Le directeur d'Apple, Tim Cook, est venu à Bruxelles hier mercredi pour tenir un discours thématique dans le cadre de la quarantième édition de l'International Conference of Data Protection and Privacy Commissioners. Il a ainsi répondu à l'invitation de Giovanni Buttarrelli, le 'superviseur' de la protection des données dans l'Union européenne.

"Dans quel monde voulons-nous vivre?", a demandé par trois fois Cook aux personnes présentes. "Aujourd'hui, plus que jamais, nous les dirigeants, les décideurs dans les entreprises, mais aussi les citoyens devons nous poser cette question." Et d'exhiber son iPhone. "Lorsque nous étions en train de concevoir cet appareil, nous savions déjà qu'il pourrait un jour contenir plus de données que le cerveau humain. A l'époque, cette réflexion exerça une énorme pression sur Steve Jobs à propos du partage de ces informations, mais nous avons refusé de prendre parti." Aujourd'hui, le message du CEO d'Apple est clair: "Si nous pouvons le faire, tout le monde peut le faire."

"La technologie doit être au service de l'homme et pas l'inverse." C'est peut-être là un cliché éculé, mais Cook l'a mis en avant pour distinguer son entreprise des autres géants de la Silicon Valley. Et il n'hésita pas à utiliser un langage ferme. "Chez Apple, nous croyons que la confidentialité est un droit de l'homme fondamental, mais tout le monde ne le voit pas ainsi. Le fait que le gain a la priorité sur la confidentialité, n'est pas nouveau en soi [...], mais aujourd'hui, nous observons que le commerce des données personnelles a explosé jusqu'à devenir un complexe industriel de données. Toutes nos données - de nos occupations de tous les jours jusqu'à des événements strictement personnels - sont utilisées comme des armes contre nous avec une efficience toute militaire. Chaque jour, des milliards de dollars sont brassés sur la base de nos likes et dislikes, sur la base de qui sont nos amis et membres de notre famille, mais aussi de nos relations, de nos conversations, de nos désirs et de nos angoisses", a affirmé le patron d'Apple en visant Facebook, sans citer l'entreprise par son nom.

"Lorsque ce processus aura été porté à son paroxysme, ces entreprises vous connaîtront mieux que vous ne vous connaissez vous-même. C'est quasi quotidiennement, que nous serons les témoins des effets nuisibles de cette situation. Nous ne pouvons en sous-estimer les effets. C'est de la surveillance", a martelé Cook. "Cela pourrait rendre notre vie très inconfortable."

Très élogieux vis-à-vis du GDPR

Le directeur d'Apple a aussi eu des mots très élogieux à l'égard de la nouvelle loi européenne sur la protection des données qui est entrée en vigueur le 25 mai dans les pays membres de l'UE. "Le GDPR nous a montré qu'une bonne stratégie et une volonté politique peuvent aider à protéger les droits de tout un chacun." Selon Cook, l'Union européenne a fait oeuvre de pionnier: "Il est à présent temps au reste du monde, en ce compris mon pays, de suivre votre exemple."

Le fait qu'Apple plaide ainsi en faveur d'une loi fédérale stricte sur le respect de la vie privée aux Etats-Unis, n'a rien de surprenant en soi. L'entreprise mise elle-même en effet depuis assez longtemps déjà sur la confidentialité et peut se le permettre. Car contrairement à Google et à Facebook, elle ne vend pas d'annonces, mais du hardware.

Dans ce sens, c'étaient surtout les réactions de Google et de Facebook à la proposition de Tim Cook, qui étaient intéressantes. Mark Zuckerberg n'était présent à la conférence sur le respect de la vie privée que sous la forme d'un message vidéo préenregistré. Il laissa le soin à sa chief privacy officer Erin Egan de répondre aux questions posées au sein du Parlement européen. "Le GDPR n'a pas de préférence pour l'un ou l'autre modèle commercial", a-t-elle déclaré à Bruxelles. "Un service permettant aux gens de visionner des publicités personnalisées peut tout aussi bien exister aux yeux du GDPR, pour autant que leur confidentialité soit sécurisée." A la question de savoir si, comme Apple, elle était adepte d'une loi américaine de protection des données équivalente au GDPR, sa réponse fut aussi brève que claire: 'oui'. Cela lui valut d'être applaudie.

Sundar Pichai, le CEO de Google, qui était invité au même titre que Cook et Zuckerberg, s'en était également tenu à un message vidéo. Son représentant à Bruxelles, le chief legal officer Kent Walker, a fait savoir que Google était également pour une loi fédérale étendue sur le respect de la vie privée aux Etats-Unis.