur le point d'être redessinée, conclut Van Durme. "Nous allons passer d'une situation de concentration à un état de 'désaggrégation'."