TikTok, une appli qui compte un demi-milliard d'utilisateurs environ dans le monde, est surtout populaire chez les jeunes. Les utilisateurs placent de brefs clips vidéo sur la plate-forme, qui constitue ainsi un terreau fertile pour toutes sortes de 'mèmes'. L'actuelle TikTok est le résultat de la fusion de Musical.ly, une autre plate-forme de vidéos populaire, et de l'appli de Bytedance, qui a racheté Musical.ly en 2017.

La plate-forme en croissance rapide préoccupe cependant pas mal de politiciens. En partie parce qu'elle cible les jeunes. Plus tôt cette année, Musical.ly s'est vu par exemple infliger une amende de la part du contrôleur américain du commerce FTC, pour avoir publié sciemment des vidéos d'utilisateurs trop jeunes (l'âge minimum pour l'appli est de 13 ans). La plate-forme avait pour cela dû payer 5,7 millions de dollars. Cette même affaire avait du reste provoqué le bannissement de l'appli en Inde.

Censure et chantage

Et puis il y a bien sûr aussi tout le... problème posé par une entreprise chinoise. Les hommes/femmes politiques américains se font en effet publiquement du souci à propos des liens possibles entre Bytedance et les autorités chinoises, comme c'est aussi le cas d'autres entreprises de ce pays. Chez TikTok, la préoccupation américaine porte sur la censure et les données des utilisateurs.

C'est ainsi que des collaborateurs américains de TikTok déclarent au journal The Washington Post qu'ils voient souvent leurs collègues chinois supprimer des vidéos, qui respectent pourtant officiellement les règles en vigueur. Il s'agit par exemple de personnes qui s'embrassent, de danses par trop suggestives, voire de déclarations politiques. Les vidéos liées aux manifestations à Hong Kong disparaîtraient elles aussi rapidement de la plate-forme. Ce conflit opposant le gouvernement en place soumis à la Chine et les manifestants qui exigent plus de démocratie, est particulièrement sensible en Chine.

Ce qui est étonnant ici, c'est que Bytedance a une appli soeur chinoise de TikTok, appelée Douyin. Cette dernière tourne sur un réseau séparé et est entièrement conforme aux règles de censure chinoises. Le fait que sa version 'internationale' soit solidement limitée, y fait cependant froncer les sourcils.

Et enfin, il y a encore les données des utilisateurs. La Chine exigerait des entreprises de médias sociaux dans le pays qu'elle ait accès aux informations des utilisateurs. Bytedance a déjà réagi en déclarant que les utilisateurs des autres pays que la Chine dépendent d'un serveur séparé. Leurs données ne seraient donc pas partagées avec les autorités chinoises.

Qu'est-ce que cela pourrait signifier pour TikTok?

Outre un avertissement clair lancé aux entreprises chinoises, qui tentent de pénétrer sur le marché américain, l'enquête pourrait aussi représenter un sérieux coup dur pour Bytedance même.

L'enquête a été initiée par le CFIUS, un comité chargé de contrôler la sécurité nationale américaine. Cet organe s'occupe principalement de fusions et de rachats, et examine ces dernières années aussi les rapprochements, par lesquels les données de citoyens peuvent tomber entre les mains d'autorités étrangères. Il a ordonné par exemple à Kunlun Tech Co, une entreprise chinoise qui avait plus tôt cette année racheté l'appli de rencontres Grindr, de la revendre, parce que cette appli contenait nettement trop d'informations sensibles. Grindr est surtout populaire auprès des utilisateurs lgbt+ (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), et ses données pourraient, selon le CFIUS, être utilisées à des fins de chantage.

Si le CFIUS décide que TikTok représente un danger, plusieurs réactions sont envisageables. L'appli pourrait être bloquée dans le pays, où elle compte actuellement 26,5 millions d'utilisateurs. Bytedance pourrait aussi être sommée de revendre TikTok ou d'en faire une entreprise séparée, indépendante de ses propriétaires chinois.