Chaque année, le SMS perd un peu plus de sa popularité. Selon les chiffres de l'Imec, 51 pour cent des Belges ont encore envoyé des SMS quotidiens en 2018, ce qui représente cinq pour cent de moins que l'année précédente. Par contre, 41 pour cent des Belges utilisent déjà journellement WhatsApp, en hausse de 10 pour cent. L'appli de clavardage (chat) n'a ainsi pas encore rattrapé l'usage quotidien du SMS, mais l'évolution est claire. Les fournisseurs télécoms gagnent davantage en vendant des packs pour l'internet mobile que des packs SMS qu'ils offrent généralement gratuitement.

En réaction, le secteur télécom est occupé depuis un peu moins de dix ans à développer RCS, l'acronyme de 'Rich Communication Services', à savoir un protocole de communication destiné à remplacer le SMS via une plate-forme de messagerie plus riche de type WhatsApp. Le fait qu'on n'y soit pas encore parvenu, est dû notamment à une discordance entre les initiateurs à propos de la forme de cette norme de messagerie.

A un moment donné, les choses semblèrent pourtant s'arranger, lorsque Google s'en mêla soudainement. Mais après une série de tentatives infructueuses (Google Talk, Hangouts, Allo, Duo) en vue de faire décoller sa propre appli de messagerie, l'entreprise technologique misa à fond sur un service de messagerie dans Android sur la base de la norme RCS. Google tenta dans ce but l'année dernière de mettre d'accord 55 opérateurs télécoms.

Les opérateurs télécoms belges eux aussi se montrèrent intéressés, mais sans engagement concret. "Ce sera au plus tôt pour mi-2019", déclara-t-on du côté de Telenet.

Google prend les choses en main

Depuis lors, ce fut le silence radio. Google en eut assez des atermoiements des opérateurs télécoms. La firme technologique décida alors de déployer seule un service compatible RCS dans l'appli SMS existante d'Android. Avec ce service 'Over The Top' (OTT), Google fait fi des opérateurs télécoms. Le service sera disponible ce mois-ci encore (en tant qu'opt-in) pour les utilisateurs Android en France et en Grande-Bretagne. D'autres pays devraient suivre ultérieurement, selon The Verge.

L'initiative de Google est une bonne chose pour l'utilisateur télécom belge, car le service de messagerie RCS sera désormais disponible plus rapidement au niveau national.

"Google met la pression sur les opérateurs pour accélérer le déploiement de RCS dans tous les pays", réagit Michaël Peeters, directeur de l'innovation chez Orange. "Pour l'utilisateur télécom belge, c'est une bonne affaire en fait, car le service de messagerie RCS sera désormais disponible plus rapidement au niveau national."

"Jusqu'à présent, certains pays étaient aux prises avec le problème que deux des trois opérateurs sur le marché avaient bien implémenté RCS, mais le troisième pas (encore). Il en résultait que le service sur Andoid n'était pas encore disponible pour tous les utilisateurs. Son adoption restait par conséquent faible. En proposant à présent aussi RCS sous la forme d'un service OTT aux utilisateurs du troisième réseau, le service devient disponible pour tout le monde à l'échelle nationale", explique Peeters.

La manoeuvre de Google ne signifie pas que la collaboration avec les opérateurs télécoms est tombée à l'eau ou que ceux-ci ont perdu tout intérêt dans la technologie, selon Peeters: "Au contraire. Le projet d'Orange Belgique de lancer le service RCS d'ici fin 2019, début 2020 en Belgique se poursuit invariablement. Nous allons lancer RCS comme un service carrier ('operator owned') et pas comme un service OTT Google. Nous le ferons de préférence conjointement avec les autres opérateurs, afin d'atteindre ainsi rapidement une couverture nationale pour RCS en Belgique. L'intention de Google de proposer quand même RCS en service OTT en cas d'absence d'un accord mutuel entre les opérateurs, ne fera qu'aider à lancer le service avec succès."

Telenet/BASE lancera aussi un service RCS "probablement début de l'année prochaine". "Le projet a subi un peu de retard, mais nous y croyons encore et toujours", apprend-on.

De son côté, Proximus réagit de manière plus prudente. L'entreprise télécom veut d'abord attendre l'évolution du marché dans les pays voisins. "Nous continuons d'analyser les exigences techniques et légales pour une mise en oeuvre réussie de RCS. Lors de cette analyse, nous tenons compte des récents changements dans l'approche de RCS de la part de Google", déclare le porte-parole de Proximus.

RCS deviendra-t-il le 'tueur' de WhatsApp ou son implémentation arrive-t-elle cinq ans trop tard?

Quoi qu'il en soit, la question est de savoir si l'implémentation de la norme RCS n'arrive pas trop tard, à présent que WhatsApp et d'autres applis de messagerie sont entrées dans les moeurs. Certains experts estiment que le système n'avait une chance de réussir que s'il était arrivé il y a cinq ans.

Le grand atout de RCS repose en tout cas dans son universalité: il est possible en effet d'envoyer un message, un GIF ou une photo au numéro de téléphone de quelqu'un, sans que le destinataire ait dû installer une appli spécifique sur son appareil. Il se fait par contre que Facebook prépare entre-temps aussi une intégration de WhatsApp, Messenger et Instagram, afin qu'un message puisse être envoyé ou lu via n'importe laquelle de ces trois applis.

De plus, Facebook entend introduire par défaut le cryptage bout-à-bout dans tous ses services de messagerie. Ce cryptage est depuis quelque temps déjà incorporé à WhatsApp et veille à ce que personne ne puisse lire en catimini le contenu de messages. Pour sa part, RCS ne supporte pas ce cryptage bout-à-bout. Pour quiconque est soucieux de sa confidentialité, c'est un gros problème. Même si Google déclare à The Verge qu'elle prépare une solution en la matière aussi.