Le prototype de la Lightyear One allie une batterie à des cellules solaires installées sur le toit et le capot. Ces panneaux de cinq mètres carrés doivent s'assurer que la voiture puisse en plein soleil parcourir 50 à 70 kilomètres supplémentaires par jour grâce à l'énergie solaire.

En tout, l'entreprise promet que vous puissiez parcourir 600 à 800 kilomètres sur base d'une conduite normale. "725 kilomètres, c'est la portée WLPT (Worldwide Harmonized Light Vehicles Test Proceure, ndlr)", déclare le co-fondateur et CEO Lex Hoefsloot. Il s'agit là d'une norme pour les voitures. "Mais même dans des conditions extrêmes, en hiver par -10°C, lorsqu'on roule vite et que le chauffage est activé, nous garantissons encore et toujours 400 kilomètres."

"Même dans des conditions extrêmes, en hiver par -10°C, lorsqu'on roule vite et que le chauffage est activé, nous garantissons encore et toujours 400 kilomètres."

© Lightyear
Lex Hoefsloot, CEO et co-fondateur de Lightyear. © PVL

Voilà qui est impressionnant vis-à-vis de la concurrence. Même Tesla, Audi ou Jaguar ne dépassent guère les 400 kilomètres avec une batterie en pleine charge. Alors que chez Lightyear, on déclare que c'est possible avec une batterie plus petite, sans dévoiler cependant sa capacité exacte. L'entreprise fait ici référence à l'efficience, à la connaissance que les fondateurs ont acquise en remportant en tant qu'étudiants le Solar Challenge avec une voiture auto-conçue sur base de panneaux solaires.

Batterie plus petite, mais autonomie plus grande

"Avec une batterie plus petite, nous pouvons mettre par exemple les passagers dix centimètres plus bas, ce qui améliore l'aérodynamisme. Dans le secteur automobile, on voit qu'on installe des batteries plus grandes et donc plus lourdes dans les voitures électriques, mais cela génère une consommation de courant plus élevée. Nous, nous faisons le contraire", assure Hoefsloot, qui ne souhaite pas encore révéler le poids exact de la Lightyear One. Par rapport aux véhicules comparables, (Model S de Tesla ou Audi E-Tron), elle est plus légère "d'un tiers au moins". Le Model S pèse de 1.735 à 2.238 kilos, et l'E-Tron 2.490 kilos.

Les cellules solaires offrent 50 à 70 kilomètres supplémentaires par jour.

En faisant collaborer de manière optimale les panneaux solaires placés sur le toit bombé de la voiture, celle-ci peut permettre de parcourir 50 à 70 kilomètres supplémentaires par jour. © PVL

Selon les fondateurs, la Lightyear One peut se recharger complètement en étant branchée sur une prise secteur pendant une nuit. Dans le cas d'une voiture électrique actuelle, cela peut prendre 48 heures. Il n'y a rien de magique là-dedans, selon les concepteurs. Il est question d'un simple processus de recharge, mais sur une voiture plus légère et plus efficiente. Voilà pourquoi elle parcourra davantage de kilomètres avec une plus petite batterie et atteindra une portée supérieure à plus grande vitesse.

L'intérieur de la Lightyear One est minimaliste. © Lightyear

Les cellules solaires installées sur le toit et le capot n'ont rien de spécial. "Mais ce qui l'est, c'est la façon de les intégrer", affirme Koen Van Ham, co-fondateur et Chief Design Officer. "Le problème, c'est que le toit d'une voiture est bombé. Cela signifie que quand les rayons du soleil touchent perpendiculairement un endroit, ce n'est pas le cas pour les autres cellules, ce qui entraîne des limites entre les cellules. Voilà pourquoi nous avons mis au point une technologie capable à tout moment de tirer le maximum de chaque panneau."

"Le concept de la voiture est aussi minimaliste. Ce n'est pas un ensemble de gadgets. Cela se résume à un écran de 9 pouces et à une appli. Mais le focus repose sur l'expérience de l'utilisateur. Il s'agit d'un 'long range car', et cette autonomie doit être atteinte sans problème." Pour garantir cette expérience, Lightyear va aussi se concerter avec ses premiers clients, qui verront régulièrement apparaître des éléments de la voiture et pourront donner des commentaires.

© Lightyear

Coûteux, mais aussi économique

Van Ham est optimiste à propos de la poursuite de l'évolution: "Nous surfons sur trois tendances: les panneaux solaires, les batteries à cellules et une construction légère. C'est là la technologie qui continuera d'être pleinement développée. Le courant sortant de la prise secteur diminuera certes, mais on restera évidemment dépendant d'un prix de base et du pétrole. Donc plus la technologie deviendra abordable, plus il sera intéressant financièrement de rouler en voiture solaire."

Les fondateurs: Koen Van Ham, chief design officer, et Lex Hoefsloot, CEO. © PVL

Même si 'économique' est un principe très relatif. La Lightyear One fait entre-temps l'objet d'une centaine de précommandes, principalement des Pays-Bas. L'entreprise cible 500 commandes qui seront fournies à partir de 2021. Mais pour un concept incroyablement cool comme celui-là, vous devrez débourser un montant nettement moins cool: 149.000 euros ou 119.000 euros hors TVA.

"Durant les semaines les plus ensoleillées, vous pourrez rouler entièrement à l'énergie solaire."

Lightyear insiste toutefois sur le fait que le coût par kilomètre sera nettement inférieur. Tout utilisateur qui ne parcourra pas de longues distances durant les mois d'été, ne devra même pas recharger et roulera virtuellement gratuitement. La batterie servira alors surtout lorsqu'il parcourra plus de cent kilomètres en une journée.

"Le trajet moyen lieu de résidence-travail du Néerlandais est de trente kilomètres. Donc sa voiture sera à chaque fois rechargée, lorsqu'il démarrera. Durant les semaines les plus ensoleillées, il pourra rouler entièrement sur l'énergie solaire", explique Hoefsloot.

Avenir, partenaires et concurrents

Alors que l'entreprise ne divulgue pas encore tous les détails sur sa Lightyear One, elle réfléchit néanmoins activement à long terme. Lightyear ne veut pas sortir une seule voiture, mais bien une série. Idéalement des véhicules financièrement abordables pour l'Européen moyen.

© PVL

L'entreprise reste cependant vague à propos de savoir s'il s'agira de voitures qui seront achetées ou utilisées sur une base partagée (par kilomètre ou par heure). Quand on pose la question à Hoefsloot à propos de la catégorie de prix à laquelle il pense à terme, il reste dans le flou: "Les voitures fonctionneront comme une flotte. On ne parlera alors plus du prix d'achat, mais du prix au kilomètre. Et là, on sera au même niveau qu'une voiture de catégorie intermédiaire classique. Ce sera possible d'ici dix ans déjà."

Les ambitions de Lightyear méritent des applaudissements, mais reste à savoir si ses voitures rencontreront le succès, si la concurrence en reprend le concept. Quid si Tesla elle-même lance une voiture à cellules solaires? "Nous l'encourageons à coup sûr", répond Hoefsloot. "Même si nous ne attendons pas à ce que tous les constructeurs automobiles le fassent. Nous nous concentrons radicalement sur les performances. Il sera bien malaisé pour les autres de nous rattraper. Mais cela ne nous dérangerait pas qu'ils y arrivent."

"Nous voulons absolument produire la Lightyear One. Ce n'est pas uniquement une voiture de démonstration."

Hoefsloot signale vouloir aussi partager la technologie de Lightyear avec d'autres constructeurs automobiles. Il croit en un récit 'et-et', où ses voitures pourront exister en tant que telles, mais où la technologie pourra être également confiée sous licence à d'autres. "Les deux sont possibles. Il va de soi que c'est la vitrine de notre technologie, mais nous voulons absolument produire la Lightyear One. Ce n'est pas uniquement une voiture de démonstration. Mais la technologie sous-jacente représente un défi lancé à toute l'industrie, et nous voulons ici aussi aider d'autres entreprises."

© PVL
© PVL

"Nous désirons surtout avoir un impact", précise le responsable du design, Koen Van Ham. "Une année-lumière en kilomètres, c'est notre but et avec les opportunités qui se présentent, nous déterminerons la meilleure stratégie pour y parvenir. Nous avons une idée, et de solides partenariats en sont une composante."

Voiture du futur ou concept ambitieux?

Le dévoilement de la Lightyear One génère un double sentiment. La présentation de la voiture s'avéra un show parfaitement étudié sur le plan des défis, du design et de l'avenir de la voiture. Mais ce qui manqua la plupart du temps, c'était la voiture elle-même.

Seule une vingtaine de personnes ont déjà effectivement roulé avec la voiture.

La Lightyear One n'apparut qu'en fin de show, mais il ne fut pas question d'une démonstration bien réelle. La voiture n'a pas roulé. Les médias présents ont pu certes prendre des photos du véhicule, mais il leur était interdit d'y prendre place. Actuellement, nous savons uniquement avec certitude que les phares fonctionnent. Selon le co-fondateur Van Ham, vingt personnes tout au plus ont déjà pu rouler avec la voiture. Lui-même n'était du reste pas du nombre.

© PVL

Est-ce pour autant que la voiture paraît suspecte ou non fiable? Non. Mais cela indique bien que la Lightyear One a encore un long trajet à parcourir. L'ambition ne manque pas chez les concepteurs, et la construction d'une voiture à partir de rien, même si on a la connaissance du Solar Challenge, est un puzzle complexe. Tant sur le plan technique, pratique, logistique que sûrement financier. Le fait que Lightyear présente au bout de deux ans un prototype, dont on ne peut pas encore connaître tous les détails, n'est par conséquent pas anormal. Si l'entreprise avait présenté aujourd'hui même une voiture entièrement finie, pouvant être testée sur place, elle pourrait en principe être mise aussitôt en production.

Ce que Lightyear fait à présent, c'est promettre qu'il est techniquement possible de construire une voiture familiale à part entière qui ne se limite pas à 400-500 kilomètres. Et qui, dans des conditions optimales, peut même se recharger gratuitement d'elle-même. Si on combine cela au progrès technologique qu'on peut attendre dans les années à venir, à un coût de base revu à la baisse espérons-le, on peut affirmer que Lightyear se trouve bien à l'aube d'une ère nouvelle.

© Lightyear