Des milliers d'Afghans, qui tentent de mettre les membres de leur famille en sécurité, après que les Talibans aient repris le pouvoir dans leur pays, ont un souci supplémentaire: leur historique numérique et les bases de données biométriques récemment créées pourraient servir pour les détecter et les arrêter.

Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a mis en garde contre les restrictions 'préoccupantes' des droits de l'homme et contre les injustices faites aux jeunes filles et aux femmes. Chez Amnesty International, on déclarait lundi que des milliers d'Afghans - parmi lesquels des académiciens, des journalistes et des activistes - courent 'de graves risques de représailles de la part des Talibans', malgré les paroles apaisantes tenues par le groupe fondamentaliste.

Numérisation et biométrie

Ces dernières années, le gouvernement d'Ashraf Ghani a fait en sorte de numériser diverses bases de données dans le pays. Il a également introduit les cartes d'identité numériques et les données biométriques permettant à la population de voter.

Des activistes préviennent à présent que ces technologies peuvent être utilisées pour détecter et cibler des groupes vulnérables. 'Nous comprenons que les Talibans auront désormais probablement accès aux différentes bases de données biométriques et à l'équipement présent en Afghanistan', a annoncé l'ONG Human Rights First lundi sur Twitter.

'Cette technologie intègre probablement un accès à une base de données à empreintes digitales et à scans de l'iris, ainsi que la technique de la reconnaissance faciale.' Le groupe américain des droits de l'homme a élaboré par conséquent une version en farsi de sa notice 'Comment connaître son historique numérique'. Ce document avait été publié l'année dernière pour les activistes présents à Hong Kong. En même temps, le groupe a aussi publié un nouveau guide sur la façon d'éviter la biométrie.

Regarder le sol

Selon le guide, on peut ainsi échapper à la reconnaissance facile en regardant le sol, en portant des vêtements qui cachent des traits du visage, ou en appliquant plusieurs couches de fonds de teint. Les scans digitaux et de l'iris sont cependant difficiles à contourner. 'Avec ce genre de données, il est nettement plus malaisé pour les Afghans de dissimuler leur identité ou celle des membres de leur famille. En outre, ces données peuvent également être utilisées pour passer en revue les contacts et le réseau d'une personne', déclare Welton Chang, Chief Technology chez Human Rights First.

'Elles peuvent également être utilisées pour introduire un nouveau système de classes. Les bio-données de postulants peuvent être comparées à la base de données. Il est dès lors possible de refuser un emploi sur base des connexions de quelqu'un avec le précédent gouvernement ou avec les services de sécurité', ajoute-t-il encore. Dans le 'pire scénario', les nouveaux dirigeants exploiteront les données pour viser tout un chacun qui était impliqué dans le précédent régime ou au sein d'une organisation internationale.

Perquisitions

Il y a cinq ans déjà, les Talibans avaient abusé des systèmes biométriques du gouvernement pour cibler des membres des services de sécurité, en comparant leurs empreintes digitales avec une base de données, comme il ressortait de messages locaux. Lundi, soit quelques heures après que les Talibans aient pénétré dans la capitale Kaboul, il y avait déjà des signaux, selon lesquels ce scénario était en train de se répéter.

'Les Talibans ont commencé à effectuer des perquisitions à la recherche de fonctionnaires gouvernementaux, d'ex-membres des troupes de sécurité et de personnes qui travaillaient pour des organisations non-marchandes étrangères en Afghanistan', selon un utilisateur de Twitter qui s'appelle Mustafa lundi. Les demeures de journalistes ont également été fouillées, selon la même source. Dans un message privé, un habitant de Kaboul a déclaré qu'il avait entendu parler de perquisitions et que les militants islamistes utilisaient pour ce faire un 'appareil biométrique'. Les Talibans ont affirmé dans un communiqué qu'ils 'garantissent à tous les citoyens qu'ils protégeront, comme toujours, leur vie, leurs biens et leur honneur et qu'ils créeront un environnement pacifique et sûr pour leur chère nation.'

Mal protégé

Mais des groupes de défense des droits numériques reçoivent en ce moment un 'nombre substantiel' de demandes d'organisations sur le terrain et d'activistes en vue de protéger leur présence numérique, selon Raman Jit Singh Chima, directeur stratégique Asie-Pacifique chez Access Now.

'Nous nous faisons aussi beaucoup de soucis à propos des bases de données qui sont conservées par des organismes d'aide et d'autres groupes, et nous sommes inquiets à propos du fait qu'on ignore si des mesures sont prises en vue de supprimer des informations susceptibles d'être utilisées pour cibler des gens', poursuit l'expert en cyber-sécurité. Les cartes d'identité numériques, appelées là-bas tazkira, peuvent exposer certains groupes ethniques à des dangers, prévient-il.

Les entreprises télécoms disposent en outre d'un 'ensemble d'informations' qui peuvent être exploitées pour détecter des personnes. La responsabilité de sécuriser les bases de données incombait en fin de compte au gouvernement afghan, selon Chang, même si les troupes américaines et leurs alliés ont probablement joué un rôle dans 'la conception des systèmes de données et ont aidé à leur implémentation.'

'Lors du développement, de la maintenance et du transfert du système, on a probablement trop peu tenu compte des évaluations de risque et de la façon d'éviter les abus', poursuit-il. Entre-temps, les Afghans font ce qu'ils peuvent pour effacer leurs traces numériques. Les jeunes et les hommes 'compulsent avec acharnement leur smartphone, afin d'en supprimer les messages qu'ils ont envoyés, la musique qu'ils ont écoutée et les photos qu'ils ont réalisées', écrivait Sana Safi, reporter à la BBC, dimanche sur Twitter.

Source: IPS

Cet article est paru initialement chez IPS-partner Thomson Reuters Foundation.

Des milliers d'Afghans, qui tentent de mettre les membres de leur famille en sécurité, après que les Talibans aient repris le pouvoir dans leur pays, ont un souci supplémentaire: leur historique numérique et les bases de données biométriques récemment créées pourraient servir pour les détecter et les arrêter.Le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres, a mis en garde contre les restrictions 'préoccupantes' des droits de l'homme et contre les injustices faites aux jeunes filles et aux femmes. Chez Amnesty International, on déclarait lundi que des milliers d'Afghans - parmi lesquels des académiciens, des journalistes et des activistes - courent 'de graves risques de représailles de la part des Talibans', malgré les paroles apaisantes tenues par le groupe fondamentaliste.Ces dernières années, le gouvernement d'Ashraf Ghani a fait en sorte de numériser diverses bases de données dans le pays. Il a également introduit les cartes d'identité numériques et les données biométriques permettant à la population de voter.Des activistes préviennent à présent que ces technologies peuvent être utilisées pour détecter et cibler des groupes vulnérables. 'Nous comprenons que les Talibans auront désormais probablement accès aux différentes bases de données biométriques et à l'équipement présent en Afghanistan', a annoncé l'ONG Human Rights First lundi sur Twitter.'Cette technologie intègre probablement un accès à une base de données à empreintes digitales et à scans de l'iris, ainsi que la technique de la reconnaissance faciale.' Le groupe américain des droits de l'homme a élaboré par conséquent une version en farsi de sa notice 'Comment connaître son historique numérique'. Ce document avait été publié l'année dernière pour les activistes présents à Hong Kong. En même temps, le groupe a aussi publié un nouveau guide sur la façon d'éviter la biométrie.Selon le guide, on peut ainsi échapper à la reconnaissance facile en regardant le sol, en portant des vêtements qui cachent des traits du visage, ou en appliquant plusieurs couches de fonds de teint. Les scans digitaux et de l'iris sont cependant difficiles à contourner. 'Avec ce genre de données, il est nettement plus malaisé pour les Afghans de dissimuler leur identité ou celle des membres de leur famille. En outre, ces données peuvent également être utilisées pour passer en revue les contacts et le réseau d'une personne', déclare Welton Chang, Chief Technology chez Human Rights First.'Elles peuvent également être utilisées pour introduire un nouveau système de classes. Les bio-données de postulants peuvent être comparées à la base de données. Il est dès lors possible de refuser un emploi sur base des connexions de quelqu'un avec le précédent gouvernement ou avec les services de sécurité', ajoute-t-il encore. Dans le 'pire scénario', les nouveaux dirigeants exploiteront les données pour viser tout un chacun qui était impliqué dans le précédent régime ou au sein d'une organisation internationale.Il y a cinq ans déjà, les Talibans avaient abusé des systèmes biométriques du gouvernement pour cibler des membres des services de sécurité, en comparant leurs empreintes digitales avec une base de données, comme il ressortait de messages locaux. Lundi, soit quelques heures après que les Talibans aient pénétré dans la capitale Kaboul, il y avait déjà des signaux, selon lesquels ce scénario était en train de se répéter.'Les Talibans ont commencé à effectuer des perquisitions à la recherche de fonctionnaires gouvernementaux, d'ex-membres des troupes de sécurité et de personnes qui travaillaient pour des organisations non-marchandes étrangères en Afghanistan', selon un utilisateur de Twitter qui s'appelle Mustafa lundi. Les demeures de journalistes ont également été fouillées, selon la même source. Dans un message privé, un habitant de Kaboul a déclaré qu'il avait entendu parler de perquisitions et que les militants islamistes utilisaient pour ce faire un 'appareil biométrique'. Les Talibans ont affirmé dans un communiqué qu'ils 'garantissent à tous les citoyens qu'ils protégeront, comme toujours, leur vie, leurs biens et leur honneur et qu'ils créeront un environnement pacifique et sûr pour leur chère nation.'Mais des groupes de défense des droits numériques reçoivent en ce moment un 'nombre substantiel' de demandes d'organisations sur le terrain et d'activistes en vue de protéger leur présence numérique, selon Raman Jit Singh Chima, directeur stratégique Asie-Pacifique chez Access Now.'Nous nous faisons aussi beaucoup de soucis à propos des bases de données qui sont conservées par des organismes d'aide et d'autres groupes, et nous sommes inquiets à propos du fait qu'on ignore si des mesures sont prises en vue de supprimer des informations susceptibles d'être utilisées pour cibler des gens', poursuit l'expert en cyber-sécurité. Les cartes d'identité numériques, appelées là-bas tazkira, peuvent exposer certains groupes ethniques à des dangers, prévient-il.Les entreprises télécoms disposent en outre d'un 'ensemble d'informations' qui peuvent être exploitées pour détecter des personnes. La responsabilité de sécuriser les bases de données incombait en fin de compte au gouvernement afghan, selon Chang, même si les troupes américaines et leurs alliés ont probablement joué un rôle dans 'la conception des systèmes de données et ont aidé à leur implémentation.''Lors du développement, de la maintenance et du transfert du système, on a probablement trop peu tenu compte des évaluations de risque et de la façon d'éviter les abus', poursuit-il. Entre-temps, les Afghans font ce qu'ils peuvent pour effacer leurs traces numériques. Les jeunes et les hommes 'compulsent avec acharnement leur smartphone, afin d'en supprimer les messages qu'ils ont envoyés, la musique qu'ils ont écoutée et les photos qu'ils ont réalisées', écrivait Sana Safi, reporter à la BBC, dimanche sur Twitter.Source: IPSCet article est paru initialement chez IPS-partner Thomson Reuters Foundation.