En général, les actionnaires des grandes entreprises, surtout celles qui sont aussi rentables qu'Amazon, font peu parler d'eux. Cette année cependant, un nombre étonnamment grand de résolutions ont été transmises pour la réunion générale des actionnaires. Neuf des douze résolutions qui ont été introduites cette année, l'ont été par l'Interfaith Center on Corporate Responsibility, un groupe de 300 investisseurs activistes. D'autres résolutions encore ont été transmises par des employés, qui sont souvent aussi des actionnaires.

Une importante pomme de discorde est représentée par le logiciel Rekognition. Il s'agit là du logiciel de reconnaissance faciale qu'Amazon vend notamment aux services de police et aux autorités, dont les services de douane et d'immigration. Deux des douze résolutions sur la table portent sur ce logiciel. La crainte existe que l'AI se montre partiale vis-à-vis des femmes et des minorités, ce qui pourrait alors en faire des cibles injustifiées. Il y a aussi la question de savoir si Amazon participe ainsi à une surveillance massive des citoyens.

Les actionnaires demandent depuis assez longtemps déjà d'avoir leur mot à dire ou qu'il y ait plus de transparence au niveau des accords conclus par Amazon. En janvier déjà, une proposition avait été lancée en vue de stopper la livraison du logiciel de reconnaissance faciale aux services de police. En permettant aux actionnaires de voter lors de la réunion générale, les investisseurs veulent durcir leur position. Amazon a déjà tenté de bloquer plusieurs de ces votes, mais elle doit à présent le permettre sur injonction du contrôleur américain SEC.

Deux résolutions à propos de Rekognition sont donc soumises au vote. Il s'agit d'abord de savoir si Amazon peut fournir le logiciel aux services de sécurité. La seconde résolution demande d'effectuer une étude indépendante qui doit examiner si la technologie enfreint les droits de l'homme. Le vote ne sera pas contraignant.

Ces propositions arrivent à un moment, où le gouvernement américain assouplit son contrôle sur les grandes entreprises au niveau de la confidentialité et du climat, mais où les employés et les investisseurs veulent se faire davantage entendre. Chez les géants technologiques se pose toujours plus souvent la question de faire preuve de davantage de transparence avec certaines technologies. C'est ainsi que les employés de Microsoft ont par exemple déjà protesté contre la collaboration de leur entreprise avec le service d'immigration américain ICE, alors que ceux de Google ont remis en cause - avec succès - un accord conclu entre leur firme et le ministère américain de la défense.