Les cinq différentiateurs, selon Gartner

07/12/18 à 14:00 - Mise à jour à 06/12/18 à 14:44

Source: Datanews

Continuer d'améliorer le contenu, tout en se focalisant sur cinq points spécifiques. Tel est le message transmis par Gartner aux CIO présents lors de son symposium, au cours duquel le port d'Anvers a été loué pour son approche numérique.

Les cinq différentiateurs, selon Gartner

© iStockphoto

C'est sous le dénominateur 'ContinuousNEXT' que Gartner lance sa toute nouvelle tendance. Il y a quelques années, on en était encore à l'IT bimodale, alors que l'an dernier, le leitmotiv était la plate-forme numérique intégrée. Aujourd'hui, il est pleinement question d'utiliser la numérisation pour amener rapidement de nouvelles choses sur le marché, d'avantager son organisation et d'être costaud numériquement.

L'accent est mis ici sur cinq éléments: respect de la vie privée, intelligence augmentée, culture (d'entreprise), gestion des produits numériques et 'digital twin' (jumeau numérique) de l'organisation, mais chacun de ces domaines mérite de plus amples explications.

Les cinq différentiateurs, selon Gartner

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Respect de la vie privée

S'il s'agit de productivité et de numérisation, on ne voit pas directement ce que la notion de 'privacy' vient y faire, mais Gartner insiste néanmoins sur son importance. "Quiconque néglige le respect de la vie privée, met toute sa transformation numérique en danger", déclare Mike Harris, executive vicepresident & hoofd research du cabinet d'analystes.

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"Quiconque néglige le respect de la vie privée, met toute sa transformation numérique en danger."

"L'opinion publique à propos du respect de la vie privée a changé: les consommateurs sont sceptiques, ils ne sont plus prêts à renoncer à leur quiétude et à leur sécurité au profit d'une plus grande facilité d'emploi. Un problème de 'privacy' a même engendré l'arrêt de Google+." Il nous faut cependant apporter ici la nuance, selon laquelle Google+ était par définition dans le coma depuis quelques années déjà et que la fuite de données lui fut fatale.

Mais il ne s'agit pas seulement de ce que veut le consommateur. "Ne le faites pas uniquement pour faire plaisir à vos utilisateurs. Il faut protéger le respect de la vie privée, afin de limiter le risque. Si vous êtes actif dans plusieurs pays, adaptez votre façon de faire à chacun d'eux."

Selon Gartner, l'arrivée du GDPR a veillé à ce que le respect de la vie privée devienne aujourd'hui un sujet abordé au sein du conseil d'administration. "En tant que CIO, vous êtes mandaté pour protéger les données de votre personnel, de votre clientèle ou des citoyens en général. Cela signifie aussi que vous devez vous assurer que des individus n'exercent pas un contrôle sur ces données." En même temps, le respect de la vie privée est indispensable pour disposer d'une connexion numérique fiable avec le client ou l'utilisateur.

Respect de la vie privée chez soi vs sur le lieu de travail

Même si le respect de la vie privée est placé sur un piédestal chez Gartner, la notion mérite certaines nuances dans la pratique. Comment combiner en effet une focalisation sur cette notion avec des éléments tels le 'digital twin', où la productivité et les déplacements du personnel sont aussi cartographiés.

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"Il y aura une différence entre le respect de la vie privée chez soi et au travail."

"Il y aura une différence entre le respect de la vie privée chez soi et au travail. Tel va être assurément le cas, et l'autorisation sera un défi, mais les gens vont prendre conscience qu'ils sont contrôlés sur le lieu de travail. Je m'attends donc à une opposition, mais aussi à ce que des personnes l'acceptent à terme. Si l'on veut un 'digital twin', il y aura des gens qui porteront des capteurs sur certains lieux de travail ou interagiront avec eux."

Intelligence augmentée

Gartner pense que cette tendance va succéder à l'intelligence artificielle (AI), même s'il s'agira de systèmes AI qui modifieront le lieu de travail. De robots qui exécuteront votre travail ou le supporteront.

Les cinq différentiateurs, selon Gartner

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Gartner se montre cependant optimiste à l'égard des travailleurs. "Dans les entreprises qui doivent encore se lancer dans l'AI, 77 pour cent s'attendent à la disparition de nombreux emplois. Et dans celles qui sont déjà occupées, seuls 16 pour cent déclarent que des postes de travail ont été supprimés. 26 pour cent évoquent même une augmentation, alors que 57 pour cent n'enregistrent aucun changement au niveau du personnel", affirme Harris.

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"On ne pourra pas transformer un mineur de fond en un expert en données. Mais on a besoin de l'un et de l'autre pour former des machines."

Le cabinet d'analystes s'attend à ce que ce soient surtout les jobs lassants qui disparaissent au profit d'emplois plus valorisants. Et de citer en exemple Infosys, où neuf mille collaborateurs ont été recyclés pour les rendre 'digitally fluent' (numériquement compétents). Il faut aussi voir la réalité en face. "On ne pourra pas transformer un mineur de fond en un expert en données", explique Daryl Plummer, research vicepresident chez Gartner. "Mais on a besoin de l'un et de l'autre pour former des machines. C'est le genre d'emploi qui va apparaître dans les années à venir."

Culture

Tout comme le respect de la vie privée, la culture (d'entreprise) représente un cas à part dans l'évolution technologique. Mais selon Gartner, 46 pour cent des CIO interrogés au niveau mondial indiquent que la culture d'entreprise constitue le principal obstacle sur la route de la numérisation. Changer cette culture est en effet un travail de longue haleine et nécessite des projets à long terme, mais avec ce genre de 'culture hacks' comme on les appelle, il est possible de provoquer plus rapidement ce changement.

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46 pour cent des CIO considèrent la culture d'entreprise comme l'obstacle majeur sur la route de la numérisation.

"Les gens peuvent à coup sûr s'adapter. Voyez ces hacks qu'on introduit aisément, mais qui sont aussi très visibles", explique Jenny Sussin, managing vicepresident chez Gartner. Et de citer en exemple une entreprise suédoise, où le CEO prend chaque semaine le temps de remercier personnellement plusieurs employés (et de leur offrir un petit gâteau) pour ce qu'ils font spécifiquement pour l'entreprise. Mais aussi ce qu'on appelle en jargon un cycle décisionnel de 48 heures. Décider rapidement, afin d'avancer tout aussi vite. "Ici, c'est le patron qui distribuait les points: deux pour une bonne décision et un pour une mauvaise. Car même s'il s'avère par la suite que la décision était mauvaise, cela fait quand même avancer l'organisation." Une autre méthode consiste à responsabiliser directement quelqu'un qui a une bonne idée, afin qu'il la développe plus avant. "Il faut en faire le CEO de son idée."

Les cinq différentiateurs, selon Gartner

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L'objectif final est une 'culture of yes' (culture du oui). Sussin: "Quelque chose qui s'avère trop complexe, va souvent de pair avec 'non' ou 'non car...', mais jamais avec 'non, à moins que...'. C'est cependant à quoi il nous faut aspirer. Les gens doivent avoir la possibilité d'être créatifs, pour réaliser quand même des choses. Par des 'culture hacks', on ne va pas subitement enregistrer soudainement trente pour cent de chiffre d'affaires en plus. Mais cela peut inspirer des gens à faire quelque chose et, avec cet état d'esprit, à en faire plus à terme."

Gestion des produits numériques

Passons de la gestion des projets à plus de gestion des produits, qui ont à tout le moins des fondements numériques. L'exemple type ici, c'est Apple qui opère aujourd'hui dans les soins de santé avec son Apple Watch. Mais aussi l'entreprise technologique Tesla que l'on retrouve dans la construction automobile.

"On ne réussit certes pas dans tout ce qu'on entreprend, mais l'avantage d'une gestion de produits numériques, c'est que chaque produit peut rapidement s'avérer un échec et peut donc aussi évoluer ou s'améliorer rapidement", prétend Andy Kyte, lui aussi research vicepresident chez Gartner. "Nous allons vers un monde, où les 'devops' fourniront des mises à jour chaque jour, voire chaque heure. Contrairement à la gestion des projets, l'accent est ici mis sur le produit lui-même. Un projet fournit des outils, alors qu'un produit fournit une expérience globale."

Kyte reconnaît toutefois que cela peut parfois être confus: "C'est un champ de mines sémantique. On trouve par exemple des produits IT qui supportent d'autres produits dans le métier. Mais en général, on observe que de grandes entreprises migrent de structures de gestion fonctionnelles en structures de gestion de produits.

Au sein du département IT, on voit aujourd'hui aussi des déploiements nettement plus rapides. Avant, on avait à faire avec de vastes systèmes monolithiques auxquels on consacrait des années de travail. Aujourd'hui, il est question de développer et de fournir rapidement. Une évolution vers un train de versions qui débute par un produit viable minimal qui reçoit en continu des mises à jour et pour lequel l'IT reçoit directement un feedback."

'Digital Twin'

S'occuper de son organisation physique, de ses processus et de ce que font ses collaborateurs exige une réplique numérique. Comme exemple classique, Gartner évoque les moteurs d'avion, dont le fonctionnement est simulé depuis des décennies déjà, afin de prévoir les problèmes ou de tester des solutions.

"Mais cela ne s'arrête pas là, car cela s'étend à toute l'organisation. Il faut contrôler comment les gens travaillent, quels systèmes et processus ils utilisent et comment se déroule le passage d'un département à l'autre. En quelque sorte un miroir organisationnel", affirme Kyte. L'acronyme que Gartner utilise dans ce cas, n'est autre que DTO, à savoir le Digital Twin of your Organization (jumeau numérique de votre organisation).

Les cinq différentiateurs, selon Gartner

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Le port d'Anvers en tête

Existe-t-il donc déjà beaucoup d'organisations à disposer de ce genre de DTO? "Très peu", réagit Darryl Plummer. "Il n'est pas uniquement question de 'data mining' (extraction de données), mais il faut aussi être connecté, offrir des simulations et travailler en temps réel. Il n'y en a donc guère, largement en-dessous des dix pour cent, selon nos estimations."

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Devant un public de sept mille personnes, Gartner cite le port d'Anvers comme un exemple d'école d'une organisation ayant un jumeau numérique.

Et qui l'est donc? Port of Antwerp. Devant un public de sept mille personnes, Gartner cite le port d'Anvers comme un exemple d'école d'une organisation ayant un jumeau numérique: la direction du vent est contrôlée, des capteurs détectent les navires proches et transfèrent ces données en temps réel. Les problèmes sont découverts de manière précoce et solutionnés.

Plummer: "Des tâches complexes sont ici regroupées, et un changement à un endroit provoque des ajustements ailleurs. Le port d'Anvers peut ainsi faire oeuvre de simplification et aussi mieux collaborer avec les autorités locales." Le CIO de Port of Antwerp est du reste Erwin Verstraelen, élu CIO of the Year par Data News.

Ce genre de réplique numérique n'est pas quelque chose qu'on peut acheter 'as a service' ou sous forme de progiciel global et utiliser directement. "Avancez progressivement", conseille Gartner. Commencer modestement pour mieux grandir. C'est ainsi que Siemens entama un projet-pilote avec jumeau numérique d'un processus 'order-to-cash'. Une fois réussi, le projet fut appliqué en 90 endroits dans le monde. Entre-temps, l'entreprise a pu se rendre compte du nombre d'interventions humaines inutiles et ce, grâce à ses processus numériques. Jamais avant, elle n'avait pu s'en rende compte."

Ce projet alla du reste aussi de pair avec une nouvelle plate-forme sociale pour 1.800 personnes impliquées au niveau mondial dans ce processus 'order-to-cash'. Elles furent également invitées à améliorer le processus. Comme approche de ce dernier, Gartner recommande la démarche 'shape, shift, share', à savoir modéliser les processus, assurer la transition vers le nouveau modèle et partager ce dernier à travers toute l'organisation.

"Plummer: "On ne peut du reste pas garantir que les données dans votre jumeau numérique soient précises. Mais vous pouvez en tout cas faire en sorte d'y arriver et d'améliorer le processus. Vous allez échouer l'une ou l'autre fois, mais vite, car dans ce cas, vous pourrez éliminer et améliorer."

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