Toutes les start-up technologiques de la Silicon Valley n'occupent pas forcément des bâtiments futuristes, comme le prouve Frame qui s'est installée dans une partie de l'ancien bureau de poste de San Mateo, à mi-chemin environ de San Francisco et San Jose. "Cela présente certains avantages, fait remarquer Carsten Puls, chief product officer. Ainsi, lorsque l'on a envie d'un café ou d'un sandwich, il suffit de traverser la rue." Reste à voir comment va se développer Frame au plein centre de San Mateo, sachant que l'été dernier, Nutanix a mis la main sur l'entreprise.

Carsten Puls travaille depuis 20 ans déjà dans le VDI (virtual desktop integration). Voici 4 ans, il entre chez Frame, une entreprise dont les ambitions sont claires : mettre au point une plate-forme cloud permettant aux entreprises d'offrir n'importe quelle application ou desktop à leurs utilisateurs via un simple navigateur, sur n'importe quel type d'appareil. Un peu comme Citrix, donc ? "Pas vraiment, sourit Carsten Puls. Citrix s'adresse aux environnements sur-site et ne s'inscrit pas totalement dans la mouvance cloud." En revanche, Frame se considère ni plus ni moins comme la 'next big thing in end-user computing'.

Tout en SaaS

Le Serbe Nikola Bozinovic a fondé Frame en 2012 avec 4 fonds d'investissement qui ont apporté au total 30 millions $. Parmi les premiers clients de Frame se trouvent notamment Adobe, Siemens, VMware et Autodesk, qui proposent à leur tour la solution aux utilisateurs finaux de leur logiciel. Viendront ensuite des entreprises comme Eastman et Coca-Cola, qui demanderont à Frame de servir directement leurs utilisateurs finaux. "Lorsque nous avons lancé Frame, nous avions une vision claire, insiste Carsten Puls. Nous voulions proposer n'importe quelle application, même la plus lourde et la plus complexe, en toute simplicité via un navigateur."

Le domaine d'application de Frame paraît dès lors évident : utiliser Internet Explorer sur des applications Mac ou Windows qui tournent sur un Chromebook. Mais la solution va bien au-delà. Multiview par exemple est un progiciel comptable avec un client lourd et une base de données Oracle. "C'était tout un défi d'y installer une solution VDI, explique Puls. Multiview a porté son client et sa base de données sur Frame. Un projet VDI de 6 mois pouvait subitement être réalisé en 3 jours. L'utilisation de Frame revient à 20 $ par utilisateur et par mois." Et cette approche a incité Multiview a changer totalement son modèle d'entreprise, puisqu'elle commercialise désormais son produit sous forme totalement SaaS et non plus comme un logiciel sur-site classique.

Selon les normes de la Silicon Valley, nous ne nous comportons pas mal du tout.

Petit acteur, grands partenaires

Frame a lancé son idée en 2013 via une démo qui présentait l'utilisation de Photoshop dans un navigateur - dans le cloud. "Il n'a pas fallu attendre longtemps pour voir ensuite Microsoft et Citrix présenter des solutions similaires, précise encore Carsten Puls. Mais Frame était le premier. En outre, nous n'avions aucun héritage dont il fallait tenir compte." Ce qui a permis à Frame de réagir nettement plus rapidement. Ce qu'a d'ailleurs constaté Microsoft qui a arrêté le développement de l'Azure Remote App pour nouer un partenariat avec Frame. Et ce ne fut pas le seul grand partenaire puisque VMware Workspace ONE App Express n'est en réalité rien d'autre qu'une version 'produit blanc' de Frame.

Cet été, Frame n'était toujours pas bénéficiaire. "Nous sommes encore en phase de 'burn', a-t-on expliqué. Mais selon les normes de la Silicon Valley, nous ne nous comportons pas mal du tout." Ce qu'a également constaté Nutanix qui a ouvert son portefeuille pour s'offrir Frame. Ce rachat s'inscrit dans la nouvelle stratégie de Nutanix qui positionne son infrastructure cloud hyper-convergée au coeur de son métier. Et avec Frame, Nutanix intègre désormais n'importe quelle application tournant sur son infrastructure.